Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Important

Inscrivez vous à la Newsletter pour être prévenus des nouveaux articles.

Votre adresse e-mail restera confidentielle, et ne sera pas communiquée à des tiers.

Rechercher

Articles Par Mois

15 juin 2007 5 15 /06 /juin /2007 01:31
J'ai touché le RMI de fin 97 à février 2005 environ. Pendant pratiquement cinq ans (de 1997 à 2002) je n'ai été convoqué qu'une ou deux fois. Tout ce que le système voulait c'était que je remplisse tous les trois mois une déclaration. Durant ce temps, je n'étais pas inactif, j'ai écrit pour la télévision et le cinéma, répondant à des appels d'offre et collaborant avec divers producteurs mais surtout apprenant le métier d'écrivain, développant des contacts et me confrontant avec les aléas d'une vie de bohème. Une fois mon loyer payé, les charges fixes et la nourriture - un repas par jour - il me restait un peu moins de trois cent francs pour tout le reste : transports, vêtements, livres, cinéma. Ces deux derniers éléments pouvaient  être considérés comme des frais fixes d'ailleurs, car les livres et le cinéma étaient des outils de travail...

Et tout le monde semblait savoir que le système fonctionnait ainsi sans jamais vraiment en parler. Après tout, les producteurs de télé ne me proposaient jamais de paiement pour mes développements ou même des projets qu'ils commandaient et présentaient aux chaînes. Ils devaient bien se douter que je ne me nourrissais pas d'air pur.
Après quelques années, j'ai finalement compris  comment il fallait s'y prendre pour se faire payer. Au premier chèque reçu pour un travail, j'ai évidemment abandonné le système du RMI, sans regrets.

Il faut dire que les choses ont changé à partir de 2001 2002 : j'ai été assigné à un "référent" RMI (une assistante sociale) et l'on m'a demandé de rédiger des contrats d'insertion. Le contrat d'insertion est un dispositif étrange et hypocrite. Parce que le système est incapable de remplir sa part du contrat social - offrir du travail et une activité à chacun qui corresponde à ses compétences et à son désir de participer à la communauté -, il demande à ceux envers qui il a le plus failli (dont une grande partie sont des jeunes qui ne trouvent pas de première embauche) de remplir un contrat prouvant sa motivation d'être "inséré" dans une société qui les a trahis en échange d'une somme minimale, tout juste décente pour vivre.

Mon cas est cependant bien différent : je n'étais pas une "victime" de la société ou du manque de travail, mais un écrivain en herbe tentant de trouver sa place comme il y en a eu à toutes les époques. Chaque génération exige des solutions et des moyens différents pour parvenir à ses fins. Ayant vécu entre deux millénaires avec 380 euros dans un Paris aux loyers prohibitifs où les prix pratiqués sont parfois une fois et demi ceux de la province, je peux juste ajouter que cette bohème-là en valait bien une autre en matière de privations.

Le paradoxe c'est que le système n'a cessé de me reprocher (en particulier à travers certains assistants sociaux que j'ai pu rencontrer) de me "servir" du RMI comme marchepied pour mes ambitions artistiques. En bref, d'avoir un désir d'insertion plus élaboré que celui de subvenir à mes besoins et de pouvoir me payer une voiture neuve et des vacances au ski.

J'ai choisi de vivre dans le dénuement pour avoir du temps. Et faisant cela j'ai sacrifié beaucoup de choses que la plupart des gens n'imaginent pas sacrifier. Ma voie n'a pas été plus facile ou plus difficile que la voie classique (études, diplômes, vie en entreprise), elle a juste demandé des sacrifices différents, que d'autres ne font pas. Le RMI ne bouleverse pas la loi des causes et des conséquences.

Certes travailler en entreprise peut être un sacrifice, ce n'est pas moi qui le nierait, mais combien de ceux qui y travaillent accepteraient de lâcher ce qu'ils ont pour un revenu de 380 euros, et une vie d'insécurité, sans assurance, sans voyage à la mer, sans vie de famille, sans luxe quel qu'il soit ? J'ai peut être l'air de dire que ma vie ressemblait à une retraite monacale, mais il faut bien dire qu'il y avait un peu de cela. Les vœux de chasteté en moins.



Le RMI m'a permis de tenir bon en attendant que l'on m'offre une chance de prouver ce que je valais. J'ai pris le RMI comme une sorte de bourse d'étude, un moyen de m'insérer au sens véritable, c'est à dire de faire fructifier mes compétences au mieux pour que la société puisse en bénéficier à terme.

Il n'y a pas en France d'école de scénario ou de cours d'écriture digne de ce nom, en tout cas pas d'école qui accorde de formation pour le type d'écriture qui m'intéressait. J'ai donc profité d'un avantage social offert par mon pays pour obtenir une formation par d'autres moyens, fréquentant les bibliothèques, les libraires d'occasion et les cinémathèques.

Une assistante sociale m'a un jour demandé pourquoi je ne travaillais pas au MacDo ? J'ai fait tout un tas de petits boulots avant de toucher le RMI et ceux-ci ne m'ont appris deux choses : 1°) la précarité existe dans le monde du travail et 2°) un travail aliénant à côté d'une activité artistique est un frein à cette dernière, surtout si l'on cherche à réussir dans un domaine où la compétition est rude. Travailler comme caissier ou manutentionnaire comme je l'ai fait est difficilement compatible avec une formation, ou la poursuite d'une ambition quelconque (notez que ce n'est pas impossible, juste beaucoup beaucoup plus difficile, et puisque le RMI existait, pourquoi ajouter encore un obstacle à un chemin déjà fort encombré ?). Le RMI offrait donc une alternative. Jusqu'à aujourd'hui.

Récemment le système a changé. D'après ce que m'a dit mon dernier référent RMI avant que je sorte du système, le but ne sera plus aujourd'hui que le RMI serve de moyen d'insertion à long terme mais de "tampon" pour ceux qui sont en fin de droit et seulement pour une courte durée. Si la durée est trop longue le bénéficiaire sera éjecté vers la désinsertion totale et la misère, tant pis pour lui il n'a qu'à accepter le premier boulot qu'on lui propose...

Le I de RMI signifie-t-il que ses bénéficiaires (et qui, pour quelques trop rares, ont fait le choix conscient de s'en servir comme un moyen de grimper et non comme un parachute) doivent abandonner toute ambition, toute velléité ? que les compétences qu'ils ont pu acquérir au cours de leur vie doivent rester en friche ? L'insertion nécessite-t-elle une amputation de l'individu ? Un gâchis de compétence ? Ne serait-il pas plus juste de considérer que l'insertion est la possibilité de trouver un métier durable et bénéfique à la société (ce qui exclut doublement le fait de travailler dans un MacDo, je trouve)...

Pour moi, le système du RMI n'a de sens que s'il aide avec un peu d'argent (assez pour vivre décemment, mais pas assez pour vivre confortablement) ceux qui en bénéficient à trouver une voie qui leur permette de faire fructifier leurs compétences et dont ils se sentent fiers. Bien évidemment, c'est utopique dans un monde où le mètre étalon de la réussite sociale est la richesse. Mais je reste convaincu que le RMI, loin d'être une charité, devrait être vu comme un système de solidarité qui bénéficie à la société tout entière... L'argent d'un RMIste retourne dans la consommation, dans les loyers, bref, alimente directement l'économie réelle (ce qui n'est pas toujours le cas des aides aux grandes entreprises ou de l'argent dépensé par les administrations diverses).

La France a fait le choix d'un système capitaliste avec une forte orientation sociale. Pour abandonner totalement l'orientation sociale, il faudrait d'abord que le système se comporte avec justice : en payant les gens en temps et en heure ce qu'ils méritent pour TOUT travail commandé et fourni... Croyez moi c'est loin d'être le cas...

Si le RMI a pour objet de permettre l'insertion, reste à savoir ce qu'on entend par ces mots : impliquent-ils une normalisation comme on le soupçonne… Au final, le système doit-il culpabiliser ceux qui en bénéficient, ou bien ne devrait-il pas favoriser que, encore mieux qu'inséré, tout citoyen puissent faire des choix de façon libre et autonome, au bénéfice de la société tout entière ?
 

Partager cet article

Repost 0
Published by Struggling Writer - dans Divers
commenter cet article

commentaires

marie 14/10/2008 09:02

beaucoup de travailleurs sociaux sont comme ces personnes dont nous parlions dimanche (toi tu disais la génération 20-30 ans, tu sais quand je parlais du boulot que j'ai fait à la fin de l'été)... ce sont parfois et souvent de petits chefs à la Eichman et en période de crise ils ont comme un vrai pouvoir. Je fais partie d'un groupe de travail avec des travailleurs sociaux (mené par un analyste) et c'est hallucinant : y'a de vrais bourreaux au service de l'Etat... qui est fascisant (je ne sais pas si c'est le mot)... Et tu as raison c'est qu'une majorité est dans cette maîtrise et condamne l'autre : le gros, le fainéant, le jouisseur, la fille qui déguste une religieuse au chocolat ! c'est totalement dingue ! mais nous sommes des résistants... j'ai hier parlé longuement avec une malade psy à mon atelier qui culpabilisait à cause d'une infirmière psy qui lui a mis la pression parce qu'elle prenait un arrêt maladie ! c'est totalement dingue : cette fille est malade (et super) et elle travaille comme institutrice sauf que parfois elle est un peu fragile ! Et ALORS ???? qu'est-ce que ça petu foutre qu'elle s'arrête une semaine ? Elle a fait le choix de ne pas se mettre en invalidité ce qui est super courageux... Elle était hyper stressée et je lui ai fait un speech dans le sens de notre conversation de dimanche ! Je lui ai parlé de son intuition etc. Elle a retrouvé son sourire, enfin... tu vois !! 

Struggling Writer 15/10/2008 13:33


Très intéressant. La normalisation autoritaire des individus, qui passait autrefois par la religion, n'est en fait pas nécessaire dans une société comme la notre parce que les individus se
contrôent entre eux. L'autre n'y est plus un danger parce qu'il peut nous infecter avec ses idées différentes mais parce qu'il apparait différent. L'individualisme a été perverti pour devenir culte
de l'individu, donc une injonction à devenir parfait selon une norme préétablie et à s'intégrer, ce qui est au fond, contraire à l'esprit même de l'individualisme.


marie 13/10/2008 22:14

c'est super bien ! je me demande juste pourquoi ce n'est pas publié dans un journal digne de ce nom (bif y'en a pas trop...) comme j'ai vécu un truc proche de ça avec en plus une énorme culpabilité... bref... je trouve que tu exprimes très bien... les choix que tu as fait pour te former l'esprit pltôt que d'user ton cerveau et ta force de travail à mac do alors que tu es plus bon (utile) au monde avec cet esprit que tu as formé au gré des années... si la France pouvait se regarder en face... qu'elle se fabrique un élite avec un rmi !!!!!! quelle débile... j'ai eu des "grandes" conversations avec mon référent rmi !!! et j'ai beaucoup souffert parce qu'il y a une réelle violence dans leur approche (je ne parle pas de la personne mais du système)... faudra aussi que je te parle d'un ami qui est élu au conseil général du gard et qui s'est occupé du rmi : il a mis en place tout un truc pour que les gens fassent ce qu'ils avaient choisis (notamment des artistes) en bénéficiant du rmi, sans être lâchés... et pour mon ami ça a été un vrai combat politique au sens noble du terme... et il a payé le prix... mais il a été réélu !!!!!!! 

Struggling Writer 14/10/2008 08:46


Ben ou… Je ne sais pas si la France se fabrique une élite avec le RMI. Mais ce qui est sûr, c'est qu'actuellement, il est de plus en plus facile d'être radié des listes parce que les jeunes
travailleurs sociaux font du zèle pour plaire à leur hiérarchie et radient à tour de bras. De plus une étude publiée dans l'Express montre que si le pouvoir d'achat de la classe moyenne a baissé de
7% celui des RMiste a baissé de près de 30%. Ce qu'on fabrique, dès lors, c'est bien les conditions d'une nouvelle misère.