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Articles Par Mois

20 juin 2007 3 20 /06 /juin /2007 02:42
Il n'y a pas si longtemps, la plupart des séries se contentaient encore d'aligner des épisodes indépendants les uns derrières les autres. Et, lorsqu'une série s'achevait, on attendait du dernier épisode qu'il soit un résumé de ce qu'on aimait dans la série, une façon de lui dire adieu.

Mais depuis que les séries feuilletonnantes (24, Six Feet Under, Heroes) sont apparues, l'attente du spectateur sur le dernier épisode d'une série de ce genre a quelque peu changé : celle-ci doit être l'équivalent d'un dénouement et, plus qu'un adieu, une conclusion qui éclaire l'ensemble de la série.  Une série feuilletonnante, c'est un peu comme un roman : chaque chapitre (ou épisode) est censé faire avancer l'intrigue ou donner un élement thématique ou narratif essentiel pour  améliorer la perception de l'ensemble. Si les épisodes sont comparables à des chapitres, les saisons (c'est à dire le nombre d'épisodes proposés sur un an) sont comparables à des "volumes". Chaque saison peut être :
• relativement indépendante, avec une construction qui lui soit propre et un arc dramatique bouclé de façon plus ou moins satisfaisante – ce qui n'exclut pas le cliffhanger (comme c'est le cas pour 24, ou The Wire),
• l'extrait d'une chronique qui ne présente pas de rupture narrative avec le reste de la série, mais uniquement une unité temporelle (Gilmore Girls, Once and Again ou Friends),
• ou une partie de l'histoire, avec ses thèmes et ses caractéristiques propres, mais qui ne saurait résoudre de façon satisfaisante l'arc narratif essentiel à son projet (Lost, Battlestar Galactica).
Bien sûr certaines saisons peuvent combiner deux ou même les trois caractéristiques.




Quoiqu'il en soit, les scénaristes de séries feuilletonnantes ont rapidement eu à résoudre un problème majeur de narration : comment raconter une histoire satisfaisante si le moment de la fin n'est pas déterminable, si l'on ne peut savoir la conclusion à l'avance ? Apparemment, le principe qui prévaut encore à la télévision est le suivant : "tant que la série marche ou qu'elle apporte quelque chose à la chaîne, elle est renouvelée l'année suivante. Si la série perd trop d'audience ou qu'elle n'intéresse plus la chaîne (ça ne revient pas au même car il pouvait y avoir d'autres considération que le succès, comme le prestige…), on l'annule." Les seules exceptions sont les séries qui ont duré très longtemps (type MASH, Seinfeld, Friends) et dont l'équipe créative ou les acteurs principaux sont devenus suffisamment puissants pour imposer à leur chaîne d'achever la série en plein succès.

Si des évènements extérieurs à la narration sont seuls à pouvoir déterminer le moment où les séries se terminent,  le type et la qualité des histoires qu'elles racontent sera limité. Imaginez qu'il en aille de même pour les romans : une grande quête (que ce soit la recherche d'une baleine blanche, ou la destruction d'un anneau au cœur du Mordor) deviendrait impossible - ou en tout cas frustrante –, puisque l'intérêt même d'une telle quête dépend étroitement du fait que l'histoire avance, que les personnages évoluent et que le but ultime se rapproche. Aucun personnage principal ne pourrait espérer atteindre à la dimension tragique d'un Dorian Gray ou d'un Humbert Humbert, puisque son destin lui échapperait constamment. Bref, sans la perspective d'une fin, une série feuilletonnante risque de n'être qu'un produit bâtard de la série classique, et bien moins satisfaisante sur le long terme.


Mais si l'on veut à raconter une histoire sur le long terme, la perspective d'une fin est un élément indissociable de sa construction et, même, de son intérêt. Lorsqu'une une limite est donnée à l'histoire, il devient possible de planifier le dénouement des différents arcs dramatiques, sans risque de causer un déclin d'intérêt pour la série ou de donner au spectateur l'impression de faire du surplace.




Si le seul critère qui préside à la poursuite ou l'arrêt d'une série feuilletonnante se trouve être son succès, et non son rythme naturel de narration, toute résolution de situation doit s'accompagner d'une relance narrative d'un intérêt équivalent. Dans le cas contraire, on risque fort de trouver que la série n'a pas "su se renouveler", c'est à dire que ses concepteurs n'ont pas su repérer un élément important qui faisait l'intérêt de leur série… ou, à l'inverse, l'ont interprêté trop littéralement et répété sans amener d'idée nouvelle.

Au bout d'un moment, même pour une série peu feuilletonnante, il devient juste impossible pour les scénaristes de continuer à raconter une histoire sans changer le contrat qui a été passé au départ avec le spectateur. Soixante épisodes de marivaudage sentimental sans "concrétiser", ça devient critique et on n'est pas loin de tomber dans du Beckett – sans que ce soit un choix volontaire. Dans ce cas, si la série doit encore durer, la tentation est grande de vouloir entamer une nouvelle phase dans la relation entre ces personnages (avec les risques que cela comporte d'ôter tout intérêt à la série son principal élément dramatique ayant été dénoué), comme ce fut le cas dans Clair de Lune ou Lois & Clark, au grand dam des chaînes qui virent les audiences chuter et annulèrent rapidement les séries peu après. Certains responsables de télévision en conclurent qu'il ne fallait pas tuer la poule aux œufs d'or en donnant au spectateur ce qu'il veut. C'est en partie vrai, mais ça ne veut pas dire qu'on puisse longtemps lui refuser ce dont il a besoin : c'est à dire le dénouement naturel et satisfaisant d'une situation.

En fait, cela fait longtemps que les spectateurs américains ont, à la différence des chaînes, compris l'intérêt de finir une série à temps. Lorsqu'une série dure trop longtemps et tombe dans une impasse créative, ils ont même inventé une expression assez intéressante : "to jump the shark". À l'origine du terme se trouve un épisode de Happy Days où Fonzie tente de sauter en ski nautique au dessus d'un bassin contenant un requin. Adolescent, j'étais un fan de Happy Days, et j'ai un souvenir très clair de cet épisode et du plaisir qu'il m'avait procuré (wouah ! Fonzie est vraiment cool). Je comprends
cependant aujourd'hui que les spectateurs plus avertis se soient demandés si leur série, qui au départ était censée parler des sixties et de l'apprentissage du sexe et de la vie, n'avait pas échappé à tout contrôle...




Récemment,  les producteurs de Lost ont annoncé que la série se terminerait dans deux saison après une longue bataille contre Fox, la chaîne qui en possédait les droits, pour avoir la possibilité de donner une limite à la série (bataille subtile qui dura deux ans, et où ils ont été appuyé par Stephen King lui-même qui s'est fendu d'un article).

D'autre part, les créateurs de Battlestar Galactica ont déclaré vouloir terminer la série l'année prochaine, non par nécessité économique, mais parce qu'il leur apparaissait que les éléments mis en place allaient prochainement trouver leur résolution naturelle et qu'ils ne voulaient pas étirer artificiellement l'intrigue. Dans les deux cas, je trouve que cette perspective d'une fin annoncée est saine et rassurante : fait rare, ce n'est pas une fatigue créative, un échec commercial ou un besoin de changement qui décide de la fin d'une série, mais une nécessité narrative.

On n'ose espérer que cela puisse être généralisé pour les séries feuilletonnantes de ce type. Evidemment, certains "fans" seront déçus. Quand on aime les personnages d'une série feuilletonnante, on voudrait bien sûr que celle-ci ne finisse jamais. Mais il leur faudra aussi admettre qu'une série qui n'envisage pas sa propre fin tourne à vide et risque fort d'être, en définitive, une histoire insatisfaisante.

(Et là vous me dites : "c'est très bien de parler des séries qui font le choix de s'arrêter. Mais qu'en est-il des séries qu'on arrête trop tôt ?"

Ben… on verra ça une autre fois. À suivre, donc...)

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Published by Struggling Writer - dans Séries Télé
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commentaires

Mirbel 04/11/2008 19:54

Cet article est très enrichissent et résume bien la problématique des séries que j'appelerai personnellement à rallonge. En effet, il arrive assez souvent que dans des séries comme Lost (à laquelle je suis fidèle) ou les 4400, après une saison très alléchante, la seconde s'essouffle, larguant au passage un bon tiers des spectateurs. Vient ensuite une troisième saison censée redonner du punch à la série. Et que dire du Camaléon, dont la fin n'existe pas vraiment.Je citerai pour finir la série Life on Mars, qui dure deux saisons, 16 épisodes en tout. C'est un choix des producteurs qui ont misé sur la brieveté de la série pour faire son succès. Et le pari est réussi.

Struggling Writer 10/11/2008 20:08


Les Anglais ont en effet historiquement favorisé plus tôt que les américains les séries courtes. La raison vient du fait que les Américains (à l'exception des chaînes du câbles) étaient tributaire
du système de la syndication, qui oblige les producteurs à produire au minimum 100 épisodes pour qu'une série soit rentable. Le modèle HBO et la diffusion de plus en plus importante des séries sur
des supports alternatifs (DVD) change quelque peu la donne. Mais il y a aussi une volonté des scénaristes américains de donner une vraie construction à leurs série. Lost, The Shield et Battlestar
Galactica sont des exemples de séries construites vers une résolution prévue par leurs auteurs (ce qui n'implique pas toujours pour eux d'en connaître toutes les étapes). C'est en tout cas une
direction intéressante et qui offre de nouvelles perspectives aux amateurs de série.


jc 21/06/2007 23:59

De même, il faut continuer a voir BSG.

Pour ce qui est de Veronica Mars, je suis globalement d'accord, notamment sur le fait qu'ils n'auraient pas du continuer après la saison 1.

Eric 21/06/2007 21:43

--Evidemment, certains 'fans' seront déçus. Quand on aime les personnages d'une série feuilletonnante, on voudrait bien sûr que celle-ci ne finisse jamais. Mais il leur faudra aussi admettre qu'une série qui n'envisage pas sa propre fin tourne à vide et risque fort d'être, en définitive, une histoire insatisfaisante.--

On peut aussi, malgré les échecs mentionnés de Clair de Lune ou Lois&Clark, continuer à imaginer une suite à la série, sur la base d'un changement de contrat.
Par exemple, je ne connais que la saison 1 de Battle Star Galactica mais on peut imaginer comme fin de série un moment où ils trouvent une planète sur laquelle s'installer définitivement (ce qui fait tomber le contexte sur lequel s'est batie la saison 1 et probablement les suivantes), puis une nouvelle série, issue de la précédente, qui a pour cadre une communauté qui vient juste de s'installer sur une planète, avec les mêmes personnages que BSG. Ce serait une sorte de Spin-Off qui serait une "suite" à la série originale.

Struggling Writer 21/06/2007 23:39

Faut que tu continues à voir BSG, alors...Sur le fond, oui, je suis d'accord, et c'est en partie ce dont je parlais. Changer le contrat est risqué pour une série, mais c'est souvent nécessaire. Cela peut se faire sous forme d'un spin-off (pourquoi pas ?) ou au sein de la même série… La deuxième saison de Prison Break représente un changement de ce type.Dans tous les cas c'est très risqué, mais je pense vraiment que c'est la pente naturelle des séries actuelles que de créer des situations destinées à changer en cours de série et de faire des arcs qui changent des éléments qui autrefois auraient été immuables...

jc 21/06/2007 12:08

A vrai dire je m'attendais à cette réaction pour Veronica Mars.
Pour ma part, je ne suis pas convaincu que l'intrigue ait été bouclée.En saison 1, on ne sait finalement pas si c'est vraiment Aaron qui a tué Lilly(surtout qu'on sait, de part les indices retrouvés par Keith Mars, que Duncan a joué un rôle).
J'ai l'impression que ces histoires ont été mises entre parenthèses pour revenir plus tard mais que l'arrêt de la série les a completement enterré.
Pour ce qui est de la qualite des saisons, la 3 en effet, a par quelques épisodes, est loin d'être la plus réussie et la plus inspirée.

Struggling Writer 21/06/2007 15:34

Cela pose une question intéressante : qu'est-ce qui fait qu'on perçoit une série comme achevée ? Il est très rare que les auteurs puissent terminer exactement leur série quand ils le veulent. Ce qu'on juge au final c'est le résultat. Je suis d'accord sur le fait que l'affaire Lily n'était peut-être pas entièrement résolue pour les auteurs et que le coupable désigné en 1ere saison n'était peut être même pas le vrai coupable (au fait il vaut mieux signaler les spoilers en début de message, il y a des gens qui passent sur ce blog et qui sont peut-être en train de regarder la saison...) Mais d'un point de vue de spectateur, la saison 1 boucle de façon satisfaisante sur l'affaire Lily, et les tentatives pour la relancer par la suite m'ont paru avant tout liées au problèmes qu'avaient les scénaristes pour retrouver un élément dramatique aussi fort. En fait, malgré les quelques épisodes individuels de grande qualité de la 2eme et 3eme saison, continuer Veronica Mars après l'affaire Lily était probablement une mauvaise idée : il semble à la fin de la première saison que tous les problèmes du personnages sont à peu près résolus (malgré le double cliffhanger sorti du chapeau). Après cela, Veronica n'est jamais assez bousculé pour que l'intérêt et la sympathie qu'on a pour elle soit relancée et rien n'est fait pour que le spectateur se sente émotionnellement impliqué dans les affaires qu'elles résout lors des arcs (de plus en plus courts). On passe donc d'une série noire à un whodunnit. Et pour moi, ça n'a pas du tout le même intérêt.

jc 20/06/2007 21:08

Laissez moi devinez...pour la suite, vous allez parler de Carnivàle et/ou de Veronica Mars...

Struggling Writer 21/06/2007 05:47

Autant Carnivàle est une série arrêtée trop tôt, autant je trouve que Veronica Mars est conclue, même si elle a été annulée contre l'avis de son auteur.J'ai même tendance à penser que Veronica Mars fait partie de ses séries qui n'ont pas su se renouveler et que son annulation est entre autre due à ce défaut. Malgré d'excellents épisodes isolés dans les saisons 2 et 3, Veronica Mars n'a jamais su vraiment retrouver ce qui faisait le succès éclatant de sa première saison : une storyline bien construite qui implique son héroïne en profondeur.Cela dit je ferai un article particulier sur Veronica Mars que j'ai quand même beaucoup apprécié.