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Articles Par Mois

22 juin 2007 5 22 /06 /juin /2007 00:40
Autrefois, lorsqu'on cherchait pourquoi une œuvre était restée inachevée, on pouvait parier pesque à tous les coups sur la mort prématurée de son auteur. Les multiples exemples de romans inachevés - pour cette raison ou une autre – (Le Château de Kafka, L'homme sans qualités de Robert Musil, Le Mystère d'Edwin Drood de Charles Dickens) montrent que cela n'empêchait pas toujours une œuvre d'être publiée et de trouver son public. Et même, cette particularité pouvait s'avérer indissociable de la pérénnité de l'œuvre en question, par exemple dans le cas du Perceval ou le Conte du Graal qui excita l'imaginaire médiéval au point de faire du Graal un mythe quasi universel.

Mais si vous deviez faire ce même pari concernant une série inachevée, vous seriez mieux avisé de miser sur un audimat jugé insuffisant par la chaîne de diffusion (
ce qui fait probablement des séries télés le genre fictionnel comptant en proportion le plus d'œuvres inachevées de l'histoire de l'humanité).

Bien sûr, on peut toujours espérer, même après son arrêt, qu'une série trouvera sa conclusion sous une forme ou une autre. D'ailleurs les spectateurs américains sont devenus très imaginatifs pour forcer les chaînes à réviser leur jugement.
Après l'annonce officielle de son annulation, la série Jericho a ainsi récemment obtenu d'être prolongée pour sept épisodes de plus. Il faut dire que les spectateurs déçus s'étaient cotisés pour envoyer plus de 2 tonnes de noix à la chaîne (ne cherchez pas pourquoi si vous n'avez pas vu Jericho… c'était une référence à la série)... Mais ce genre de repêchage reste rare.

On se souvient que Pretender (Le Caméléon) a eu des prolongements au travers de téléfilms, que Farscape s'est poursuivi avec une minisérie (et on parle toujours d'en faire une autre), ou que Firefly a carrément eu droit à une conclusion sur grand écran (avec le film Serenity qui parvient par un tour de force scénaristique à conclure une des trames pricipales du show et à rester compréhensible sans avoir vu la série). Il semble aussi que Dead Like Me connaîtra une conclusion sous la forme de film(s) sorti(s) directement en DVD. En revanche, la destinée de nombres de séries dont la conclusion a été promise par leur auteur peut rester incertaine pendant plusieurs années, pour cause de batailles juridiques (Carnivale étant l'exemple récent le plus frustrant qui me vienne à l'esprit).

Toutes les séries annulées, cependant, ne sont  pas à proprement parler inachevées. Certaines parviennent avec plus ou moins de bonheur à achever leur intrigue. Récemment, la série Day Break a été contrainte de trouver une conclusion après son annulation, et à mon sens ce fut même une bénédiction déguisée car son procédé (un flic qui revit la même journée à la façon de Un Jour sans fin) aurait probablement finit par agacer (même si chaque saison devait raconter une journée différente, comme cela semble probable).
Lorsque les créateurs sont mis au pied du mur et doivent rendre leur dernier épisode, certaines séries parviennent à retrouver à cette occasion un souffle qu'elles avaient perdu (je pense à la conclusion récente de Veronica Mars).

Bien sûr, ce n'est pas toujours aussi idyllique : les auteurs peuvent aussi tenter de dénouer toutes les intrigues à la fois d'une façon plus forcée que convaincante (par exemple l'atroce et frénétique épisode de fin de Roswell nous fait presque regretter que la série ne se soit pas achevée sur un cliffhanger).

Mais évidemment, ce sont les séries "à mystères" qui s'avèrent les plus frustrantes en cas d'une annulation. Il est ainsi peu problable qu'une conclusion précipitée, sous quelque forme que ce soit, puisse être satisfaisante pour Surface
, (qui, un an avant Heroes, comprenait plusieurs récits parallèles éloignés géographiquement et destinés à se rejoindre, et dont la première saison constituait tout juste une introduction). Autant, donc, accepter l'idée d'une "fin ouverte" involontaire...

Lorsque je pense à des séries inachevées, le premier exemple qui me vient à l'esprit est cependant celui de "My so-called Life" (Angela, 15 ans en VF), qui est pourtant une chronique et dont je n'attendais pas tant une réponse à des mystère que la perspective de voir ses héros grandir. Authentique série culte (c'est à dire, comme le rappelle Martin Winckler, une série ayant eu un succès tardif après avoir été d'abord appréciée par un petit groupe extrèmement motivé – et non selon le sens de "série à la mode" comme l'utilisent les médias à tort et à travers), certains disent même que cette frustration est à l'origine du succès tardif de la série, les spectateurs ayant pu inventer ce qu'ils voulaient et, grâce aux fanfictions, poursuivre eux-mêmes son histoire.

Bizarrement, alors que j'adore qu'un récit soit construit au cordeau par des auteurs qui savent où ils vont (ou qui sont passé maîtres dans l'art de trouver après coup des résolutions élégantes), j'ai une certaine tendresse pour les séries inachevée. En ce moment, je regarde Invasion, sans trop penser au fait qu'elle s'achèvera prématurément. Je préfère considérer qu'elle m'offrira une promesse, une invitation à imaginer la suite (comme le fait par exemple en littérature Chronique du règne de Charles IX
de Mérimée). Même si cela n'est qu'une consolation artificielle, digne de la méthode Coué, admettons que les "belles inachevées" peuvent offrir de grands moments de fiction avec autant – ou plus d'audace – que bien des séries à succès. Et la frustration passée, apprécions ce qui peut subsister d'elles : même si c'est un souvenir doux-amer et quelque peu obsédant.
 
       

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Published by Struggling Writer - dans Séries Télé
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