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Articles Par Mois

25 septembre 2007 2 25 /09 /septembre /2007 17:24
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Je suis en train de voir l'intégrale de M*A*S*H (la série issue du film de robert Altman et injustement méprisée par celui-ci), sortie dans une magnifique édition DVD, d'autant plus précieuse qu'elle permet de regarder la série comme l'avait voulue les auteurs, c'est à dire sans les rires enregistrés. La série comporte de nombreux épisodes marquants, mais je voudrais ici parler de l'épisode Point of View, qui se situe lors de la septième saison. Le postulat en est simple. La caméra suit entièrement du point de vue d'un soldat blessé, du moment où il se trouve sur le front et qu'il reçoit un éclat d'obus jusqu'au moment où il quitte le MASH (l'hôpital mobile de la guerre de Corée où se situe la série) après avoir été soigné.


Ce procédé (filmer entièrement une histoire en point de vue) a été tenté plusieurs fois au cinéma (La Dame du Lac,La Femme Défendue) sans être tout à fait convaincant (même si La Femme défendue n'est pas sans qualités). Ici, il l'est tout à fait. Tout d'abord, les scénaristes ont intelligemment décidé que le soldat serait blessé à la gorge, ce qui empêche celui-ci de parler pendant presque tout l'épisode, et lui enlève, lorsqu'il peut enfin articuler péniblement quelques mots, la possibilité d'avoir une voix distincte. De cette façon, ce soldat est un observateur, mais plus important, il n'est jamais caractérisé. On ne verra même jamais son visage dans un miroir. Nous ne saurons jamais ce que le soldat pense. Nous ne savons pas s'il a peur, ou s'il a mal, à part lorsque sa voix étranglée nous rappelle ce qu'il endure. Car l'épisode ne cherche pas à nous donner l'illusion que nous sommes à sa place, mais uniquement à déplacer notre point de vue habituel sur les personnages familiers, à nous mettre dans la position d'un observateur, d'un patient typique du "MASH 4077" qui aura un bref aperçu des soignants de l'hôpital, des petites manies des médecins, des mensonges des patients.

L'épisode parvient ainsi à la fois à nous parler de la fiction, du soin et de la guerre. Au cours de l'épisode, le thème du changement de point de vue revient en permanence, mais je conseille vraiment de le voir pour s'en rendre compte par vous-même. Ce que je voudrais souligner ici, c'est que les séries télévisées semblent souvent plus à l'aise que le cinéma avec les tentatives expérimentales. Peut-être parce que de telles expérimentations s'inscrivent dans un cadre où le besoin essentiel de caractérisation et d'identification aux personnage a déjà été accompli. En fait l'épisode paraîtra probablement moins frappant au spectateur qui découvrira la série avec cette épisode qu'à celui qui connaît déjà bien le contexte et les personnages. Si le regard adopté ici est si important, s'il nous touche, c'est bien parce qu'il constitue un changement de point de vue, une articulation avec le reste de la série, qui nous évite l'impression pesante d'assister à exercice de style.

Quoiqu'il en soit, l'audace et le savoir-faire des séries américaine n'est pas récent. Les séries commencent peut-être à être reconnues en France, mais les scénaristes de télévision n'ont pas attendu cette reconnaissance pour prendre des risques et considérer que la télévision était un peu plus que le "cinéma" du pauvre… et pouvait même damer le pion du grand écran.

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Published by Struggling Writer - dans Séries Télé
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