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Articles Par Mois

20 mars 2008 4 20 /03 /mars /2008 04:55
Mon billet de la semaine n'a pas grand chose à voir avec la fiction pour une fois – quoique… C'est plus une méditation que je ressens le besoin de partager. Je l'ai récemment mise en ligne sur un forum de question/réponse section philosophie en réponse à la question : "Si Dieu existe, pourquoi laisse t-il des hommes dominer d'autres hommes ?" mais au final, cette question est moins importante pour moi que le développement qu'elle induit.

Si Dieu existe, on peut – on doit – se demander s'il est un être moral. Après tout, créer l'univers, être tout puissant – ou même débordant d'amour – n'induit pas forcément de disposer d'une morale. Dieu (et je parle ici d'un Dieu hypothétique qui aurait créé l'homme à son image et dont les actes – à défaut des desseins – sont compréhensibles pour l'homme et peuvent donc être jugés moralement, comme peuvent l'être les actes de tout être ayant une influence directe sur nos existences) a pu créer l'homme parce qu'il s'ennuyait, ou par orgueil (il voulait être flatté par les prières qui le louent comme le plus grand, le plus puissant, etc.) et peut-être se moque-t-il que ses créatures s'entre-tuent, du moment qu'elles font ce qu'il attend d'elle, c'est à dire, par exemple, chanter ses louanges… Donc de deux choses l'une (tout cela selon le postulat, discutable, qu'une divinité supérieure et consciente existe) :

 – Soit Dieu est amoral et, auquel cas, quel raison avons-nous de l'adorer ou même de nous préoccuper de lui ? Ce n'est pas parce qu'il est puissant et créateur de l'univers que nous devons lui vouer un culte. La seule chose qui donne de la légitimité à la prière, c'est le fait qu'on base sa croyance sur le fait que Dieu est, en plus du créateur de l'univers, une autorité morale suprême. Si un principe mauvais ou simplement indifférent à nos existence avait créé l'univers, mériterait-il qu'on le prie ?

 – Soit Dieu est moral, et alors, il faut se demander ce que cela implique. Admettons que Dieu soit le créateur de toute chose. N'est-ce pas l'attitude la plus morale pour un créateur que de donner à sa création la possibilité d'être la plus autonome possible et, par conséquent, libre ? En clair, Dieu veut-il vraiment que les hommes croient en lui, qu'ils appliquent sa volonté et lui rendent hommage chaque jour ? Il est bien sûr impossible de le savoir, mais seules deux réponses sont possibles et elles mènent à la même conclusion :

 • Si la réponse est oui, alors Dieu est amoral. Car la moralité suprème serait de laisser autrui être autonome, donc ici de laisser les êtres humains faire leurs choix non en se basant sur une autorité morale supérieure qui leur permette d'éviter de se poser les questions qui fâchent mais sur leur propre jugement. Par ailleurs, un Dieu sensible à la flatterie serait assez décevant. Ne pas croire en Dieu (ou y croire, mais ne pas le louer) dans un tel cas est donc le choix le plus moral.

 • Si la réponse est non, alors Dieu est moral, et il faut bien admettre que, même dans le cas ou Dieu existe, l'athée et l'agnostique, s'ils pratiquent une morale rigoureuse, sont plus en phase avec le plan divin (puisque autonomes) que les croyants et sont donc promis au "salut", si une telle chose existe (c'est certes paradoxal mais logique). Le fait d'être croyant, dans un tel cas, n'offre pas vraiment d'avantage car un Dieu moral – si tant est qu'un tel Dieu se sente la moindre légitimité à juger les humains – ne jugera pas les hommes sur leurs croyance mais sur leurs actes (sont-ils ou non humains et bons les uns avec les autres ?). Ce qui n'empêche pas que la foi étant une affaire de simple conviction et non de morale, il n'y a rien d'amoral à croire en Dieu du moment que cela n'implique pas de code moral préétabli(quelle que soit la forme de cette croyance). Maintenant, est-il seulement possible que le culte voué à une Divinité ne joue pas un tant soit peu un rôle de béquille morale ? J'imagine que oui, mais c'est loin d'être le cas le plus courant.

 Dans tous les cas, le fait que des hommes dominent d'autres hommes n'est ni une preuve de l'existence de Dieu, ni une preuve de son inexistence. Cela ne prouve pas non plus qu'il – ou Il – soit moral ou non. On pourrait dire aussi bien qu'il est indifférent à nos existence… ou au contraire qu'il nous laisse la liberté de faire des erreurs. Tout ce que cela prouve, c'est que Dieu, s'il existe, n'est pas interventionniste… Cela pose donc le problème du miracle.

Si Dieu intervient dans certains cas et provoque des miracles, pourquoi n'intervient-il pas quand les hommes s'entre-tuent pour des causes absurdes ou lorsque des innocents meurent sans raison ? S'il intervient et accomplit des miracles uniquement pour ceux qui croient en lui ou pour obliger les incrédules – qu'ils appliquent eux-mêmes ou non une morale conforme à ses vœux – à croire en lui, alors Dieu est égoiste (et donc imparfait).

Si l'on postule que Dieu est moral, alors le fait qu'il n'intervienne pas pour résoudre les malheurs du monde prouve que les miracles qui lui sont imputés, quels qu'ils soient, sont pure invention (comme ils sont du ressort de la foi, à chacun de décider d'y croire ou non, mais fonder sa croyance sur les miracles implique d'adorer un Dieu amoral), car un Dieu moral et interventionniste serait plus intéressé à faire cesser les souffrance des innocents qu'à convaincre les hommes de son existence. Donc, si Dieu est moral, on peut conclure de la simple observation qu'il n'est absolument pas interventionniste (laisser les hommes libres de leurs choix et de leurs erreurs, même si c'est au prix de la souffrance d'innocents est bien un choix moral valide)…
Si Dieu ne fait des miracles que dans un but égoïste (pour que les hommes l'admirent, qu'ils soient convaincus de son existence ou qu'il soient écrasés par sa puissance) en revanche, il semble cohérent de penser qu'il n'interviendra pas pour résoudre les malheurs du monde parce que ceux-ci semble accroitre le besoin du genre humain de se tourner vers la divinité.
 Au final, la question de l'existence de Dieu, au lieu d'être posée uniquement en terme de foi, peut aussi être posée en terme de morale pure. Croire ou ne pas croire en Dieu, que celui-ci existe ou pas, est aussi affaire de morale. Et la morale pour être rigoureuse ne doit pas, comme l'affirment certains (et en particulier un certain président de la République), procéder de la transcendance, mais interroger jusqu'à notre lien avec celle-ci. Autrement, la morale n'est qu'obéissance.

 Note : Si vous n'êtes pas croyant, ce qui précède vous donne donc une raison supplémentaire de ne pas l'être (puisque selon moi, même si Dieu existe, il n'y a pas de raison particulière de croire en lui), si vous l'êtes, j'espère que vous n'y verrez aucun blasphème (puisque j'imagine que vous croyez en un Dieu qui représente une autorité morale). Maintenant si vous croyez à Dieu et aux miracles, haussez juste les épaules ou, mieux, examinez honnêtement ces quelques réflexions avant de les rejeter et dites-vous que la foi est faite pour être éprouvée.

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Published by Struggling Writer - dans Divers
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commentaires

Bourdiec 20/03/2008 10:02

Je suis croyant. Ta réflexion est pour moi sans objet : Dieu est amour, Il a créé l'homme avec un amour infini pour sa créature. Et la première preuve d'amour que l'on puisse imaginer est la liberté de l'être aimé. Dieu a donc créé l'homme libre, totalement libre, de Le louer, de Le refuser, de faire le bien ou le mal. Et comme Il est amour, Il est forcément pardon.

Struggling Writer 20/03/2008 10:46



Je suis croyant aussi (je crois des choses que je ne peux prouver et qui influent sur ma vie spirituelle). Même si, en ce qui me concerne, la question de l'existence d'une divinité reste ouverte
parce qu'elle me semble secondaire.

Ensuite, l'amour est une émotion humaine. Si on la projette dans le divin, je ne suis pas sûr de ce que cela peut donner. Déjà, l'amour, même infini (ce qui d'ailleurs l'assimile à un excès, car
il en va de l'amour comme de toute choses : il nécessite d'être équilibré par d'autres qualités), n'implique pas forcément le pardon. L'amour n'est pas bénéfique en soi et il peut même être
destructeur, et l'amour ne place aucunement celui qui le ressent en dehors de la morale. Pour que Dieu pardonne il ne suffit pas qu'il aime ses créatures, il faut aussi qu'il soit un principe
bénéfique et moral (on peut tout à fait concevoir la possibilité d'un Dieu qui aime infiniment mais qui châtie, d'ailleurs de nombreux chrétiens – mais pas tous, m'empressé-je d'ajouter – ont
encore une telle vision).

Je suis d'accord avec toi : si on postule (ou qu'on croit en) l'existence d'un Dieu aimant et moral, la question du libre-arbitre coule de source. Mais ce n'est pas exactement l'objet de
ma réflexion. Le fait de ne pas croire n'est pas assimalble à un "refus du divin" mais peut-être la manifestation suprème du libre arbitre accordé par Dieu, c'est à dire la possibilité d'une
morale qui repose sur la seule responsabilité des individus et non sur leur ferveur.


Certes, si Dieu est un être moral, il ne jugera pas les hommes et les laissera libre de le louer. Mais cela signifie, que louer ou non la divinité est pour un individu, même si Dieu existe, un
choix moral comem un autre. Et je me demande réellement en quoi le fait de répéter à une autorité suprême qu'elle soit "louée", qu'elle est "infiniment grande", "toute-puissante", et
miséricordieuse, ne constitue pas une forme de flatterie.



En tout cas merci de ce retour qui m'a permis de préciser ma pensée et de revoir mon texte pour y ajouter une conclusion qui en élimine, j'espère, l'ambiguité.