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Articles Par Mois

16 septembre 2008 2 16 /09 /septembre /2008 17:00
Malheureusement, je n'ai pas lu l'Île au Trésor lorsque j'étais enfant. Pourtant, mon frère et moi en avions un exemplaire, dans une édition bariolée avec des illustrations basées sur le film produit par Disney. J'aimais lire. Je lisais beaucoup de livres et de toutes les sortes possibles. Mais celui-là je ne l'ai pas lu. Pourquoi ? Je ne suis pas très sûr. Peut-être en partie parce que je trouvais les illustrations hideuses. Surtout,  je me souviens avoir vu sur une page intérieure que c'était une adaptation et non un texte intégral. Je sais que j'ai tourné plusieurs fois autour de ce livre, me décidant presque à le lire, mais qu'à chaque fois, c'est cette mention qui, redécouverte, m'a retenu d'aller plus loin. Je n'avais qu'une idée vague de qui était Stevenson, mais je ne voyais pas vraiment de raison de découvrir une version édulcorée de son livre.

Je me demandais ce qui pouvait manquer, ce qu'on avait pu changer (j'ai le souvenir vague d'avoir été très en colère lorsque j'avais découvert que la fin de certaines histoires "adaptées pour les enfants" étaient en fait trahies lorsqu'elles étaient trop sombre, comme une version très édulcorée des Trois Mousquetaires dont j'ai un vague souvenir et qui fait carrément l'impasse sur tout ce qui suit l'affaire des ferrets). Dans le cas de l'Île au Trésor, et à cause du titre, je sentais confusément que cet histoire me plairait et que je n'avais pas envie de la gâcher. J'ai donc attendu. Peut-être à tort. Mais on ne devrait jamais sous-estimer la capacité des enfants à se méfier de ce qu'on prétend faire pour eux.

J'ai donc lu l'Île au Trésor bien plus tard, lorsque j'étais adulte. Et au bout du compte (je pèse mes mots) il s'agit à ce jour d'un des plus grands chocs littéraires qu'il m'ait été donné d'avoir. L'Île au Trésor est peut-être une histoire pour enfant (c'est en tout cas dans cet esprit que l'écrivit Stevenson), un pur récit d'aventure, mais, à mon avis, bien peu de récits égalent la perfection des situations crées par Stevenson, son invention constante, sa construction sans faille, et le pur plaisir de lecteur qu'il nous offre. Aujourd'hui, j'en ai trois ou quatre éditions (dont une en Anglais), et je lis l'ïle au Trésor assez régulièrement (à chaque fois que j'ai besoin de retrouver le plaisir de lire après avoir perdu mon temps avec des livres médiocres).

J'ai dévoré l'Île au Trésor après la découverte des Essais sur l'Art de la Fiction de Stevenson, que je conseille vivement à toute personne qui veut se remettre les idées en place et se libérer définitivement du lavage de cerveau effectué par l'éducation française en matière de littérature. Cependant, je n'ai parfaitement compris la nouveauté et la portée des Essais qu'après avoir lu l'ïle au Trésor, bien que ce ne soit absolument pas un roman à thèse. L'Ile au trésor, bien au contraire, est un roman qui ne s'excuse pas d'être un roman et ne cherche pas de faux semblants pour s'autoriser à être avant tout un récit : c'est donc l'œuvre d'un artiste exigeant et généreux qui a une très haute idée de la littérature, trop haute en tout cas pour négliger le plaisir qu'elle procure. Stevenson a créé le parfait roman de pirates que "nous aurions voulu rêver pour nous-même".

Nul ne doute aujourd'hui que l'Île au Trésor soit un classique, mais, par les temps qui courent, cela ne veut plus dire grand chose : on appelle de ce nom toute œuvre ayant survécu dans les mémoires le passage d'une génération…  En France, bien peu (à l'exception de Michel Le Bris) osent clamer que l'Île au Trésor est aussi le manifeste d'une vision moderne et toujours révolutionnaire de la littérature (ce que devraient être les vrais classiques).

Pourtant, nous sommes loin d'avoir fini d'explorer les chemins de l'Île au Trésor, ni d'avoir découvert toutes les pépites, tous les joyaux qui y sont enterrés.

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Published by Struggling Writer - dans Roman
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commentaires

marie 14/10/2008 09:48

je vais lire tout ça de ce pas... même si je n'aime pas trop lire sur la littérature... pour ne pas être bloqué ou mon cerveau bourrée de statements surmoïques !! "faut faire ci ou ça" mais ça dépend de l'auteur !! car la littérature est en mouvement comme tout art : j'ai tellement entendu de conneries à l'école, à la télé.je ne sais pas si l'île au trésor est lue... en tout cas c'est connu. 

Struggling Writer 15/10/2008 13:47


Pour moi, il est essentiel d'étudier et de comprendre les principes de son art. Un principe, comme l'explique Robert McKee, ce n'est pas une règle. 

Je cite "Une règle consiste à dire : "C'est comme cela qu'il faut faire", alors qu'un principe suggère que "cela fonctionne et a toujours fonctionné ainsi depuis le début des temps". La
différence est cruciale. Il n'est pas nécessaire de reproduire le schéma de la pièce "bien faite", cependant votre texte doit être bien fait d'après les principes qui forgent notre art. Les
scénaristes angoissés et inexpérimentés obéissent aux règles. Les scénaristes rebelles et les ignorants brisent ces règles. Les artistes, eux, maîtrisent la forme."

C'est bien pourquoi il est essentiel pour un écrivain d'étudier le plus possible les principes de son art, que ce soit par mimétisme ou par la théorie. Les anglo-saxons ont produit une masse
considérable de réflexion sur la construction scénaristique et narrative. Il me semble impossible aujourd'hui de faire l'impasse sur ce savoir quand on veut écrire. Non pour l'appliquer
scolairement, mais pour étendre ses possibilités et ses exigences.

Cela dit, les Essais sur l'Art de la Fiction sont particuliers en ce sens qu'il ne disent pas comment faire de la fiction, mais plus pourquoi en faire. Stevenson y parle de l'Oisiveté, des
rèves et de ballades au clair de Lune. Mais en définitive son sujet est toujours et encore la fiction et les questions qu'il y pose sont essentiellles.


marie 13/10/2008 22:00

Je suis ravie de voir ton article sur l'ile au trésor qui est un de mes livres cultes depuis presque toujours... Contrairement à toi, je l'ai toujours lu et aimé et même en le relisant adulte (comme le grands meaulnes), j'ai toujours été sciée... et sciée du fait que plus grand-monde ne le lit (voire ricane quand on l'évoque). Stevenson était sans doute un très grand et je vais me précipiter sur son livre sur la fiction... et il disait cette phrase que j'adore "Kipling was too clever to live" et en fait je trouve que c'est plutôt une phrase qui lui va bien à lui...

Struggling Writer 14/10/2008 09:32


Plus grand monde ne lit L'Île au Trésor ? Je ne sais pas si c'est vrai, mais c'est bien dommage si c'est le cas. Il n'y a pas un écrivain qui ne bénéficierait de sa lecture…

Cela dit Stevenson est largement réhabilité particulièrement en France, grâce au travail de Michel Le Bris.

Les Essais sur l'Art de la Fiction contiennent à mon sens des textes fondateurs sur la littératures et des propositions qui n'auront jamais finie d'être explorées. Stevenson a démontré qu'il était
un gigantesque écrivain mais aussi qu'il avait cinquante ans d'avance sur son temps. Il suffit pour s'en assurer de lire la version retraduite de Ceux de Falesa, dont on peine à croire qu'il fut
rédigé à l'ère victorienne…