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Articles Par Mois

23 septembre 2008 2 23 /09 /septembre /2008 18:24
J'ai eu la chance de pouvoir voir à la Mostra de Venise le dernier film des frère Cohen en avant première publique. Burn after Reading est une comédie noire, aux subits accès de violence, qui comme souvent chez les Cohen, se présente comme un film d'un genre très défini (ici, l'espionnage) tout en le subvertissant. Dans Burn After Reading, la plupart des personnages semblent persuadés qu'ils vivent dans un monde paranoïaque de faux-semblants et de secrets (dans une certaine mesure, c'est vrai, mais en fait la paranoïa est entièrement de leur fait). Gonflés de leur propre importance, ils se livrent à des actions dignes des barbouzes de la guerre froide : trahison, filatures, vente d'information à l'ennemi, meurtre, constructions de gadgets (!), pour des enjeux tellement minuscules, tellement marginaux, que toutes leurs actions apparaissent  absurdes.

A l'évidence, on peut y voir une satire de l'Amérique moderne et de ses services secrets qui s'agitent dans une paranoïa improductive, mais il y a bien plus. Le film creuse le même sillon que Miller's Crossing, The Big Lebowsky ou The Barber, dans lesquels un protagoniste somme toutes assez banal semble victime d'un
malentendu, comme si l'univers entier les confondait pendant quelque temps pour des héros de film noir avant de se reprendre. Ici le procédé est porté à son comble, et tous les personnages se retrouve victimes de leur désir de participer à quelque chose d'important. Burn After Reading nous laisse le sentiment que la trame même de nos vie, de nos désirs et de nos peurs les plus essentielles sont une sorte de quiproquo cosmique (c'est d'autant plus vrai que les personnages de Brad Pitt ou de Georges Clooney semblent vraiment se prendre pour des personnages de Brad Pitt et Georges Clooney… sans avoir le scénario qui leur permet de le faire).

On a parfois reproché – à tort, je crois – aux frère Cohen une certaines froideur, un manque d'implication émotionnelle, mais la distance qu'ils instaurent avec leurs personnages (et qui ici produit des effets plus drôle que tout ce qu'ils ont fait depuis Big Lebowsky) et leur talent pour les effets anti-dramatiques n'excluent nullement une certaine tendresse. S'ils sont en fait un peu les fils spirituels de Robert Altman et des existentialistes (pour se laisser aller au jeu des croisements improbables chers à Hollywood), ils n'oublient jamais de raconter une histoire, donc de s'intéresser à leurs personnages.

Mais avant toute chose, Burn After Reading est drôle, souvent même très drôle. Rien que cela en ferait un grand film. Les critiques ont étrangement choisi d'en oblitérer l'aspect comique, pour se concentrer sur la noirceur et la violence (qui dans un cas comme dans l'autre ne sont pas plus sérieuses que le reste). C'est dommage,
non seulement le rire et l'humour absurdes n'excluent pas la profondeur, mais on peut même dire que pour toucher juste, la profondeur leur est nécessaire.

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Published by Struggling Writer - dans Cinéma
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