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Articles Par Mois

6 octobre 2008 1 06 /10 /octobre /2008 11:00
A la première vision, j'ai été déçu par le dernier Indiana Jones. Pourtant, j'avais envie d'être indulgent, et ne pas bouder mon plaisir ; mais, au fur et à mesure de la projection, un doute lancinant me taraudait : étais-je vraiment en train de voir un Indiana Jones ? ou était-ce juste un film avec Indiana Jones dedans ? Je suis donc allé le revoir avec l'espoir d'infirmer mon impression. Mais à la deuxième vision, je l'ai carrément détesté.

La mise en scène n'est pas en cause (elle comporte assez d'idées affolantes pour justifier à elle seule la vision du film). Ce qui pèche ici, c'est – purement et simplement – le scénario. Ce qui prouve une fois de plus qu'un mauvais scénario ne saurait être sauvé par une mise en scène, fut-elle inventive et géniale. Je tiens aussi à dire que le problème ne vient pas du frigo expulsé d'une explosion nucléaire sur lequel certains déçus ont décidé de faire une fixation. Un ingrédient ne justifie jamais à lui seul la faillite d'un projet. Ici, c'est bien la construction narrative tout entière qui est en faute.

Rien n'est plus difficile que d'écrire une histoire d'aventure. Pour qu'un écrivain y parvienne, il lui  faut sans cesse marcher sur un fil et allier des qualités opposées : rigueur de construction et imagination débridée, simplicité et innovation, introversion et extraversion. Le scénario d'aventure est à mon sens l'exercice le plus difficile auquel un écrivain puisse se confronter. Il demande de se rendre dans les terres inexplorées de notre imaginaire et d'en revenir avec des images oniriques, fantasmées, auquelles on donne l'apparence du vrai, du palpable.

On pourrait, à ce titre, pardonner plus facilement au scénariste d'échouer, à condition qu'il ne fasse pas naufrage avant même d'avoir quitté le port d'attache. Ce qui semble avoir été le cas pour David Koepp (qui n'est évidemment pas seul responsable, vu qu'Harrison Ford, George Lucas et Spielberg ont consensuellement validé ce travail désastreux) dans Indiana Jones IV.


C'est d'autant plus rageant qu'une version précédente, bien plus satsifaisante, avait été écrite par Franck Darabont. Elle est disponible sur le net pour ceux qui savent chercher ; et j'en conseille fortement la lecture à ceux qui ont été décus par le film. C
omme le prouve le scénario de Darabont qui pousse le principe à l'extrème, l'idée d'adapter l'univers pulp d'Indiana Jones aux années cinquante (ce qui impliquait le nucléaire, le frigo, et la SF) n'était pas mauvaise en soit, mais Darabont le fait d'une façon radicale, affirmée, donnant aux années cinquante la même charge romanesque que possédait l'exotisme colonial dans Temple of Doom ; là où David Koepp est resté timoré – trop impressionné, semble-t-il par le personnage – et n'a pas réussi à prendre de décision quant à la direction que devait prendre son histoire. Et comme tout scénariste qui est en train de perdre le contrôle de son sujet, il finit par s'intéresser plus à son McGuffin qu'à ses protagonistes.

Pour ceux qui ne sont pas familiers du terme, le McGuffin est un terme scénaristique qui désigne tout objet de convoitise (abstrait ou concret) qui met en mouvement les personnages d'une histoire : code secrets, malette de billet, ferrets de la reine, etc. Hitchock raconte dans ses entretiens avec François Truffaut qu'il créa le terme à partir d'une vieille blague anglaise :

Un vieil homme dans un train porte un sac coloré. Son voisin lui demande ce qu'il y a dans le sac.
« C'est mon McGuffin.
– A quoi ça sert ? demande le voisin.
– A éloigner les tigres, répond  le vieil homme.
– Mais il n'y a pas de tigre dans la région !
– Normal, puisque j'ai mon McGuffin ! »

Hitchcock partait du principe que le spectateur ne s'intéressait jamais vraiment au McGuffin et qu'il fallait le considérer comme un pur prétexte sur lequel il n'était pas besoin de s'étendre (Notorious ou North by Northwest présentent ainsi des McGuffin purement abstraits qui ne sont que des codes ou des formules chimiques).

Lorsque Georges Lucas lança le premier Indiana Jones, il postula, au contraire de Hitchcock, qu'on pouvait créer un McGuffin ayant une forte charge émotionnelle ou mythologique (il se situaient ainsi dans la droite lignée de Stevenson, qui créa l'un des Mc Guffin les plus simples et evocateur auquel on puisse penser : le trésor enfoui des pirates). Le choix de l'Arche d'Allliance, dans le premier épisode de la série, ainsi que celui du Graal, dans le troisième, permettait de mettre l'aventure sur les rails sans nécessiter d'explications abondantes : leur charge mythique expliquait à elle seule l'importance des enjeux et donc la motivation du protagoniste pour les retrouver. Spielberg et Lucas déclarèrent plus tard qu'ils regettaient de ne pas avoir trouvé un McGuffin aussi élégant pour le deuxième épisode (les pierres de Sankara). Malgré ces réserves justifiées, le deuxième épisode fonctionne tout de mâma grâce à l'adjonction d'un deuxième McGuffin, plus humain : sauver les enfants d'un village indien de l'esclavage.

Le choix du crâne de cristal et de l'El Dorado, pour le quatrième épisode n'était pas forcément mauvais en soi. Mais le traitement est désastreux. Déjà, le crâne de cristal lui-même ne fonctionne pas à l'écran : il est surdimensionné, mais semble aussi léger qu'un jouet moulé dans du plastique. N'importe qui ayant soulevé un cendrier en cristal se rend compte, au moins inconsciemment, qu'un objet de cette dimension ne saurait être soulevé sans effort, et encore moins être traité comme un ballon de rugby (cf. la scène de poursuite où les personnages se l'envoient d'une voiture à l'autre). Il ne s'agit pas ici d'un problème de vraisemblance, mais d'incarnation : le crâne de cristal apparait comme un simple accessoire de cinéma, une pure création de scénariste qui ne se matérialise jamais de façon solide ; là où l'Arche d'Alliance ou le Graal étaient aussi proches que possible de leur représentation traditionnelles et avaient une présence palbable, matérielle, à l'écran. Dans le cas du Graal, le problème de ses représentations diverses était même au centre d'un choix important d'Indiana Jones, de son épreuve finale.


Si l'idée du scénario de Koepp de donner un fils à Indiana n'était pas mauvaise – le personnage de Mutt est le seul personnage secondaire qui existe, en grande partie grâce à l'interprétation impeccable de Shia le Beouf – le conflit père-fils se résume à de simples gimmicks. Je ne dis pas que j'aurais préféré un Indiana Jones plus psychologique, c'est même le contraire, mais comment se fait-il que la quête principale du scénario soit aussi éloignée des préoccupations réelles des personnages et surtout du spectateur ?

Indiana Jones lui-même n'est traité que comme un personnage lointain dont le parcours ne possède aucune charge émotionnelle.
Les promesses offertes par les possibilités d'un Indiana Jones victime du maccarthysme n'aboutissent jamais (Indiy est réabilité, et même promu, à son retour, sans raison apparente puisqu'il n'a rien à montrer pour faire valoir son innocence). Par comparaison, dans la version de Darabont, Indiana Jones était obligé de changer d'identité, tel un héros d'Hitchcock, et affrontait la CIA, alliée à un dictateur en Amérique du Sud…

A cela, j'ajouterai la sous-exploitation de l'adversaire d'Indiana. Dans le premier, Belloq était une image inversée de notre héros. Le prêtre de Kali, Mola Ram, était moins réussi, mais il touchait au "cœur" et avait pour avantage d'être une pure figure du mal. Quant à Donovan, le milliardaire du troisième et son obsession de l'immortalité, il était à bien des points de vue le "Belloq" du père d'Indiana Jones.

Ici, on peine à se satisafaire de Spalko, et de son obsession pour les pouvoirs de l'esprit. Elle n'est ni effrayante, ni détestable. Elle est juste antipathique. Elle n'est qu'une gêne dans la quête d'Akator, non un enjeu. Elle n'offre aucune révélation intéressante sur Mutt ou sur Indy. Elle pourrait aussi bien survivre à l'aventure, on n'en voudrait pas au scénariste. Ce n'est qu'un ennemi "générique", purement graphique, qui a le désavantage d'étouffer par sa présence le personnage de Mac, au potentiel plus grand mais qui ne parvient jamais à exister par lui-même. Au final, le film souffre de ne pas avoir fait de choix entre ces deux "méchants".


Tout ces défauts de caractérisation ont un rapport étroit avec la place exagéré donnée aux scènes d'exposition. On est loin de la simplicité de "L'Arche a été perdue à Tanis - les Nazis ont retrouvé Tanis. Ils ont besoin du médaillon de Ravenwood pour localiser l'Arche", de "Les adorateurs de Kali recherchent les Pierres de Sankara sous le palais en réduisant les enfants des village alentour en esclavage", ou encore de "Quatre frères ont trouvé le Graal pendant les croisades et l'ont dissimulé à leur retour. Le carnet d'Henry Jones donne toutes les indications nécessaires à son emplacement."

Dans ce quatrième opus, une bonne partie du film est consacrée à des discussions pénibles sur les conquistadors, Akator (appelée par moment l'El Dorado, ce qui ajoute à la confusion), Oxley, les Crânes de Cristal (avec référence inutile au "faux" crâne de Cristal de Mitchell-Hedges), la tribu Ugha, les pouvoirs de l'esprit, etc. Non seulement, c'est aussi peu évocateur et élégant que possible, mais je mets quiconque au défi de me résumer la backstory et de m'expliquer en détail le rôle d'Oxley en sortant du film, alors même que cet aspect est très longuement développé. Là encore, la comparaison avec le scénario de Darabont, où la quête s'avère d'une remarquable simplicité et
où la folie d'Oxley a quelque chose de Lovecraftien, est accablante pour la version validée.

En se focalisant sur les explications, le film oublie un autre aspect nécessaire au film d'aventure : la poésie des situations. Dans le premier épisode de la franchise, la localisation de l'Arche est rendu possible grâce à un rayon de soleil qui vient frapper une maquette cachée sous les sables. Dans le deuxième, les personnages découvrent un Temple de sectateurs du mal creusé sous un magnifique palais Indien. Dans le troisième, Indiana Jones retrouve le tombeau d'un chevalier enfoui sous une bibliothèque à Venise. Ces lieux de transition souterrain d'un monde vers l'autre, ou le héros reçoit une indication pour l'étape suivante de son voyage, ont une importance cruciale dans la construction d'un Indiana Jones. Ce sont eux qui permettrent au personnage de passer de notre monde (plus ou moins) à l'univers mythologique.

Dans Kingdom of the Crystal Skull, la découverte de conquistadors momifiés dans un cimetière indien voudrait rivaliser avec ces moments de rêve éveillé, mais la scène se perd dans une lourde exposition dialoguée. De plus, le cimetière lui-même, déjà trop fantastique, trop isolé pour assurer son rôle de transition, n'a aucune
aucune charge poétique, aucune existence dramaturgique : Indy et Mutt y parviennent à la suite d'une autre longue exposition sans saveur, expédiée dans la cellule de l'asile où à été enfermé Oxley.



Le premier Indiana Jones racontait la quête d'une Arche d'Alliance perdue… à travers la reprise d'une histoire d'amour interrompue (celle de Marion et Indy). Le deuxième épisode était avant tout fondé sur la relation entre Indiana, Short Round et Willie, famille improbable et vraisemblablement temporaire… alors qu'Indy cherche à ramener des enfants à leur famille. Le troisième film abordait la relation entre Indy et son père à travers la quête du Graal, donc de l'immortalité, entreprise par un père et achevée par son fils (Indiana) – et sous-entendait que la véritable immortalité est acquise par le biais de la paternité.

Ici, la quête finale (l'Eldorado) est complètement indépendante des relations entre les personnages. Ni l'arrivée de Marion, ni la découverte de la paternité d'Indiana Jones ne font sens, probablement parce que les personnages prennent plus de temps de dialogue à essayer de comprendre l'intrigue qu'à explorer leur relation. Leurs rapports et leur état d'esprit n'évolue donc jamais autrement que par des sauts narratifs d'un état à l'autre (la colère de Marion disparaît d'un coup, sur une phrase mielleuse d'Indy… et toute tension disparaît entre eux à partir de ce moment).

La scène des sables mouvants est révélatrice : après de longues discussions dans la jungle avec les Russes pour savoir où il faut aller, les personnage s'échappent dans la forêt. Indy et Marion sont coincés dans des sables mouvants, Indy apprend que Mutt est son fils, Mutt apprend qu'Indy a peur des serpents, Mutt sauve Indy des sables mouvants, puis les personnage sont immédiatement recapturés par les Russes. Du point de vue de l'intrigue principale (la quête), il ne s'est rien passé. La révélation la plus importante du scénario est traitée comme une simple péripétie.

La relation entre Marion et Indiana est inconsistante parce qu'il n'y a aucun obstacle à leur faire surmonter, à part la mauvaise humeur de Marion. Dommage… surtout quand on compare avec le scénario nettement plus satisfaisant de Darabont où Marion était mariée avec un riche archéologue Hongrois au demeurant sympathique (filant ainsi la référence à Casablanca de Michael Curtiz déjà présente dans Raiders of the Lost Ark).



Mutt, Indiana et Marion auront chacun leur "moment de gloire" à l'écran (Mutt se bat contre Spalko à l'épée
, Indiana contre Dovenchko aux poings, et Marion fait passer la voiture amphibie sur un arbre pour rejoindre plus vite la rivière) mais aucune scène n'impliquera qu'ils aient à faire un véritable choix par rapport aux autres personnages. Jamais les relations entre protagonistes ne sont testées à travers l'action.

Lorsqu'Indiana nous apprend que "le trésor de l'Eldorado était la connaissance", nous ne le comprenons que comme un point final à la backstory, non comme une épiphanie par rapport à la révélation du lien filial entre Indiana et Mutt. Dramatiquement, rien ne permet de soutenir qu'il y a la moindre résonnance volontaire avec le trajet des personnages.

Dans les Aventuriers de l'Arche Perdue, Indiana Jones doit faire à deux reprises un choix entre Marion et l'Arche d'Alliance. Le premier, lorsqu'elle est prisonnière et qu'il décide de la laisser aux mains de son ennemi pour que celui-ci ne se doute pas de sa présence dans le camp. Le deuxième, lorsque pour récupérer Marion, il menace l'Arche d'Alliance elle-même avec un bazooka. Belloq ne se laisse pas démonter et met en demeure Indiana Jones d'accomplir son geste. Il sait qu'Indiana ne détruira pas l'Arche d'Alliance pour sauver Marion (même s'il se trompe sur les raisons qui animent Indiana)… Or, le choix d'Indy de mettre sa passion pour l'archéologie avant sa relation amoureuse avec Marion est précisément la raison pour laquelle l'histoire d'amour avec Marion fut interrompue en premier lieu.

Plus tard, lorsqu'Indy chuchote à Marion de fermer les yeux dans la dernière scène, nous comprenons que Belloq a fait erreur : ce qui a retenu l'archéologue de détruire l'Arche, ce n'est pas le désir de voir ce qu'il y a à l'intéreur, c'est inutilité d'un tel geste – puisque son bluff n'avait pas marché, détruire l'Arche ferait perdre les nazis mais ne pouvait pas sauver Marion.
Si le final de l'Arche Perdue semble fonc à première vue un deus ex machina (mais quel deus ex machina ! en a-t-on jamais vu de plus réussi ?), le dieu vengeur ne rétabli l'ordre qu'après qu'Indiana Jones ait fait le plus important choix du film : ce climax est bien la conséquence de ce choix, et le spectateur le ressent, même lorsque les héros sont impuissants face au couroux divin qui se déchaîne et écrase leurs ennemis à leur place.

Ce choix trouve une correspondance dans Temple of Doom, lorsque son adversaire utilise Willie et Short Round comme otages au moment où Indiana Jones menace de jeter les pierre dans l'eau. Cette fois, Indiana Jones trouve une troisième voie et décide mettre en danger immédiat sa "famille provisoire", pour libérer le monde d'un danger plus vaste. Ici, il est parfaitement agissant et c'est lui qui libérera le pouvoir des pierres pour tuer Mola Ram
.

Et
, dans La Dernière Croisade, plus convaincant peut-être que les deux autres du point de vue de la construction pure et de la métaphore, Indiana Jones n'acceptera de surmonter les épreuves qui mènent au Graal – qui jusque là n'était pas vraiment sa quête – que pour sauver la vie de son père.

Dans Kingdom of the Crystal Skull, le seul choix d'Indiana Jones est de ne pas monter sur le trône de l'alien de Cristal et de partir de la pièce quand les crânes sont rassemblés. Ce n'est pas une surprise d'ailleurs, dans la mesure où, à aucun moment, Indiana Jones n'a été présenté dans cet épisode comme l'archéologue obsessionnel du premier film. Il ressemble plus à un vieux baroudeur plein de sagesse, qui en a encore sous le pied. Les enjeux sont donc nuls, puisque le héros ne passe aucun test, et ne fait aucun choix déterminant. La version de Darabont évitait cet écueil : Indiana Jones s'y retrouvait, dans un parallèle audacieux avec les Aventuriers de l'Arche Perdue, en position de choisir entre Marion et la connaissance absolue… pour finalement choisir Marion, sans qu'il y ait cette fois la moindre ambiguité (Mutt n'existait pas dans cette version).



Le manque d'enjeux de Kingdom of the Crystal Skull explique entre autre pourquoi nombre de spectateurs n'ont jamais senti les personnages en péril. Les Russes apparaissent comme des ennemis plutôt débonnaires, et l'armée de fourmis elle-même ne pose aucun problème, vu que le crâne magique permet de les repousser. Il semble presque  que, p
aralysé par le mythe, David Koepp n'ait tout simplement pas osé mettre Indiana Jones en danger, ce qui est tout de même un paradoxe…

L'échec artistique du film est donc affaire de scénario, car un scénario est avant tout une affaire de construction, et qu'ici les fondations étaient mauvaises. David Koepp est-il le principal responsable ? C'est douteux. Le problème semble plus trouver sa cause dans la nécessité de satisfaire Harrison Ford, Spielberg (qui admet s'être désengagé du processus créatif en faveur de Lucas, pour que le film puisse se faire), mais surtout Lucas…

Le scénario de consensus choisi en fin de compte par Lucas enfile les ingrédients sans se préoccuper de savoir si la sauce a bien prise, si le sens de l'aventure est présent à chaque étape. C'était le succès des trois premiers Indiana Jones, et particulièrement du premier, que d'être parvenus à créer des situations aussi mémorables que désirables : un explorateur qui traverse un temple empli de piège en Amérique centrale, un héros faillible qui affronte sa peur la plus viscérale lorsqu'il plonge au milieu du puits empli de serpents, un cow-boy qui galope sur un cheval blanc à la suite d'une colonne de camions, un aventurier épuisé qui s'endort lorsqu'il trouve enfin le temps d'embrasser la femme qu'il aime. C'est ainsi que je préfère me souvenir d'Indiana Jones, non comme d'un ancien combattant sentencieux qui s'embourbe dans les sables mouvants d'une quête de l'El Dorado débarassée de toute nécessité.

Chacun des trois premiers Indiana Jones s'ouvre sur une montagne (en fondu avec celle du logo de la Paramount). Que cette montagne soit située dans une jungle mystérieuse, qu'elle soit sculptée en bas-relief sur un gong, ou qu'elle surgisse d'un désert, elle est déjà un appel à l'aventure.

Dans Indiana Jones and the Kingdom of the Crystal Skull, David Koepp a voulu jouer au malin, et la montagne se fond en une taupinière d'où sort un chien de prairie - c'est à dire un rongeur de la famille des marmottes.

On était prévenu : la montagne, cette fois, accouche d'une souris.

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Published by Struggling Writer - dans Cinéma
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commentaires

Niko 10/11/2008 04:49

Merci pour cette analyse, j'avoue comme tout le monde être sorti frustré d'un film avec un héros qui n'en est pas un, qui n'est plus celui qui fût un modèle pour moi dans ma jeunesse...A ce sujet, je vous conseille même si vous n'êtes pas spécialement fan, un des derniers épisodes de South Park. Il s'agit des réactions face à la sortie du nouveau film du légendaire Indiana Jones... pas mal du tout à mon gout mais j'attend vos réactions si le coeur vous en dit.

Struggling Writer 10/11/2008 19:34


Oui, j'ai effectivement entendu parler de l'épisode de South Park en question (j'aime beaucoup South Park, même si je regarde avec irrégularité), je le regarderai à l'occasion pour me faire une
opinion. Merci en tout cas pour ce commentaire.


Marie Eynard 29/10/2008 19:34

parfaitement d'accord avec cette analyse, je n'aurais pas mieux dit. Je me demandais justement en sortant du film ce qu'avait pu être le scénario de Darabont. Je me disais qu'il ne pouvait quand même pas être pire que celui-ci. Me voilà renseignée, je le lirai à l'occasion. Dieu sait que j'avais envie d'aimer ce film en allant le voir et que le plaisir de retrouver Indy m'a fait courir au cinéma mais en effet, quelle déception! Je ne comprends pas comment Spielberg a pu cautionner cette clique de cinq personnages (c'est trop) qui ne font que suivre pour la plupart et qui se trimballent avec des conflits et des intrigues extrêmement faibles entre eux(et Karen Allen qui joue comme un pied) contre une méchante qui n'est pas plus méchante que ça, le tout dans une histoire incompréhensible où on perd de vue ce qu'ils cherchent et pourquoi et de laquelle je me suis vite désinteressée faute d'enjeux intéressants et de retournements malins. Les rapports père fils sont incroyablement plus mal traités que dans le troisième opus. Les problématiques des personnages tournent à vide quand elles existent. Les personnages n'ont pas de spécificité qui serve dans leurs aventures. Je pense par exemple au fils qui est très fort en mécanique et qui emmène même sa moto en avion. Elle est oubliée aussitôt après et ses dons pour la mécanique ne servent à rien. L'imagerie elle-même est assez décevante. Je n'ai pas eu la sensation d'avoir comme dans les autres épisodes des découvertes sur des paysages ou des monuments fabuleux. Les lieux sont mal utilisés souvent et je dois dire que j'étais carrément embarrassée pour eux lors de certaines scènes ridicules comme tarzan parmi les singes. Bref, je ne comprends pas comment nos amis ont pu se fourvoyer à ce point en produisant quelque chose qui ressemble à ces sous Indiana Jones qui ont fleuri dans les années 80. Je trouve aussi que "temple of the doom", même si c'est celui des trois que j'aime le moins, est très au dessus de ça.

Struggling Writer 06/11/2008 17:27


Je suis parfaitement d'accord. Espérons que le cinquième épisode reviendra aux fondamentaux, où en tout cas effacera le goût un peu amer que laisse le quatrième.


Vincent 08/10/2008 19:14

Très bon article qui m'as moi même permis de mettre des mots sur le sentiment ressenti en sortie de cinéma.Je suis cependant assez tenté d'appliquer cette remarque scénaristique au second Indiana Jones, assez mauvais selon moi et qui, même si il est un modèle de mise en scène ( ou était ) pèche par un scénario ridicule une actrice principale dont le personnage est simplement risible en tout point qui se contente simplement de hurler " Indy save me ! ". De même pour le petit Gamin de Shangaï " Indy save me too !! ". On est bien loin de l'histoire que vit Indy avec Marion dans le premier ou de l'intensité dramatique qui existe entre lui et son père (  un des duos de personnages le plus emblématique pour moi ).On est encore bien loin de l'histoire amoureuse de Indy pour la Nazie.Puis dans le 2 exactement comme dans le 4 , le grand méchant n'as aucune consistance , un bête vaudou dans Temple of doom et une grande méchante dans Crystal Skull qui mal exploitée ne devient que l'ombre de ce qu'elle aurait pu/ du être ( ce qui me fait d'ailleurs penser à Darth Maul , le méchant le plus mal utilisé de l'histoire du cinéma. ).

Struggling Writer 14/10/2008 09:15


Zut, j'avais fait une longue réponse et je viens de m'apercevir qu'elle a été zappée. Je vais résumer mes idées :

Sur le fond, non, je ne suis pas d'accord. EN terme de scénario, Temple of Doom est largement supérieur à Kingdom of Cystal Skull. Short Round et Willie sont des personnages actifs et en dynamique
avec les autres. Loin de demander sans arrêt à Indy d'être sauvé, ils passent tous deux des épreuves (Willie doit affronter les insectes pour sauver Indy et Short Round, et Short Round sauve Indy à
deux reprises - lorsque le maharadja fait du vaudou avec la poupée Indy et lorsqu'Indy est transformé par le sang de Kali).

Indy doit choisir dans le film entre "Fortune et Gloire" et sauver les enfants. Willie et Short Round représentent ces deux aspects de sa personnalité. De plus le film est un hommage au cinéma de
l'époque dont Willie représente un archétype.  Personnellement, je trouve les scène de marivaudage entre Indy et Willie parmi les plus drôles de la série, et je préfère largement Willie à
l'archélogue allemande un peu fade du troisième.

Temple of Doom est le plus sombre de la trilogie et c'est le plus rythmée. Les  scènes d'action en sont pas seulement bien mises en scène, elles sont aussi evocatrices et s'enchainent avec
fluidité avec des résolutions inventives et satisfaisantes (ce qui n'est pas le cas de KoCS). Or, ces caractéristiques proviennent du scénario.

Molla Ram est peut-être bidimentionnel, mais il est néanmoins marquant. En tant qu'opposant à Indy, il joue parfaitement son rôle, en particulier dans la superbe scène finale (à mon sens la
meilleure de la trilogie) celle du pont suspendu… Indiana Jone doit y faire un choix authentique, qui serait impossible si Willie et Short Round n'étaient pas présents…


Okami 06/10/2008 21:57

Merci pour cette analyse impécable répondant au doute qui a dû étreindre beaucoup de spectateurs en fin de séance : "Film sympa. C'est marrant dans mon souvenir Indiana Jones, ça déchirait plus que ça."