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Articles Par Mois

7 octobre 2008 2 07 /10 /octobre /2008 06:44


Si l'on m'avait parlé d'un projet écrit par Danny Strong (le petit brun qui jouait Jonathan dans Buffy) et réalisé par Jay Roach (réalisateur d'Austin Powers et de Mon Beau-Père et Moi), il est peu problable que j'aurais imaginé que le résultat serait Recount,
un drama politique dans la lignée d'Alan J. Pakula ou de Sydney Lumet, avec une distribution prestigieuse : John Hurt, Laura Dern, Denis Leary (Rescue Me) mais surtout, tout deux grandioses, Kevin Spacey et Tom Wilkinson (Shakespeare In Love, Batman Begins…)

Danny Strong semble avoir porté à bout de bras ce projet, qui entame sa reconversion réussie en scénariste. P
roduit par HBO et couronné d'un Emmy, Recount parle de façon intelligente et éclairée d'un évènement connu de presque tous les spectateurs : l'élection de Bush en 2000 et la bataille juridique autour du recompte des voix en Floride. Bien que le film se place du point de vue démocrate, il ne diabolise pas les Républicains, et se veut avant tout un point de vue non partisan sur le processus électoral. En réalité, la force du téléfilm tient au fait qu'il n'a jamais besoin d'appuyer son propos (on regrettera juste le montage parallèle de la stratégie de Baker et de celle de Warren Christopher, qui semble artificielle en comparaison du reste).

Recount se tient loin à l'écart des théories conspirationnistes, tout en dénonçant avec intelligence les collusions d'intérêt, les manipulations juridiques et électorales qui aboutirent à ignorer (au sens profond du terme, puisque nous ne saurons jamais avec certitude qui aurait dû être élu) la décision populaire en Floride. Loin d'en conclure que "chaque vote compte" comme l'entament en chœur les médias américains à chaque élections depuis 2000, Danny Strong démontre au contraire à quel point le vote populaire est perçu par une partie de l'establishment politique (particulièrement à droite) comme une concession un peu embarassante. La réalité politique est que le vote populaire n'est qu'un mode de décision parmi d'autre, et que si la triche électorale pure est simple est devenue rare aux USA, c'est au profit de procédés antidémocratiques bien plus subtils.

Il y a trente ans, Recount serait sorti au cinéma. Aujourd'hui, il semble qu'il faille la télévision pour produire une réflexion politique aussi aigue, mais après tout, peut importe l'étiquette :
il mérite de plein droit d'être vu comme un film de la trempe des Hommes du Président. À travers cette chronique fictionalisée mais informée d'un évènement complexe et choquant qui fut sans doute éclipsé autant que par le 11 septembre, Recount rappelle que le droit de vote n'est pas suffisant pour garantir la démocratie. Et que, même lorsqu'on se targue d'avoir le meilleur système du monde, le pouvoir reste entre les mains d'une classe dirigeante qui s'est octroyé la légitimité juridique de décider des règles du jeu électoral, et veut conserver le dernier mot sur des décisions que seul le peuple devrait avoir le droit de prendre.

En France, nous en avons eu la démonstration évidente après le don au TCE, avec le refus de passer par le référendum (pourtant souhaité par 71% des Français) pour ratifier le similaire Traité de Lisbonne... Il est cependant peu probable qu'un film aussi intelligent que Recount soit jamais produit
sur le sujet par TF1 ou même Canal+.

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Published by Struggling Writer - dans Cinéma
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