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Articles Par Mois

8 octobre 2008 3 08 /10 /octobre /2008 11:00
La nouvelle série d'Alan Ball risque fort de dérouter les amateurs de Six Feet Under, du moins ceux qui l'ont aimé pour de mauvaises raisons (seul un malentendu a pu faire croire à la critique que la très sensuelle Six Feet Under, qui doit autant au soap opera qu'à Bergman, était une série uniquement pour eux, c'est à dire les intellos – ou proclamés tels – soit disant seuls capable d'apprécier son "drame existentiel"), et pourtant, elle est bien dans sa droite lignée thématique : la mort, la famille, l'acception de soi-même, l'empathie.

Dès les premiers épisodes True Blood, produite elle aussi par HBO, nous démontre si besoin était qu'Alan Ball est un vrai conteur qui ne méprise ni le genre, ni les archétypes traditionels (lesquels sont aussi difficiles à manier que des personnages complexes et originaux).

A l'évidence, les spectateurs de la respectable Six Feet Under fronceront le nez en se demandant comment un homme aussi respectable qu'Alan Ball peut s'intéresser à des "péquenauds" (si si je vous jure, le terme a été employé, le mépris social de certains critiques français s'exprime parfois de façon aussi visible), à cette série de genre qui met les coudes sur la table, ne craint ni le romantisme, ni le bon vieux suspense.

Le prémisse, inspiré d'une série de romans populaires écrits par Charlaine Harris, est remarquable d'élégance et de simplicité. Les vampires ont toujours existé, mais ils ont décidé de se révéler au reste du monde après qu'un laboratoire japonais ait trouver moyen de produire du sang synthétique. Les voilà "out of the coffin" et apparemment en phase de former un lobby puissant auquel s'opposent les chrétiens fondamentalistes. La métaphore pourrait être simpliste et s'arrêter à une simple correspondance Vampires/Marginaux (particulièrement les homosexuels si on songe au slogan entraperçu durant le générique "Gods Hates Fangs"), mais Alan Ball est plus malin que cela.

En effet, les vampires ne sont pas pour autant une gentille minorité cherchant à s'intégrer à la société, injustement rejetés par les méchants préjugés humains (la série se passe en Louisiane, dans le Sud profond). Ils restent des prédateurs, et l'on comprendra vite qu'ils ne sont pas tous fréquentables, et qu'au fond, il y a de bonnes raisons de s'en méfier.

Si des humains chassent les vampires pour s'emparer de leur sang, il apparaît rapidement que les chances ne sont pas en leur faveur. L'héroïne, Sookie, n'est pas vampire elle-même mais elle a la particularité de pouvoir lire les pensées. De ces éléments, on peut déduire que le fantastique ne se limitera pas à la présence des vampires et l'on sent rapidement qu'Alan Ball a parfaitement compris l'importance de la mise en place d'une mythologie dans une série de ce genre.

True Blood évite donc le piège de la fable (où, comme le dit Tolkien, les correspondances métaphoriques sont pauvres) et  explore les possibilités narrative d'une Amérique fantastique moderne, comme pouvait le faire Buffy ou comme le fait Supernatural. Mais, là où Buffy se situait dans la ville imaginaire de Sunnydale (qui aurait pu se situer n'importe où en Amérique) et où Supernatural sillonne l'Amérique profonde et prolétaire, True Blood est fermement ancrée en Louisiane, ce qui fournit une atmosphère propice au fantastique, tout en donnant à la série un arrière plan social et des personnages hauts en couleur. De ce point de vue, True Blood est bien dans la continuité de Six Feet Under qui était fermement ancrée à Los Angeles et possédait les saveurs et les contradictions de la Californie urbaine.

Mais le vrai plaisir de True Blood, c'est de se plonger dans un conte, de se laisser aller à une histoire bien menée, qui assume son statut de fiction populaire sans se résumer à des formules. Vous l'aurez compris, en ce qui me concerne, la vision des premiers épisodes de True Blood a largement dépassé les attentes que je pouvais en avoir.

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Published by Struggling Writer - dans Séries Télé
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commentaires

Marie Eynard 29/10/2008 19:00

Je me suis procuré les trois premiers épisodes de "True Blood", alléchée par ton article et déjà fan de "Six feet under". En effet, j'ai beaucoup aimé aussi. Dès le début, Alan Ball plante une vraie mythologie, un monde où les vampires et les humains sont attirés et repoussés les uns par les autres pour des raisons variées. Je trouve très intéressante cette idée que le sang des humains fait vivre les vampires mais que le sang des vampires est une drogue à effets vitalisants pour les humains. Ca équilibre les forces, crée une vraie tension, un rapport pervers entre les deux races. Il y a aussi ce thème étrangement répété sous diverses formes dans le récit concernant l'esclavage. La louisiane est lieu de prédilection de l'esclavage et Tara (nommée d'après une plantation) porte en elle la révolte noire tandis que le héros vampire a vécu avant la guerre de Secession et a possédé des esclaves mais vit aujourd'hui comme un paria qui subit une dségrégation raciste. Tous les personnages sont esclaves de quelque chose et la dépendance est au coeur des relations. Toutes les relations amoureuses ont quelque chose d'impossible ce qui crée une véritable tension émotionnelle palpable dans toutes les scènes. Il y a aussi cette idée que les dons sont toujours aussi des malédictions dont tentent de s'extraire les personnages principaux. Sookie a un don de télépathie qui empoisonne toutes ses relations, son frère est un amant convoité mais est incapable d'une relation amoureuse, le vampire a des pouvoirs et l'immortalité mais lutte pour sauvegarder ce qu'il lui reste d'humanité. Ces dualités complexes apportent une chaire particulièrement riche au récit. De plus, j'aime beaucoup la manière dont est plantée cette ville du sud prolétaire où Alan Ball parvient à nous faire sentir la familiarité. Tout le monde se connaît, tout le monde est au courant de tout ce qui s'y passe, en particulier dans ce centre névralgique qu'ets le bar où travaille Sookie, et pourtant la nuit, une autre face de la ville apparaît, une face où il peut se passer des choses terribles. Encore une fois Alan Ball nous fait nous interroger sur notre rapport à la mort, à la dépendance, au désir, au regard des autres et c'est un vrai plaisir en perspective que de suivre cette série.

marie 14/10/2008 09:36

c'est un vaste sujet de discussion qui me passionne d'ailleurs... faudrait que je fasse un petit topo sur Pascal (désolée pour le e)... il y a bien d'autres philosophies, spiritualités qui ne vont pas du tout dans le sens de Descartes... peut-être tu as lu mon article sur le déterminisme biologique sur mon blog... ou faut lire spinoza... je crois que je suis tout à fait d'accord avec toi. Même si je ne sais pas trop quels mots employer... inconscient n'est pas vraiment le bon mot, en tout cas comme tu dis "pas au sens de freud"... je dis souvent concernant la fiction : "ça se passe ailleurs" y'a un truc qui fonctionne ailleurs... qui fait que ça le fait ! Il y a par exemple une captation du désir dans le woody allen qui dépasse la narration elle-même... le désir est là... il m'emplit, il passe du film à moi... ça parle d'un truc qu'on ne peut pas expliquer rationnellement, qu'on ne peut pas vraiment narrer alors comment on fait ? beau challenge...

Struggling Writer 15/10/2008 13:37


Oui, comme je dis souvent, l'enjeu de la narration se trouve au-delà des mots. Il n'est peut-être pas nécessaire de toujours mettre des mots sur la façon dont une narration nous touche. Il est
probablement plus important - en tout cas dans une perspective artistique – de comprendre comment un auteur a créé les conditions pour faire naître l'émotion que de l'émotion elle-même.


marie 13/10/2008 21:48

Ce que tu dis sur les intellos me fait penser à Pascale (Blaise) et sa critique des demi-habiles qui parce qu'ils passaient par la raison... Descartes arrivait- se croyaient supérieurs au peuple... mais pascal se situait bien différemment : pas dupe sur le piège du rationalisme et du mépris du peuple... faudrait que je développe mais mon travail récent sur Pascal m'a vraiment éclairée sur... la raison, Descartes et ce mépris des lecteurs de Télérama qui méprisent la télévision pour ne jamais élaborer, ne jamais être eux-mêmes... etc. 

Struggling Writer 14/10/2008 09:26


Très intéressant… Je ne sais pas ce qu'en dit Pascal, que je connais assez mal en fait, mais ça rejoint ce que je pense. La narration est méprisée parce qu'elle appartient à un domaine proche de la
musique (c'est à dire un domaine d'harmonie et de mélodie) mais qu'elle utilise des mots. Si la musique est un lien direct avec nos émotions, la narration tisse sans arrêt des liens de l'émotion
vers la pensée et de la pensée vers l'émotion.

Descartes a supposé que la conscience (c'est à dire la capacité de penser avec des mots) était la forme suprême, voire exclusive de l'être. Freud l'a en grande partie suivie en supposant que
l'inconscient n'était que pulsions réprimées.  La vérité est qu'il existe une intelligence inconsciente qui est sollicitée en permanence par la fiction. Cependant accepter de se mettre à
l'écoute de cette intelligence demande de mettre un temps de côté la raison pure. C'est en tout cas nécessaire à la fiction et c'est pourquoi elle est difficilement réductible à l'analyse et aux
systèmes.


rimesoudeprime 10/10/2008 02:45

si tu aimes les poémes,fais passer l'adresse de mon blog.merci d'avance.