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Articles Par Mois

20 octobre 2008 1 20 /10 /octobre /2008 11:00
La série The Office de Ricky Gervais et Stephen Merchant allie la simplicité du concept (faire une satire de la vie ne entreprise) à une complexité thématique et une perfection d'exécution qui en font une des plus grandes œuvres de la télévision récente. Pas moins de cinq adaptations ont été faites dans différents pays (USA, Allemagne, Quebec, Chili et France), ce qui n'a rien d'étonnant, considérant le fait que l'aliénation décrite par la série est à peu près universelle.

La réussite artistique de The Office tient beaucoup néanmoins à son contexte particulier, c'est à dire l'Angleterre… Le personnage de David Brent (le patron joué par Ricky Gervais), d'une vérité troublante même dans ses excès, semble incarner les contradictions de l'Angleterre blairiste à la perfection : laxiste avec des soudaines pulsions d'autoritarisme, incapable de prendre une décision impopulaire mais profondément égoïste, obsédé par la façon dont il est perçu et en contradiction permanente avec son discours. Brent n'est pas populiste parce qu'il veut le pouvoir : il tente d'utiliser son pouvoir pour être populaire (ce qui semble une cause perdue). Incapale de jouer son rôle de chef, il voudrait être quelqu'un d'autre : une rock-star, un comédien, mais n'en a ni le talent, ni le courage. Surtout David Brent est une incarnation de la conscience de classe si importante en Angleterre : il veut paraître plus cultivé et plus raffiné qu'il ne l'est mais ne parvient jamais à se débarrasser de ses réflexes d'origine prolétaire.

L'interprétation de Ricky Gervais de ce personnage médiocre, pathétique et névrosé, est naturaliste au point de rendre la vision de The Office devient souvent inconfortable. Sous l'humour perce une angoisse existentielle. Heureusement, le spectateur a pour relais identificateur le personnage de Tim, instruit, intelligent mais piégé dans la vie morne de l'entreprise. Sa relation complice avec la réceptionniste Dawn, son sens de la dérision, apporte à la série le bol d'air dont elle à besoin… Cependant, c'est un air raréfié qui n'offre qu'un soulagement partiel, cette complicité étant principalement basée sur une même détestation de leur travail. I
l devient vite évident que Tim ressent un peu plus qu'une complicité envers Dawn, mais celle-ci est fiancée (à un macho qui ne la mérite pas qui plus est). La romance contrariée entre Tim et Dawn est cependant aussi ambigue que possible, et, loin d'apporter un soulagement est souvent une cause d'embarras et d'inconfort, comme si tout sentiment humain dans le cadre de l'entreprise ne pouvait qu'être entravé et dissimulé…

L'humour de Tim (qui s'exerce principalement contre son collègue, le psycho-rigide Gareth) a lui-même quelque chose de désespéré, de délibérement puéril, qui semble plus une fuite de la réalité, une façon de conserver un peu de joie dans le désert existentiel que représente la vie en entreprise, qu'à une action subversive. Les plaisanteries de Tim n'offrent pas de satisfaction, principalement parce que les réactions de Gareth sont rarement comiques en elles-mêmes.

Un élément particuilèrement intéressant de la série est le fait qu'elle est filmée comme un documentaire, donnant l'impression d'être semi improvisée (même si elle est en réalité écrite au cordeau). Ce choix lui donne une pertinence étonnante, à notre époque de reality shows : David Brent (particulièrement dans l'épisode final situé deux ans après la saison 2) est clairement du même moule (le look en moins) que les vedettes éphémères de la télévision contemporaines, qui ne cherchent la célébrité que pour satisfaire leur ego, acceptant ainsi d'être manipulés par le medium, tout en le dénigrant quand il n'en retirent pas ce qu'ils espéraient. C'est peut-être là d'ailleurs ce qui finit par sauver David Brent : il n'est jamais que le produit d'un système. Sa personnalité embarrassante met en valeur les injustices et les contradictions de ce système, mais il n'est, au fond, qu'un pauvre type qui souffre de solitude.

Le sujet de The Office c'est la façon dont nous menons notre vie sans nous en apercevoir : le bureau, n'est pas un lieu de travail, c'est aussi un lieu de vie, c'est à dire un lieu où se font les choix qui nous définissent. Pourtant chaque personnage de la série aimerait être autre que ce qu'il est vraiment : David Brent voudrait être un amuseur, Gareth voudrait être un guerrier des temps modernes, et l'un comme l'autre ne cessent de le clamer, se persuadant eux-mêmes qu'ils sont ce qu'ils voudraient être… Contrairement à eux, Dawn voudrait être illustratrice - et peut-être en a-t-elle les capacités – mais elle le cache. Quant à Tim voudrait être… en fait il ne le sait pas (en tout cas dans la première saison), mais n'importe quoi d'autre qu'un employé de bureau. Il est le personnage qui aura le trajet le plus important de la série, le seul peut-être a acquérir la capacité d'être honnête avec lui-même et ses propres aspirations.

Pourtant, The Office est très drôle. Mais parce que la série ne semble jamais chercher le gag, parce qu'elle laisse le spectateur libre de considérer chaque personnage avec sympathie ou non, elle délivre une fiction bien plus satisfaisante que nombre de sit-com. L'humour anglais a encore de beaux jours devant lui…

Même si vous avez vu (et peut-être admiré) The Office version américaine ou même Le Bureau, diffusé sur Canal+ (deux séries sur lequelles je reviendrais les prochains jours), je ne saurais trop recommander la vision de la série originale de The Office qui n'a pas fini d'inspirer les scénaristes de par le monde, qu'ils travaillent ou non sur ses déclinaisons locales.

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Published by Struggling Writer - dans Séries Télé
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