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Articles Par Mois

21 octobre 2008 2 21 /10 /octobre /2008 11:00
Le succès de la série anglaise The Office n'a pas tardé à capter l'attention des networks américain, qui ont confié à Greg Daniels (auteur de King of The Hill) la direction du projet. Si le tout premier épisode de The Office U.S. est un remake fidèle (et peu convaincant) du pilote de l'original, la version américaine n'a pas tardé à trouver ses propres marques, offrant une perspective à la fois originale et approfondie des thèmes de la série.

La série américaine, loin d'être une version édulcorée, se montre aussi décapante et inconfortable que l'originale, d'autant qu'elle montre le meilleur de ce que l'écriture américaine est capable de proposer. Ricky Gervais ne s'y est pas trompé et a rendu hommage à la version américaine en écrivant pour celle-ci un épisode original au cours de la troisième saison.

The Office U.S. touche juste parce que la série ne s'est pas contenter d'importer un concept. Les scénaristes ont réfléchi à la meilleur façon d'adapter l'esprit de la série aux aliénations américaines (le politiquement correct, l'obsession de la performance, la religion, la drogue, le health care défaillant) tout en ne décalquant pas ses particularités anglaises (la conscience de classe, le silence de soumission…). Au final, le ton de The Office US est moins désespéré que l'original, principalement parce que l'interprétation de Steve Carell et la caractérisation de son personnage est moins satirique, plus chaleureuse que celle de Ricky Gervais. Michael Scott est parfois pathétique, et médiocre, mais il n'est pas, contrairement à David Brent, quasi dénué de qualités humaines : c'est un excellent vendeur qui est arrivé à un poste de direction par voie hiérarchique et reste bloqué à un poste pour lequel il n'est pas qualifié parce qu'il serait impensable de le rétrograder. C'est un grand sensible dont le désir forcené de se faire des amis et d'être aimé est la principale cause des moments de gêne qu'il provoque. Michael Scott, malgré toutes ses gaffes et son incompétence, a un désir sincère de bien faire. Il peut ainsi continuer de jouer un rôle de révélateur qui permet à la série de ne pas s'épuiser au bout de deux saisons et de ne jamais devenir insupportable, là où Ricky Gervais a dû faire le choix de stopper sa série pour éviter de tomber dans le sordide.

Le personnage de Jim (qui est l'équivalent de Tim dans la version anglaise) est lui aussi moins dépressif et fait preuve d'une décontraction qui apporte à la série un contraste subtilement dosé. Il semble moins écrasé par le système, plus proactif, ce qui, loin d'édulcorer la série, la rend au contraire plus complexe. Ses regards à la caméra, moins désespérés que ceux de Tim, invitent à une complicité qui autorise le rire, y compris dans les pires moments d'inconfort. Surtout, sa romance avec la réceptionniste (qui ici s'appelle Pam) bénéficie d'un traitement plus approfondi, qui la rend à la fois plus vivante (Dawn était assez peu développée dans la version brittanique, alors que Pam, avec ses manières de fille sage, est un personnage à part entière de la série) et moins étouffante. Quant aux plaisanteries de Jim envers Dwight (qui remplace Gareth), elles paraissent à la fois plus imaginatives et moins puériles que celles de Tim envers Gareth. Le personnage de Dwight est d'ailleurs peut-être avec Pam l'amélioration la plus notable de la version américaine – il représente ici la version pennsylvannienne du redneck et offre un aperçu des obsessions sécuritaires et de l'ignorance sans complexe de l'Amérique profonde.

La grande qualité de la série américaine est d'avoir développé les personnages secondaires, les caractérisant avec beaucoup de soin : qu'il s'agisse de Kelly, la midinette du service, de Creed, le vieux hippie, d'Angela, la comptable fondamentaliste, ou de Ryan, le jeune stagiaire aux dents longues, chaque personnage bénéficie d'un traitement qui permet de faire vivre le décors et de le rendre petit à petit aussi familier qu'un authentique lieu de travail. Le succès et la durée de The Office US (quatre saisons diffusée plus une cinquième en cours) contredit l'une des idées reçues les plus ancrées en France selon laquelle les gens ne veulent regarder la télévision que pour se changer les idées. Ce qu'ils font en regardant The Office, c'est pourtant examiner leur réalité quotidienne, juste assez transposée pour leur offrir une demi-heure d'intelligence et de subversion par semaine.

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Published by Struggling Writer - dans Séries Télé
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commentaires

salabreuil 22/10/2008 16:08

Excellente analyse ! La dernière phrase mériterait d'être méditée par tous les producteurs et autres directeurs fiction des chaines de télé françaises...