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Articles Par Mois

11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 08:25

Le dernier post de ce blog semble avoir eu quelques échos pour pas mal de scénaristes. Nous sommes beaucoup à nous indigner du système des concours. Mais comme rien n'est unanime, il y a toujours des gens (professionels ou pas) qui ne comprennent pas ce qui nous pose problème (ou alors ils font semblant).


On entend plusieurs arguments qui reviennent. Les trois plus fréquents (et, à la réflexion, les seuls) sont les suivants :


  • C'est normal de prendre des risques, vous êtes des artistes. Vous ne voudriez tout de même pas devenir des fonctionnaires.
     
  • C'est quoi le problème ? C'est comme un appel d'offre pour la publicité ou les architectes (argument que nous avait sorti aussi une productrice, ici).
     
  • S'il y a des scénaristes pour le faire, c'est que ça doit avoir ses avantages.

 

Je vais tenter de répondre à chacun de ces arguments.

 

  • Oui c'est normal de prendre des risques quand on est artiste, et ne vous y trompez pas : quand on fait ce métier, on ne demande pas à être rémunéré à chaque fois qu'on a eu idée et qu'on rédige quelque chose… sauf si c'est à la demande de quelqu'un d'autre. Ça semble tomber sous le sens mais quand on travaille pour une commande, on estime évident d'être payé. Un peu comme un plombier. Quand il répare une fuite chez lui, il ne demande pas d'argent en retour, mais si c'est vous qui le faites venir, ce malotru s'attend à être rémunéré au lieu de travailler pour l'amour de l'art.

    Quand on participe à un concours de scénario, par principe, on peut être beaucoup à plancher sur le même sujet, mais un seul sera choisi (de façon opaque donc autant dire, tiré au sort). Si 100 scénaristes travaillent chacun de leur côté, alors on a une chance sur 100 d'être rémunéré pour un travail de commande. C'est peu. Imaginez que ça fonctionne comme ça dans votre métier et vous comprendrez que ce n'est pas tenable. Ecrire un scénario, ou une bible de série en spec (c'est à dire de son côté, en espérant le vendre un jour), c'est un risque calculé. Le travail pourra être présenté dans plusieurs boites de production et, même s'il n'est pas vendu, il peut attirer l'œil de quelqu'un pour être engagé sur un autre projet. Alors qu'un concours avec thème imposé n'est généralement pas recyclable en dehors de celui qui le demande (il n'y a pas forcément beaucoup de place pour quinze web-séries comiques ayant pour thème l'uchronie).

    Donc prendre des risques c'est pas le problème… Dire au scénariste – qui n'a déjà pas de statut réel, pas vraiment de fiche de paye et aucune sécurité d'emploi– qu'il devrait accepter de prendre encore plus de risque pour gagner sa vie en faisant des concours, ce serait un peu comme de dire à un cascadeur qu'il est un peu geignard s'il refuse de se verser un bidon d'essence directement dans les cheveux pour faire la torche humaine…

    Et puis de toutes façon, être fonctionnaire, c'est pas honteux. C'est juste que c'est pas adapté à notre métier.
     
  • Dans le cas d'un appel d'offre, les architectes ou les publicitaires travaillent la plupart du temps au sein d'un cabinet ou d'une agence qui les rémunère pour leur temps passé même si le travail n'est pas retenu. Et sinon, au moins pour les architectes, ceux qui sont refusés lors d'un appel d'offre sont indemnisés. Surtout, les concours pour un appel d'offre se font sous l'égide d'un jury et des critères précis encadrés par la loi (Code des Marchés Publics), avec une obligation de transparence, ce qui n'est absolument pas le cas ici. Les critères de décisions ainsi que le processus est tout à fait opaque et n'est soumis à aucun règlement.
     
  • Les scénaristes qui participent à ces concours peuvent avoir beaucoup de motivations : ils sont débutants, ils sont désespérés, ils sont compétitifs, peu importe. Le problème n'est pas là. Le problème, c'est que ceux qui y participent sont soit naïfs (et il ne le resteront pas longtemps quand ils comprendront qu'on les a fait travailler pour rien) soit prêts à tout (et ça devrait faire réfléchir le commanditaire). Parce que quand on est prêt à tout, on ne se sent pas forcément obligé de suivre les règles. Et le scénario que vous avez choisi pourrait fort bien être un plagiat éhonté qui vous vaudra un joli procès. Après, vous faites comme vous voulez…

 

Cela étant dit, le mot est passé sur facebook et ailleurs, ou une collègue a émis l'idée de leur envoyer des projets bidons pour pourrir leur concours. Je leur ai envoyé le rapport Chevalier (que vous pouvez télécharger ici) en pdf, avec un pitch qui devrait leur plaire : celui d'une uchronie où la télé française paye les scénaristes correctement, même pour le contenu web…

Et ils ont fini par me répondre.


Bonjour,

Nous avons reçu votre mail concernant l’appel à projets « Uchronie ».

Nous n’avons jamais eu l’intention d’utiliser gratuitement vos talents, bien au contraire nous sommes très respectueux des auteurs.

Pour cet appel à projets, comme pour le précédent, nous étudierons toutes les propositions, qu’elles tiennent sur deux feuillets ou qu’elles soient présentées sous forme de dossiers plus complets, comme ceux que nous avons l’habitude de recevoir.

Sachez aussi que les projets retenus feront l’objet d’une convention de développement aux nouvelles écritures.

Bien à vous

Catherine Mügler

Coordination des projets

Direction des Nouvelles Ecritures et du Transmédia France Télévisions

 

Sympa, non ?

 

Je ne comprends pas bien, Catherine (je me permets de vous appeler par votre prénom), vous étudierez toutes les propositions, mais il faut a minima faire la Bible, l'arche d'une première saison et quelques épisodes dialogués ?

 

Sauf que les termes du concours ont à présent été changés (et le mail au dessus vise à nous faire croire que nous avons rêvé. Dommage pour vous, rien n'est vraiment effacé sur internet…).

 

A présent, l'appel à projet est beaucoup plus laconique…

 

Ceci :

 

"Les dossiers, comprenant à minima le concept, la bible des personnages, l’arche d’une première saison et quelques épisodes dialogués, doivent être adressés via le formulaire ci-dessous."

 

a été remplacé par :

 

Les dossiers doivent être adressés via le formulaire ci-dessous.

 

Bel effort, chère Catherine, ça veut dire que vous avez senti qu'il y avait un petit problème, mais sur le fond ça ne change rien. Au minimum, cela démontre juste qu'on est dans l'arbitraire le plus total et que ce fameux concours n'a aucun règlement, aucun cadre, sinon le bon plaisir du roi… enfin de France télévision. Pas très rassurant, pour entamer une collaboration.

 

Et ça signifie donc :

 

  1. Que vous ne respectez pas les auteurs puisque vous refusez de faire l'effort de chercher de nouveaux talents selon une procédure qui vous permettrait de ne pas exploiter tous ceux qui vous répondront mais que vous n'engagerez pas. (Il y a quand même moyen de trouver des talents comiques nouveau sur le web, c'est pas ce qui manque…)
  2. Que vous ne respectez pas assez votre propre web-série pour lui donner les meilleures chances d'être excellentes, et donc de commencer son développement sur une base saine en travaillant avec un auteur que vous avez choisi parce que vous connaissez et aimez son travail particulier et non parce qu'il a montré qu'il était prêt à faire n'importe quoi pour y arriver, ce qui permettrait d'amorcer ainsi le développement de la série selon un processus d'échange vertueux, créatif et ouvert qui permettra à votre série d'être unique et merveilleuse.

Mais en même temps, ce n'est peut-être pas votre but…

 

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Published by Struggling Writer - dans Fictions en général
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