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Articles Par Mois

5 août 2011 5 05 /08 /août /2011 00:53

Ce n'est pas nouveau. Chaque fois ou presque qu'un individu isolé se rend coupable un acte violent et incompréhensible, on blâme l'imaginaire. Il y a presque 20 ans, lors de l'affaire des profanations de Carpentras (où le Jeu de Rôle avait été accusé, entre autre par un journaliste du Monde, d'être en partie responsable - sur la foi de rumeurs infondées), j'avais écrit un article sur le sujet pour dénoncer le climat ambiant. Des conventions de Jeu de Rôle avaient été annulées (pas sous ce prétexte direct, mais des subventions avaient été retirées sans prévenir), et des braves gens avaient manifestés lors d'un tournoi et avaient traités les rôlistes qui s'y rendaient d'"assassins" (pas à cause de Carpentras, j'imagine, mais à cause d'émissions sensationalistes qui avaient servi de marchepied pour un psychiatre à l'honnêteté intellectuelle douteuse, le docteur Abgrall, qui courait les plateaux en tentant à bon compte de se faire de la pub et une réputation d'expert et prétendait que le JdR était la cause de nombreux suicides adolescents - c'était évidemment faux).

Dans cet article, j'avais relaté entre autre l'aventure des sinistres frères Muchenbeld qui prétendaient avoir été influencé par leur jeu de rôle favori lorsqu'ils avaient violés et assassinés leur cousine. De quoi alimenter la polémique, me direz vous. Sauf que l'affaire Muchenbeld s'est déroulé en 1886 et que le jeu de rôle en question (qu'ils n'appelaient pas ainsi) était dérivé de la lecture du Dernier des Mohicans. Le journaliste de l'Univers Illustré de l'époque, moins bête que certains de ses successeurs, précisait cependant que la lecture des romans en général et de Fenimore Cooper en particulier pouvait être recommandé aux adolescents (y compris aux jeunes filles, précisait-il tout de même – que voulez-vous il était de son temps).

Au passage, l'article fut refusé par Libération et finit par être publié dans Apsara, un fanzine de Jeu de Rôle. J'était réticent au début, parce que je ne voyait pas l'intérêt de ne convaincre que les convaincus, mais je finis par accepter en m'apercevant que les rôlistes eux-mêmes n'étaient pas tous persuadés de leur propre innocence (c'est dire la confusion qui régnait à l'époque).

Plus tard, à l'époque où j'écrivais sur les séries télés, j'ai lu le rapport Kriegel sur la télévision qui, malgré la réputation de son auteur, manquait quelque peu de rigueur en citant sans précaution une quantité astronomique d'études au protocole assez douteux, à charge contre la violence dans la fiction, (il y en avait à décharge, mais très peu en comparaison). C'est d'ailleurs pourquoi un article récent comme celui de l'Express fait plaisir à lire et remet les pendules à l'heure sur ce point.

Si vous voulez mon avis, (d'ailleurs même si vous n'en voulez pas – c'est mon blog, donc je le donne quand même) le fait que les jeux vidéos, les jeux de rôles, le Heavy Métal ou les films soient régulièrement blâmés dans la hâte, avant qu'on s'aperçoive qu'ils n'avaient rien à voir (Columbine, Carpentras, chaque fait divers impliquant une violence d'adolescents, et évidemment l'attentat perpétré par Anders Behring Breivik en Norvège) pourrait bien avoir ses racines dans une peur obscurantiste et platonicienne de l'imaginaire. Dis comme ça, ça fait un peu péremptoire, j'avoue. Je vais essayer d'étayer…

Obscurantiste, parce que les Eglises monothéistes ont toujours vu d'un mauvais œil la représentation, et surtout la fiction. La raison semble évidente : si des "amuseurs" peuvent produire une fiction crédible, capable d'absorber les foules et de les transporter, est-ce que cela ne risque pas de faire naître chez les fidèles le soupçon que les livres sacrés ne sont eux-même que des fictions ? Ou pire encore, est-ce que lesdits récits sacrés ne pâliront pas en comparaison de la fiction, avec leur "deus ex machina" qui résout trop souvent l'intrigue par un miracle au lieu de laisser les protagonistes triompher à l'aide de leurs seules ressources intérieures ?

Platonicienne, parce que Platon estimait qu'il fallait proscrire de la cité idéale tout ce qui n'était pas le vrai et que les poètes devaient donc en être chassé. Nous pouvons tous être soulagé de savoir que le grand Platon, comme chacun de nous, a parfois dit des idioties. Tout de même, le fait qu'il ne voie dans la fiction de son temps qu'une imitation dégradée et mensongère du réel nous en dit plus sur ses limites propres que sur celles de la fiction.

Ce dernier siècle, l'imaginaire dans notre pays a souvent été pris en étau entre ces deux traditions. Il faut dire que Platon a conservé un certain crédit chez les intellectuels de gauche (on retrouve la trace des théories Platoniciennes sur le réel et l'imitation chez Barthes, Debord, ou même Sartre, et sans aller dans ces hautes sphères intellectuelles, les idéologues de tous poils se sont toujours senti plus proche du monde des idées que des Terres du Milieu), alors que l'obscurantisme religieux a imprimé sa marque chez une bonne partie des conservateurs. Attention, je ne dis pas pour autant que l'imaginaire est centriste (ou d'une quelconque obédience politique d'ailleurs)… Je dis juste que le combat contre l'imaginaire fut en grande partie lié aux querelles politiques du XXe siècle et que la polarisation idéologique n'est pas le meilleur moyen pour profiter de la fiction. Il ne restait donc entre ses deux attitudes (qui parfois même se mélangent) qu'un mince filet de voix qui peinait à se faire entendre. Les historiens du futurs seront amusées de découvrir qu'à cette occasion, la voix de la fantaisie la plus échevelée était peut-être aussi celle de la raison. 

Mais revenons à notre sujet : la prochaine fois que surviendra quelque part dans le monde une tragédie qui défie la raison et l'explication, il faudra bien trouver un nouveau coupable parce que World of Warcraft, Grand Theft Auto III ou Counter Strike, ça commence à sentir le réchauffé, d'autant que ça ne tient jamais à l'examen attentif (sans parler du fait que certains commencent à être assez obsolètes). Je propose de les remplacer à l'avenir par un jeu super violent, addictif, mais assez répandu pour qu'on s'en inquiète.

Par exemple, Angry birds.

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Published by Struggling Writer - dans Fictions en général
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commentaires

Angry birds Rio 13/06/2012 21:21


Excellent article moi j'adore Angry Birds

Angry Birds Pc 12/06/2012 16:56


J'adore le petit lien vers Angry Birds à la fin lol