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Articles Par Mois

6 octobre 2011 4 06 /10 /octobre /2011 09:52

Tree of Life Angels

Comprenez-moi bien, je n'ai rien contre Terence Malick, en tout cas certainement pas contre le Malick de Badlands (pour les Moissons du Ciel, je ne sais pas, il me reste encore à le voir). 

Cependant après la vision de La Ligne Rouge et du Nouveau Monde, j'avais un peu l'impression que le cinéma du Malick revenu au cinéma à la fin des années 90 pouvait se résumer par une voix off qui demande "Pourquoi tant de violence dans le monde", tandis que la caméra filme la lumière du soleil qui passe à travers les feuilles d'arbre. Je dois dire que la prévisible bande annonce de Tree of Life a été pour moi une bonne occasion de rire.

Admettons que La Ligne Rouge avait quelques qualités défendables. Je veux bien concéder aux thuriféraires - un mot un peu pédant mais qui, on le verra, s'applique particulièrement bien ici - de Malick que si la voix off était retirée, je pourrais le trouver un peu rasoir par moment, mais quand même regardable. Le Nouveau Monde, c'était plus gênant. Déjà parce que c'était difficile ne pas rigoler en entendant une philosophie hippie tendance rousseauiste annonée (en voix off bien sûr) par Colin Farell alors qu'il se promène dans une forêt aux abords d'un camps indien en costume du XVIIe siècle. Il y a différentes sortes de kitsch, volontaire, involontaire, visuel, auditif, celui de Malick c'est le kitsch philosophique. Si ce n'était pas un cinéaste révéré et primé, on appellerait juste ça de la bullshit New Age. Mais Malick est une icône, donc on se contente d'adorer respectueusement et d'appeler ça un chef d'œuvre. Admettons. Je ne nie pas que les deux films sont jolis. Pas beaux, notez bien, mais jolis, pas offensant, décoratifs, avec des plans qui donnent de belles photos encadrées, qui marchent mieux que le film lui-même vu que le découpage de Malick, bien que correct, n'a rien de particulièrement inventif.

Mais pour Tree of Life, je n'arrive pas à trouver la moindre excuse, pas de qualité rédemptrice, pas même celle de faire marrer (sauf la bande annonce, comme mentionné plus haut). Ce n'est pas juste un film un peu ridicule, encombré par des préoccupations pseudo-spirituelle sur la sauvagerie humaine et la beauté du monde délivrés par une voix-off persuadée de l'intelligence du propos, vu que la voix off y est – presque – absente. Cette fois, le discours pseudo philosophique est délivré plus directement, par la structure. Tant mieux me direz vous c'est plutôt rassurant. Le problème, c'est que j'ai du mal à dépasser le fait que propos est inepte et la structure manipulatrice. Le plan catalogue n'aide pas, pas plus que le côté "collection d'instants kodaks". Trop facile. L'apposition thématique de souvenirs d'enfance, que certains mauvais esprits (ils se reconnaîtront) ont comparé aux pubs Herta, me rappelle d'ailleurs une certaine tendance du cinéma européen à filmer n'importe quoi et à tenter de faire fonctionner le tout au montage (sauf que Malick produit des images plus jolies et dispose de meilleurs comédiens). J'espérais un peu le cinéma américain vacciné contre cette imbécilité. J'avais tort. Et donc, voilà le procédé pour scénariste-réalisateur paresseux dans toute sa gloire : ne pas raconter, se contenter de mettre des scènes les unes à côté des autres et de temps en temps lâcher une phrase en voix off (pas trop, après ça se voit) qui essaye de lier le tout pour que le spectateur se dise que c'est trop la vérité de la vie vue par les yeux d'un auteur auteurisant.

En plus des scènes de l'enfance de son protagoniste (bon on va pas y aller par quatre chemins, on sait qu'il parle de lui-même) Malick y adjoint des séquences qui vous mettent franchement mal à l'aise, lorsqu'en réponse à la douleur de sa mère qui se demande la raison pour laquelle Dieu a pris la vie de son enfant – le frère de Terence, donc – il nous montre le Big Bang, la formation de la Terre, les dinosaures, dans un montage de plans CGI parfois jolis mais, comme me l'a fait remarquer mon copain David Sarrio, pas toujours convaincants (comparés à ce que proposent les documentaires de la BBC sur le sujet) et accompagné d'un lacrimosa de Zbiegnew Priesner (tiré de Requiem for a Friend, je crois) qui place clairement l'ambition religieuse du propos pour ceux qui l'auraient manquée. Il semble qu'on doive en tirer la conclusion que la tragédie individuelle trouve son sens dans l'acceptation de notre insignifiance.

Et si vous vous dites "non tu dois te tromper, il a juste choisi une belle musique l'aspect religieux est secondaire",  je vous renvoie au reste du film et à la symbolique du soleil sur laquelle Malick place sans trop de subtilité le même flare (vous savez ces aberrations provoquée par les objectifs quand on filme la lumière et qu'on peut rajouter aujourd'hui à un film grâce à After Effect en deux clics de souris) sur tous les plans où il apparait, flare qui fait ressembler le soleil aux représentations traditionnelles de la lumière divine (regardez n'importe quelle illustration de la lumière qui entoure la colombe de l'esprit saint), histoire qu'on ne manque pas l'équation univers=Dieu. 

Et pour ceux qui seraient encore hésitant, on leur rappellera qu'à la fin, Terence Malick (joué par Sean Penn) passe les portes de la mort, se retrouve au Paradis (un Eden visuellement moins naïf que des illustrations distribuées par les témoins de Jehovah, mais proche dans l'esprit), où il est réuni avec sa famille. Et sa mère retrouve finalement son frère avant de dire à deux anges dans une scène d'extase "je vous donne mon fils", acceptant enfin la mort de son fils comme faisant partie de l'ordre des choses.

Et là, j'ai eu un peu envie de vomir. Au début du film, une idiote vient dire à cette femme le genre de banalité qu'on dit à un parent qui vient de perdre son enfant quand on manque d'empathie et de perspective sur l'être humain, genre "tu as deux autres enfants, pense à eux", "seul Dieu peut t'aider " etc. Et le spectateur se dit "Quel boulet, celle-là". Sauf que Malick, lui, passe tout le film à prouver qu'au fond elle a raison ; pour lui, cette grenouille de bénitier étroite d'esprit est la voix de la sagesse. Le film nous martèle que pour se remettre d'une tragédie et lui donner un sens, la seule consolation se trouve en Dieu (ou le nom que vous donnez à la même idée) et que l'existence trouve sa signification et sa résolution dans l'après-vie, qui justifie et nivèle tout. Je dois dire que ça me glace un peu les sangs comme idée.

J'en rajouterai une couche en mentionnant un détail qui semble avoir échappé à pas mal de critiques. Cette fin sur la plage (plage des origines, bien sûr, très proche de ce que l'on voit dans les scènes de création du monde) est montée en parallèle avec de courtes scènes d'une Terre où la vie n'est plus possible, orbitant autour d'un soleil devenu géant. Soit, et tout cela est accompagnée par l'Agnus Dei du Requiem de Berlioz. Encore un requiem, comme au début, oui mais cette fois ce n'est pas un lacrimosa et c'est donc très différent.

Explication : le lacrimosa, dernière strophe du poème apocalyptique Dies Irae, exprime la souffrance et la culpabilité du pêcheur au jugement dernier. Donc ici, la création du monde, s'accompagne de douleur, de culpabilité ; en clair, le monde est une disruption, ce qui reviendra plus tard dans la bouche de l'enfant Terence Malick qui dit de son père "Pourquoi es-tu né ?" en clair : "tu ne devrais pas exister, et donc moi non plus. Le monde sensible physique est une aberration et son arrivée a perturbé la fusion absolue que je projette dans le néant qui précédait mon existence" (je n'ai pas dit que cela faisait sens, mais l'idée ici, c'est que la naissance physique du monde est en soit une douleur et une chute, et que les choses iraient mieux si cela n'avait pas eu lieu. On peut y reconnaître un sentiment religieux très ancien).

En revanche l'Agnus Dei (et particulièrement celui de Berlioz) est un moment d'allégresse. Une sublimation de la mort une expression de la paix éternelle accordée après la mort. Donc dans la mort et la fin du monde se trouve la paix que l'existence nous refuse. Comprenez-vous mieux pourquoi je trouve le propos de ce film inepte ? 

Je ne critique pas le besoin de trouver un sens d'une tragédie personnelle et je n'irais certainement pas voir un croyant en lui disant qu'il a tort s'il adhère aux même croyances que Terence Malick, à savoir que la violence et l'injustice de la condition humaine peuvent être résorbées dans la croyance en un monde meilleur où nous fusionneront dans l'amour divin… Mais je demande aussi qu'on respecte mon intelligence, et qu'on ne me déverse pas de force un propos aussi éculé sous une forme nouvelle en faisant comme si de rien n'était. Croire, ce n'est pas être forcément prosélyte. Or Malick passe le cap. Un prosélytisme intelligent, mais un prosélytisme quand même. Pour Malick, au final, l'Univers est tout, l'Univers nous dépasse, nous devons nous émerveiller de la Grâce qu'il nous accorde et accepter la violence de la Nature, après notre mort l'Univers nous ressuscitera et nous rassemblera avec ceux que nous aimons, et nous leur pardonneront le mal qu'ils nous ont fait avant de fusionner au sein de l'Univers. L'Univers… c'est à dire qui vous savez, hein (clin d'œil appuyé)…

Une amie me disait au moment de la sortie du film que Malick semble à la fin déresponsabiliser son père abusif, parce que, "bah ! c'est pas sa faute, il est juste une incarnation de la Nature". Elle a raison. Cependant, à ce stade, on peut pas croire que Malick soit un tant soit peu existentialiste, et la responsabilité ne semble pas le préoccuper du moment que la fusion en Dieu est possible… Nous bassiner deux heures quinze avec un propos d'une telle vacuité en revanche, c'est moins pardonnable. Le curé de la paroisse où j'ai grandi le faisait avec moins de prétention dans ses sermons et ça prenait seulement un quart d'heure. Si, pendant ce temps-là, on voulait regarder la lumière qui fait des trucs bizarres, il y avait les vitraux pour ça. Ajoutez un dinosaure et on était dans un film de Malick.

 

****


Pour ceux qui passerez dans ce blog, notez qu'il n'y a dans cet article aucun désir de gâcher votre plaisir, de vous empêcher d'aimer Terence Malick, et encore moins d'en débattre. Je veux juste que s'exprime une voix dissonante, vu la tartine de bonne critique qui existe déjà. Donc tout commentaire qui tentera de me prouver que Malick est un génie sera ignoré et effacé. Les admirateurs de Malick ont assez de tribune libre et de place pour s'exprimer ailleurs, des inrocks à Libé pour que je puisse refuser de leur accorder un droit de réponse sur mon blog. Si vous voulez répondre, faites-le sur votre propre blog. 

Parfois, j'ai l'impression que la seule raison pour laquelle Terence Malick est encensé par les critiques de tous bords, y compris ceux qui défendent le cinéma de genre, c'est que la mort de Kubrick les a mis en deuil et qu'il n'arrive pas à combler le trou qu'il a laissé dans le cinéma mondial. Je comprends. Vous avez besoin de Malick pour des raisons qui n'ont pas complètement à voir avec la qualité de ses films récents, mais à cause d'un problème symbolique lié à une difficulté à faire le deuil du père. Si c'est votre cas, pas de problème, ne vous préoccupez pas de cet article et faites comme si je n'avais rien dit.

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Published by Struggling Writer - dans Cinéma
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commentaires

le meur 08/05/2012 14:06


Je souscris entièrement aux observations que vous avez de manière structuré et réflechi dit. Pour ma part, je n'aurais pas pris de le faire. Je vous déconseille les moissons du ciel
quant bien même la photographie est travaillé, puisque le discour est creux et vain. La seule chose que j'ai trouvé pertinant chez Malick est la scène de la ligne rouge où l'on voit les
cimetières se faire arroser... c'est dire, certes Badlands avait quelques qualités, mais bon ...trés bon article pour ma part entre parenthèse.

Olivier 16/03/2012 17:27


Enfin quelqu'un qui trouve The Tree of Life chiant ! Je ne suis pas seul ! Je suis allé le voir à Cannes pendant le festival , j'était super content d'avoir chopé un ticket pour accèder à la
scéance . Mais je me suis tellement emm**dé ! J'avais qu'une envie m'enfuir de cette salle ! Pas mal de gens ,pendant la scéance , ont somnolés ou s'ennuyaient autant que moi , magie du cinéma ou
de la bien-séance , je sais toujours pas, tout le monde à applaudi à la fin .

Navaraanaq 06/10/2011 16:06



Je ne suis pas athée... et pourtant voilà pour malick... 



Yves Bourdiec 06/10/2011 16:03



On fait comme tu dis, comme si tu n'avais rien dit.
Ton prosélytisme athée vuat bien celui - religieux - de Malick, dont je reste un inconditionnel



Struggling Writer 06/10/2011 16:07



Il me serait difficile d'être prosélyte de ce que je ne suis pas. Et je ne suis certainement pas athée, comme je l'ai dit ailleurs sur ce blog. Être athée revient à croire qu'il n'y a pas de
Dieu. Or ce n'est pas ce que je crois. Je n'en sais rien, et je reste ouvert à la possibilité, mais que Dieu existe ou non, ça m'indiffère complètement, je pense que ça n'a pas la moindre
importance et qu'on peut avoir une spiritualité sans avoir besoin d'un créateur et apprécier la transcendance sans avoir besoin d'un œil dans le ciel, mais ça ne veut pas dire qu'il n'y en a pas,
ou qu'il est stupide d'y croire. Ça s'appelle être agnostique, et ça implique de respecter toutes les croyances.

Donc non il n'y a pas de prosélytisme là-dedans. Donner sa position, ce n'est pas pareil que de tenter de l'imposer chez ceux qui nous écoutent ou de tenter de les manipuler émotionnellement en
créant une fusion pour qu'ils adhèrent au propos, et ensuite de leur imposer une conclusion. Or j'ai tenté de montrer ici que c'est ce que fait Malick, il cherche d'abord à gagner notre
adhésion (objet de la partie "souvenirs kodak" dans laquelle on peut tous se reconnaître) et ensuite à imposer son point de vue ("il est évident nous nous retrouverons tous dans
l'après vie et la mort d'un enfant fait partie du plan divin"), ce qui me fait franchement penser à des technique des sectes, par exemple. Mel Gibson était plus honnête avec la Passion du Christ
ou il ne tente pas de gagner l'adhésion de son spectateur, il dit "Voilà ce en quoi je crois, si vous n'y croyez pas c'est pareil". Ça ne fait pas de la Passion du Christ un bon film, mais au
moins il est honnête.

Comme je le disais, je ne discuterais pas des mérites de Malick, chacun à le droit de l'aimer, et, à n'en pas douter, c'est un artiste. Je me contente de proposer un point de vue qui na pas
encore été entendu. 


N.B. Désolé jai dû déplacer votre commentaire en raison d'un double post de ma part. Toutes mes excuses.



Navaraanaq 06/10/2011 15:59



Ok sur la philo... Malick comme prof de philo... oui bah justement ! les profs de philo sont rarement des philosophes ! Tout le monde n'est pas Kant et Spinoza refusa d'enseigner, Jésus n'a rien
écrit... Socrate non plus !! On revient sur l'appropriation d'une caste d'un art qu'ils détruisent en se pensant les détenteurs de cet art (là je mets philo comme un art car à renouveler sans
cesse)... J'ai été en fac de philo et ils te disent ce que tu dois penser... pas tous il y a des perles mais c'est quand même dingue !! j'appelle cela du fascisme et pas de la philo. J'ai été
virée de la fac je te raconterai comment... Donc Malick emploie la philo (bref tu l'as dit) comme discours et non pas comme philosophie... Après y'a plein de philosophie... Il fait de la
morale............ qu'il balance "philosophie" ça fait bien ! plutot que de dire "papa a été méchant, je n'ai pas grandi donc je fais de la morale de carambar" !!!!! il ferait mieux d'aller voir
Avatar où le héros dit aux hommes "salut je me casse !!! vous êtes trop nazes ! Vive l'amour et merde à la dette (c'est un vétéran) : je reprends mes jambes, ma poule et cassos" 


Oui pour le nouveau monde, je ne me souviens pas. Et cela serait trop long de parler de Rousseau... ici. mais sans doute Colin Farrel plaque une vision rousseauiste sur les Indiens... mais c'est
la vision de malick de Rousseau : je ne vois pas rousseau comme maiick je pense. Je te fais confiance. On en avait parlé. Comme quoi les Indiens sont sympas ? Mais pas trop ! Pocahontas se fait
virer.... non ? Par son père. 



Navaraanaq 06/10/2011 14:19



Oui.. Kubrick avec qui j'ai beaucoup de mal... Je n'aime pas. Sauf Barry Lindon que je devrais revoir ! Je partage avec toi ce que tu dis sur le mystique : il ne s'agit pas de ça. Ne t'étonne pas
des critiques, journaliste etc. Sans le savoir ils sont fromatés à cette pensée dominante incrustée dans nos cellules ! on ne remet pas en question l'autorité. On n'y pense même pas (enfin, eux).
Tu peux lire l'oeuvre d'Alice Miller... Ou penser aux prêtres selon Spinoza... Les psy dans leur majorité étant les nouveaux prêtres. Remettre ça en question, sortir du déni serait lever le voile
sur ce qu'on appelle la famille... par exemple. Comme quoi on aurait besoin de ci ou ça... Créer de la dépendance... Encore et encore ! Continuer les déterminismes... sans même en avoir
conscience !!! je ne lis pas les journaux, ne regarde pas la télé, je ne sais pas ce que ces gens disent... Mais vous en faîtes bien l'écho. Et en plus ils ont l'air très prétentieux... Il y a
aussi une sorte d'intimidation : ah vous ne comprenez pas, mais si vous saviez ! Si on savait quoi ? Que le paradis existe ? AH bah non merci si c'est celui de Malick... D'ailleurs Sean Penn n'a
pas l'air très bien dans ce film... Il n'a pas le courage de charlotte gainsbourg dans melancholia... Et oui voilà... c'est ça nous on est des abrutis avec de la chair, des os, des larmes et on
s'accroche au bastingage ! Quant à Spielberg, c'est un gars que j'adore... et je n'ai jamais compris ce mépris pour lui ! Alors qu'il est d'une intelligence et lui il sait filmer ; comme personne
! aussi quand je dis aux gens que quand je vois un film de spielberg je suis bien physiquement que c'est du plaisir (le son, les images, le montage, le découpage), je me sens portée, respectée,
les gens ça les horrifie ! Il faudrait donc souffrir pour recevoir un message, une histoire etc... N'importe quoi ! Toujours cette idée de croix de merde... faudrait qu'ils relisent les 1000 et
une nuits... qui sont un délice et véhicule des grandes prises de conscience... 


 


 


 


 



Salabreuil 06/10/2011 13:21



Je bois du petit lait ! Le parallèle avec Kubrick est très pertinent, et ton article mérite d'être rapproché de l'analyse de Jean-François Tarnowski de "Silent Running" de Douglas Trumbull et qui
s'attaquait également en comparaison à 2001. Il écrivait notamment que "2001 reproduit, malgré son éblouissant spectacle, les positions métaphysiques les obscurantistes et les plus rétrogrades
qui soient". (l'article est reproduit en fac-similé ici : http://jftarno.free.fr/article-silent-33.html)
Oui, il est interessant de voir aujourd'hui que l'aura qui entoure Malick était celle de Kubrick de son vivant - la place laissée vacante  a été aussitôt occuppée. En ce qui me concerne,
j'ai un avis mitigé sur l'oeuvre de Kubrick, mais, ne soyons pas aussi bêtes que les adorateurs de Kubrick qui ont vomi Spielberg pendant des années, je reconnais que c'est un immense
metteur en scène - ce dont je doute concernant Malick. il est interessant de constater que nos critiques s'engouffrent dans la béate admiration et les superlatifs en se laissant abuser par une
forme dont les apparentes audaces cachent un propos pas si moderne que ça. Il est intéressant de voir aussi que parmi les critiques les plus dythirambiques se trouvent Libé et ... l'Humanité !
Comme tu dis : Besoin d'un Papa ? d'humble adoration ? d'extase mystique ? de transcendance ? Le problème, c'est qu'on est en droit d'attendre mieux de critiques formées à la pensée dialectique.
Il ne s'agit pas d'être crispé dès qu'une oeuvre d'art parle de religion ou de mysticisme : le rapport au divin, la question de la foi sont des sujets passionnants, humains, et donc
cinématographiques. Et de grands cinéastes - comme Bergman - se sont emparés de ces sujets, avec leurs doutes et leurs interrogations. Et même des séries télé. Mais le catéchisme, le symbolisme
et le prosélytisme, non merci.



Struggling Writer 06/10/2011 15:47



Tout à fait, la question de la foi ne m'a pas gêné chez Bergman. Parler de Dieu très bien, en faire la résolution de tous nos problème, cela à un nom, cela s'appelle le deus ex machina, et c'est
dramatiquement une solution de facilité, pas forcément mauvaise, sauf si elle retire au protagoniste tout libre arbitre et toute responsabilité de leurs actes, ce qui est le cas dans Tree of
Life.



Navaraanaq 06/10/2011 11:00



Ton article est très intéressant et renvoie à plein de choses. Je ne parlerai que de Tree of life... et je te conseille quand même Les moissons du ciel. Je me sens mal à l'aise par ton emploi du
mot philosophie même si je comprends très bien de quoi tu parles chez Malick ; je n'ai pas de mot... pour le remplacer ! Mais c'est comme si tu méprisais ce mot (peut-être est-ce le cas) ou alors
est-ce comment notre société l'emploie aujourd'hui sans savoir ce que c'est, ou en le réduisant... à une certaine philosophie... une philsophie morale ? Je dirais que ce qui me dérange c'est le
discours... 


Je reviendrai sur ce que je t'ai déjà dit : sur la maltraitance enfantine... Comme ce film m'a mise mal à l'aise parce que son impossibilité à voir en face la violence du père alors qu'il la
filme très bien aboutit à une validation de la violence naturelle (quésako ?, mais lui y croit : les dinosaurs sont violents, dieu aussi, donc papa aussi : au secours !! ça fait secte !! et
maintenant le gourou te dit "quoi faire") et donc à une immaturité et une déchargement de la violence sur "oh notre poids à porter, le péché, la croix tout ça"... et bien sûr comme tu dis une
déresponsabilité totale parce qu'on préfère la dépression, la mortification, le ressentiment à la libération qui passe par la fin des illusions... Ce déni dégouline dans notre société et je le
vois de plus en plus... ce film en est la preuve... C'est donc très intéressant sociologiquement ! C'est intéressant aussi de voir cette hypocrisie du pardon chrétien. Le film baigne dedans.
L'esthétisme aurait pu être utiliser pour dénoncer... Fanny et Alexandre de Bergman (ça fait trop longtemps) ? Mais là ce n'est pas ça... Son esthétisme est une sorte de vaseline pour nous faire
accepter la violence du père. Je reste polie, mais tu comprendras... C'est comme les gens qui disent que les femmes sont à égalité avec les hommes dans notre société parce que l'avortement existe
! c'est l'arbre qui cache la forêt ! 


En fait je ne pense pas que ce soit Rousseauiste... Au contraire. L'homme bon pour moi essayerait d'en finir avec la violence... qui est un fait et qui peut être déjoué quand on arrêtera de nous
dire que c'est le péché de chais pas qui qu'on porte, que c'est une fatalité : la dette à racheter, la dette de notre incarnation. Il n'y a pas de dette !! Nietzsche parle assez bien de tout
ça... Il y a sans doute quelque chose qui nous dépasse (forces divines), mais ce n'est pas forcément quelque chose de morale ! Le tantrisme ou le taoisme parlent de ça... comme spinoza... tous
ces gens sont très loin de Malick malgré les apparences trompeuses... 


Ce qui est imbuvable dans Tree of life c'est la morale... D'ailleurs quelle ironie qu'il ait pris ce nom tree of life quand on sait ce qu'est l'arbre de vie chez les Indiens... et bouddhistes qui
raisonnent totalement autrement. Puisque le nirvana est bien la fin des illusions, la fin de la morale. C'est être là où on est et vivre dedans... sans juger, sans se référer à autre chose (le
bien, le paradis) puisque tout est là. Un grand débat s'ouvre. J'aimais beaucoup Malick jusque Tree of life... J'aime encore le nouveau monde. Mais non ! Je ne peux plus. En plus c'est un bordel
narratif proche du non-professionalisme total. je crois qu'on peut faire un film sans histoire, sans trame narrative, inventer d'autres formes mais dans ces cas-là, on tient le choix artistique
jusqu'au bout. Là, c'est le bordel... Il y a même un mépris du spectateur : on n'est pas tous d'accord sur qui est le fils qui s'est suicidé... 


En extrapolant, j'ai pensé que Malick n'avait pas pu résoudre son problème... paternel parce qu'il avait pu jouir de la fortune familiale... Et que donc il n'a pas coupé ! Mais je n'en sais rien.
Ce film montre bien comme les gens qui n'ont pas résolu leur problématique deviennent des donneurs de leçon violents, qui préfèrent haïr ce monde-ci... mépriser les gens (malick est un phobique
social total) qui sont vivants aujourd'hui quitte à vénérer des morts qui les ont torturés !! Ils reproduisent le schéma... Etc. et cela renforce ce monde violent etc. Et parfois ils deviennent
parano alors qu'ils alimentent le truc !!!!! 


Je crois en la grâce mais elle n'est pas la même que chez malick où le sacrifice de la mère est portée aux nues ! et ça j'ai du mal... La mère est complice. C'et un fait. 


Dans ce genre de problématique j'ai été voir melancholia... Et j'avoue que j'ai été surprise. Contrairement à Dogville où le père vient sauver la fille, ici le réalisateur montre que personne ne
vient nous sauver... J'y ai vu une évolution. Dans notre responsabilité à utiliser le temps imparti... avec grâce mais la grâce de l'humain... A plus... je relirai... j'ai répondu à chaud


 


 



Struggling Writer 06/10/2011 15:43



Dacoord avec tout ce que tu dis mais deux précisions :


Je parle de philosophie, parce qu'il est évident que Malick, prof de philo, insuffle à ses films des convictions philosophiques, mais tu as raison, il s'agit uniquement d'un discours
philosophique non d'une pensée en marche. Non je ne méprise pas la philo, je pense juste que plaquer un discours philosohique est un choix risqué quand on veut faire une voix off dans un film de
fiction. La philo est à l'origine du discours critique sur l'art, il serait donc intenable de tenir un discours qui repose entièrement sur la philosophie et la mépriser dans le même temps.

Deuxième point : contrairement à ce que tu sembles dire, je ne parle pas de Rousseau dans le cadre de Tree of Life, mais uniquement du Nouveau Monde ou c'est à mon avis
pertinent, en particulier dans les discours de John Smith-Colin Farell qui oppose les défauts de la civilisation d'où il vient à la perfection édenique de la communauté des natifs américains qui
l'accueillent dans la première partie.