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Articles Par Mois

2 septembre 2016 5 02 /09 /septembre /2016 09:00

L'excellent Sullivan's Travel de Preston Sturges, datant de 1941 est un film généralement perçu comme une comédie, sauf qu'il pourrait aussi tout à fait être considéré comme un film noir qui envoie des coups de coudes aux spectateurs, avec un certain nombre de blagues "méta", voire "edgy", sur le cinéma et Hollywood. Je vous suggère de le voir au plus vite et de savourer un gag subtil, qui serait aujourd'hui conspué par une partie de la critique geek, puisqu'il joue sur le fait que le personnage joué par Veronica Lake parle de son rôle dans le film dans un dialogue à double sens. Sachant que si le film était sorti en 2016, on lirait certainement un peu partout sur internet qu'une telle réplique vous sort de la fiction, que ça rappelle au gens qu'ils sont au cinéma, et autres platitudes d'un niveau atomique. L'objectif du film semble clair : parler d'un sujet à la mode dans le Hollywood de son époque (la pauvreté), sans se prendre au sérieux, sans sermon, et sans oublier de divertir – et pourtant le film parle avant tout du cinéma et d'Hollywood.

 

Preston Sturges (qui est scénariste et réalisateur du film) entraîne d'ailleurs le spectateur dans son récit en utilisant bien souvent la connivence et la complicité plus que la pureté de l'art narratif classique. Ainsi son héros, réalisateur, passe la première moitié du film en faux départs pour l'aventure (que n'entendrait-on aujourd'hui sur un tel premier acte), et finit tout de même au bout de trois quart d'heures par arriver dans une ville inconnue. Veronica Lake lui pose la question "quelle ville est-ce ?", il réplique "je ne sais pas, probablement Hollywood".

 

Cela souligne évidemment le décors de studio où il se trouve – *wink wink* écrirait le critique paresseux de notre temps, regrettant bruyamment l'époque où l'on faisait des films populaires au premier degré. Dirait-il aussi que cette réplique coupe l'herbe sous le pied du montage muet qui la suivra quelques minutes plus tard, juste après que le héros se soit demandé "quelle force me ramène toujours à Hollywood" quand le personnage arrivera dans un lieu visiblement recréé avec soin par Sturges pour ressembler à un bidonville de la Grande Dépression ?

 

Et en effet, le film comporte quelques longues séquences d'hommage au muet dans un style à l'évidence choisi pour jouer sur la nostalgie des films d'avant 1926, dont une de pur slapstick, et celle-ci de pur pathos, façon mélodrame social. Le critique de 2016 n'aurait pas manqué d'accuser Sullivan's Travel d'être un film régressif, et Preston Sturges d'être "un petit malin" qui se contente de reprendre le travail de meilleurs réalisateurs que lui, en y ajoutant une dimension référencée et consciente d'elle-même…

 

Parce que sans cette attitude générale de complicité, Preston Sturges pourrait sembler nous attendrir sans recul sur la pauvreté présentée pendant ce long montage muet avec des violons, alors qu'à l'évidence, il nous défie de ne pas être touché par ce que nous y voyons, sans jamais cacher que c'est une séquence de cinéma qui en utilise les artifices. Impossible d'oublier dans cette scène qu'elle est le produit d'Hollywood, malgré et à cause du soin apporté aux détails, et pourtant, elle ne manque pas son objectif : montrer le moment où le héros croit atteindre le but qu'il s'est fixé : être dans la "vraie" vie.

 

En clair : la représentation des fléaux de notre monde (violence, pauvreté, arrogance des puissants…) n'est pas moins vraie, pas moins touchante, lorsqu'elle admet qu'elle est une représentation, y compris lorsqu'elle est ponctuée par un gag qu'on qualifierait aujourd'hui de "cynique", tant il est – et reste – culotté (les héros ouvrent une poubelle et s'enfuient - métaphoriquement terrifiés par la puanteur et la laideur de la misère réelle). C'est bien sûr un refus intègre de l'instrumentalisation par l'icônisation (visible dans le costume seyant de pauvre passé par le héros devant sa glace), mais pas du pouvoir de la fiction et du cinéma (pour aller encore un peu plus loin dans le méta, un reporter qui prend les pauvres en photo depuis le sommet d'un arbre est même présent dans le montage, histoire de rappeler la position ambigüe de ceux qui se repaissent du réel comme des vautours).

 

On ajoutera que ledit Sturges se moque aussi pas mal de son beau gosse de héros (et de son voyage parfaitement Campbellien – huit ans avant que Campbell écrive son livre), le ridiculisant par de la comédie parfois purement physique, y compris après des séquences quasi tragiques, romantiques ou dramatiques. Bref, ce film est l'antidote à l'idée selon laquelle la diversion méta, la connivence avec le spectateur, la nostalgie comme outil de séduction, et la dédramatisation immédiate par l'humour seraient des nouveautés du cinéma récent, choisis pour pallier à une implication réelle du spectateur, mais dont l'utilisation serait moralement ou artistiquement répréhensible. Le propos même du film est de montrer que ces outils ne sont incompatibles ni avec la profondeur artistique, ni avec le divertissement populaire, parce qu'il n'y aura jamais de séparation autre qu'arbitraire entre les deux.

 

Par ailleurs, vue l'influence considérable de ce film dans l'histoire du cinéma mondial, on peut se dire que la théorie selon laquelle ces mélanges de genre, et ces formes "nouvelles" de traitement (qui existent pourtant depuis fort longtemps en littérature qu'on pense à Swift et son autre voyage, celui de Gulliver) seraient la marque d'un art qui perd de vue ses racines et sa nature profonde peut être considérée comme un exemple indubitable de cécité intellectuelle et artistique. Par contre, on peut se demander de façon fructueuse ce que les succès récents de ses techniques dans des films populaires révèlent sur notre époque et ce que nous pouvons bien avoir de commun avec l'Amérique de 1941 qui a donné jour à ce film. A cette question et à bien d'autres, la première ainsi que la dernière scène du film vous donneront, si vous tendez l'oreille, une réponse bien plus sensée que toutes celles que vous pourrez lire ou entendre par ailleurs sur le sujet. Peut-être parce que Sturges comprend que sans sermon, sans jugement, la fiction à son meilleur peut révéler la vérité sans jamais prétendre la montrer.

Ce petit malin de Preston Sturges
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18 août 2014 1 18 /08 /août /2014 05:00

chris-prattJ’ai l’impression que si Les Aventuriers de l’Arche Perdue sortait aujourd’hui, on entendrait que que le film ne se prend pas au sérieux en raison des scènes où Indiana Jones panique à cause du serpent dans l’avion en ponctuation de l’ouverture héroïque, ou lorsqu’il fait le douillet et s’endort devant Marion, ou qu’il descend le big bad avec ses sabres, ou qu’il met une chemise trop petite (sans parler des clichés qu’on attribuerait au film ou des accusations que l’histoire est trop « classique » – ce qui est un peu l’argument de quelqu’un qui n’en a pas, parce que toute histoire pulp traite des tropes déjà abordés, sinon ce n’est pas du pulp). On entendrait que le personnage est ridiculisé, que l'humour désamorce l'action, et toutes sortes de fadaises.


Le ton de Marvel en général me semble exactement remplir un vide grandissant dans le cinéma populaire depuis la fin des années 90 (suite aux excès sur ce point – genre Schumacher et les jeux de mots pourris sur la franchise Batman), où la solennité est trop souvent prise pour de la profondeur. Je n’attends pas de tous les films qu’il y ait des gags et de l’humour dedans, ce n’est pas toujours adéquat, mais sur un film d’aventure pulp (et Guardian of the Galaxie est exactement ça), juste, il en faut.


Et on remarquera que cette place de l’humour ne s’oppose aucunement à la dramaturgie. La dramaturgie consiste à savoir mettre en place les conflits et les obstacles, et faire en sorte que le protagoniste se révèle en tentant de les surmonter. Quand, dans le récent Guadian of the Galaxy, Peter Quill fait une diversion en dansant, en première impression c’est drôle et inattendu mais en fait ça fait avancer l’histoire, ça nous apprend quelque chose sur lui, et son lien à cette Terre qu’il a perdu étant enfant. C'est élégant et très satisfaisant dramatiquement.


Le film de James Gunn (qui avait déjà fait Super) peut être vu comme une rêverie : celle d’un enfant dont la souffrance est telle qu’il préférerait être enlevé de cette Terre et qu’il imagine un avenir loin, très loin, où il est un héros avec pour compagnons un raton laveur, un arbre parlant, un extraterrestre un peu dense, et une guerrière féroce à la peau verte, en train de sauver la galaxie, de combattre des méchants et de piloter un vaisseaux spatial. J’ai souvent eu l’impression en voyant le film que j’étais face à des images intérieures d’une rêverie éveillée, un film plus proche des théories de R.L. Stevenson que de celles de Joseph Campbell.


Voici un extrait de la défense prise par Stevenson de l’île au Trésor, dans sa controverse face à Henry James :


« Il n’y a jamais eu d’enfant (…) qui n’ait cherché de l’or, n’ait été pirate ou chef militaire ou bandit de grand chemin, qui n’ai combattu, subit un naufrage et enduré la prison, taché ses petites mains de sang, vaillamment sauvé une bataille perdue et triomphalement protégé l’innocence et la beauté. » On croirait à deux trois détails près une critique du film de James Gunn.


Contrairement à une idée répandue, les films n'ont pas besoin de se prétendre intelligents. S’adresser aux seuls spectateurs qui se croient malins, c’est même souvent de la paresse, parce qu’il ne s’agit dès lors que de proposer une fable (une histoire astucieuse dont la morale est facile à tirer, ce qui semble la justifier), alors que produire une rêverie structurée pour lui donner l’illusion une existence tangible, débarrassée de tout autre justification, est un projet ambitieux et délicat qui n’a pas besoin de se parer d’une autre fonction (ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en a pas). On accorde scolairement trop d’importance à l’intelligence en narration, oubliant l’importance de l’intuition et de la simplicité, qualités bien plus difficiles à capturer, si discrètes et fragiles que bien des spectateurs qui se croient avertis, arrivent à l’âge de la critique (et parfois de l’opinion condescendante) sans s’apercevoir qu’ils les ont déjà irrémédiablement piétinées.


J’ai souvent l’impression de lire sur Marvel le même genre de critiques négatives – quand il y en a – que celles qu’on pouvait entendre sur les productions Spielberg destinées à ma génération dans les années 80 (Gremlins, Retour vers le futur, Goonies, Young Sherlock Hommes, etc.), qualifiées de légères, puériles, mercantiles, formatées, cyniques, incohérentes, surchargées de clins d’œil, de clichés, etc. Discours tenus avec tout le mépris de l’adulte au goût forcément averti au point d’en devenir pompeux et prosaïque, envers l’attirance éternelle des plus jeunes pour un imaginaire débridé… Mais vu que ces films sont aujourd’hui regardés et étudiés avec nostalgie et parfois vénération, laissons dire… Les générations passent… attendons que ceux qui auront grandis avec les productions Marvel soient en âge de les défendre et de rire de ceux qui n’ont pas saisi l’importance de s’adresser aux futurs rêveurs de ce monde.

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23 août 2013 5 23 /08 /août /2013 17:56

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Comment savoir si un film est bon sans l'avoir encore vu ? (Et surtout comment faire si on s'est trompé ?) Cette question aurait semblé oiseuse il y a vingt ans, mais depuis, internet a donné des lettres de noblesse (ou en tout cas un porte-voix) aux oracles de la qualité des sorties de l'année.

La réponse est pourtant simple : il y a les bons réalisateurs et les mauvais réalisateurs. Les bons réalisateurs font de bons films. Les mauvais réalisateurs font de mauvais films. Quand on sait ça, il devient plus facile de prédire la réussite artistique d'un film.  


Bien sûr, il y a occasionnellement de bons films faits par de mauvais réalisateurs et de mauvais films faits par de bons réalisateurs, mais il ne faut surtout pas se laisser embrouiller par ces exceptions. On peut même les ignorer. La critique de cinéma, c'est mieux d'en faire une simple affaire de statistique. En ne prenant en compte que les qualités et défauts imputés à son auteur, on risque moins de se tromper en jugeant un film, et le plus simple pour ça, c'est quand même d'avoir une idée du résultat avant de l'avoir vu. 

Si on aime se compliquer la vie, on pourra toujours décider plus tard qu'un bon réalisateur a fait un échec intéressant où il exprime néanmoins ses obsessions habituelles, et là hop ! affaire réglé, on peut s'en sortir la tête haute sans tout à fait réévaluer son jugement de départ. Dans le cas inverse, il suffit de nier les qualités de l'œuvre et de se concentrer sur ce qui est fragile (la vraisemblance, la psychologie), et hop ! personne ou presque ne verra qu'on avait un préjugé. Si quelqu'un défend le film, traitons-le de fan-boy du réalisateur ou de geek, ça lui clouera le bec, et s'il s'avère qu'il voit le film comme une exception dans la carrière d'un auteur médiocre, il reste possible de l'ignorer purement et simplement. On ne va quand même pas commencer à apprécier un film sans prendre en compte toute la production de son ôôôteur…

Pourquoi devrait-on s'embêter à regarder les films avec un esprit ouvert, à s'astreindre à ne jamais haïr un réalisateur (même si on juge ses films mauvais), à regarder un film pour ce qu'il est et non pour les attentes qu'il génère ? Ce n'est pas comme s'il existait une tendance appelée "biais de confirmation d'hypothèse" qui pourrait altérer notre jugement, n'est-ce pas ?

Certains prétendent qu'un film serait un travail d'équipe dont la réussite ne dépend pas du seul réalisateur, d'autre fous dangereux affirment que l'analyse d'un film devrait porter sur ses ambitions particulières qui ne peuvent apparaître qu'a posteriori. Mais il serait absurde de se compliquer la vie avec ces détails. Qu'on se contente de dire qu'un réalisateur est bon ou mauvais, c'est simple et direct. Et si on ne connaît pas le réalisateur, on peut toujours le mettre dans une catégorie (film de genre, blockbuster, film intello, etc.) qui permette un jugement rapide et sans appel.




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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 02:32

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John McTiernan, réalisateur de Die Hard (Piège de Cristal), A la poursuite d'octobre Rouge, le 13eme Guerrier, Predator va être jeté en prison pendant un an. L'erreur de McT : avoir été naïf, au bout du rouleau dans un combat perdu d'avance contre ses producteurs pour garder le contrôle de son film, et il a commis une erreur, faire appel à Pellicano, un détective véreux qui n'héiste pas à mettre les gens sur écoute, pour en savoir plus sur ses producteurs. C'est pas très jojo d'accord, mais ce n'est pas de ça dont on l'accuse.


Pellicano a été arrêté dans une autre affaire (Steven Seagal lui a demandé d'intimider une journaliste). Interrogé au téléphone par un homme se prétendant agent du FBI au sujet du détective, McT a menti et dit ne pas connaître Pellicano. C'est de cela qu'il sera inculpé : avoir menti à un homme dont il n'avait pas la preuve de l'identité au téléphone. Après de nombreux procès, McT a été condamné à un an de prison. Répétons le : il a été condamné à un an de prison pour avoir menti à un interlocuteur dont il ne savait pas si c'était un véritable agent du FBI, un délit que la plupart des gens n'imaginent même pas pouvoir exister, alors que les autres stars qui ont parfois utilisé les services de Pellicano de façon beaucoup plus directe et violente que lui (pour des menaces physiques) resteront libres (Steven Seagal en tête).

Vu de loin, ce n'est peut-être pas une grande injustice : un homme est condamné un peu sévèrement, et alors ? D'autre s'en sont sortis et pas lui, et il prend pour les autres, tant mieux pour eux, tant pis pour lui. Il y a de pire injustices. Certes. Mais dans ce cas où commence l'injustice ? La condamnation de McTiernan à un an de prison n'a plus rien a voir avec ce qu'il a fait, elle est le fruit d'un acharnement procédural et d'une erreur de son premier avocat (qui lui a conseillé de plaider coupable). Cette erreur a été exploitée par le procureur pour l'empêcher de se défendre comme il l'aurait voulu par la suite (en transformant ce qui était un changement de stratégie légale en "parjure" et piétinant le principe essentiel qu'un homme ne peut être forcé à témoigner contre lui-même).

Malgré cela, la Cour Suprême a rejeté son appel. On en arrive donc là : un homme est condamné à un an de prison pour avoir menti à un autre type au téléphone. Dans un pays où certains qui ont menti en direct au public pour justifier une guerre n'ont jamais été inquiétés. Et aujourd'hui MacT a besoin de soutien. La page "Free John McTiernan" sur facebook commence à faire parler d'elle, et ça peut peser dans la balance alors que tout espoir semple perdu : à présent tout ce qui peut le sauver, l'aider, le réconforter, c'est qu'on parle de son cas, qu'on se rende compte de l'absurdité de ce jugement. Plus cette page sera likée, plus on en parlera, meilleure seront ses chances d'être entendus du public, son histoire être relayée dans les médias, etc. 

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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 01:53

Je suis arrivé tôt, en fait. Et j'ai vu entrer toute sorte de gens dans la salle. Des vieux, des couples, même une famille avec deux enfants. A un moment, un type d'UGC a annoncé que la séance serait complète et qu'il fallait se serrer. C'est là que j'ai commencé à me demander si j'étais pas dans la mauvaise salle. La variété du public… une salle complète… pour Cloud Atlas ? Un film de 2h50 qui mélange les genres, fait par trois réals à peu près incompris de la critique et qui répètent en interview qu'ils ne savent plus qui a fait quoi dans ce projet.


J'ai commencé à angoisser parce qu'il y avait déjà beaucoup de monde. Trop pour que je puisse me lever et abandonner ma place le temps d'aller vérifier. J'aurais pu demander à mes voisins mais j'avais peur du ridicule.
 
J'ai écouté les conversations derrière moi pour essayer de savoir, mais les gens parlaient de leurs problèmes, de la fac, d'internet, du nouveau pape… des conversations de vendredi soir qui auraient pu être tenues n'importe où.

 

Je me suis vite retrouvé coincé entre un bouffeur de pop corn et un mec qui avait une haleine de chacal. Je sais, ça a l'air un peu méchant dit comme ça mais ce n'est pas une exagération : l'un engloutissait son pop corn à grand bruit, comme s'il voulait faire savoir à tout le monde qu'il avait acheté un XXL ou King Size ou quelque soit le nom qu'on a donné au baril de carton posé sur ses genoux qui devait contenir l'équivalent d'un champ de maïs ; quant à l'autre, son haleine était tellement épouvantable que j'ai passé cinq minutes à chercher une pastille de menthe et cinq de plus à me demander comment lui présenter la chose pour lui offrir pendant que les bandes annonces se déroulaient. Puis la personne à côté de lui (sa femme, je suppose) a sorti une bouteille et lui a tendu, et je me suis dit que ça ferait aussi bien l'affaire pour lui nettoyer le gosier. J'avais tort. Pendant toute la séance, quand il se tournait un peu dans ma direction, j'ai eu des effluves qui rappelaient un mélange de viande pourrie et de mauvaise bière.


Bref. Les lumières se sont éteintes. Et il m'a semblé que ça faisait déjà des heures que j'étais là. J'étais presque sûr que j'allais bientôt voir les bobines de Franck Dubosq et Marina Fois, et que j'allais devoir vivre mon pire cauchemar : me retrouver dans la mauvaise salle de cinéma à voir le film que j'ai le moins envie de voir en ce moment… et tant pis, j'en prendrais mon parti… Je ne serai pas le gars qui dérange toute la salle au début du film en faisant se lever tout une rangée. Parce que bien sûr, je m'étais placé pile au centre, au troisième rang.

L'obscurité a duré plus longtemps que d'habitude, m'a-t-il semblé. Mon voisin de gauche a abandonné son pop corn, mais mon soulagement n'a pas duré : il avait juste reçu un SMS sur son portable, et il fallait évidemment qu'il y réponde, illuminant la moitié de la rangée. Je me suis tourné pour ne pas être ébloui. Mon voisin de droite m'a soufflé le reste de son steack Tartare de l'avant veille dans le nez. Et là, je me suis dit "Non… je ne vais pas tenir trois heures comme ça ! Finalement, faites que ce soit Boule et Bill, au moins je serai parti de la salle dans une heure et demie."


Et puis le logo Warner est apparu suivi de "Cloud Atlas Production presents". Après, je ne saurai plus trop expliquer ce qui s'est passé, sinon qu'à la fin, la salle a applaudi. D'abord timidement, puis plus fort. Puis une deuxième fois après qu'on ait vu tous les personnages joués par chaque comédien à travers l'histoire. Et bon, je me sentais connecté avec les autres spectateurs. Même le bouffeur de pop corn, même le monsieur à l'haleine pourrie. J'avais presque envie de les embrasser. Je les ai regardé. Le bouffeur de pop corn s'est essuyé les yeux, du genre, "mais non j'ai pas pleuré" et Mauvaise Haleine m'a fait un signe de tête qui signifiait  "c'était quelque chose, hein ?" J'ai souri bêtement. Pas besoin d'en dire plus. On est resté tous les trois jusqu'au bout du générique ; pour une fois, c'était le cas de plus de la moitié de la salle. C'est rare. En sortant, je me suis aperçu que j'avais faim, mais il était trop tard pour acheter du pop corn ou de la bière.

Tout ça pour dire qu'il ont réussi quelque chose de bien, les gens qui ont fait ce film.


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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 18:00

 

JCGH.jpgSans vouloir tirer sur une ambulance et même si je n'en ai jamais parlé dans ce blog (précisément pour cette raison) je n'ai jamais été fan de John Carter (le film). Pour aller plus loin, je dirais même que son échec financier me semblait assez logique au vu du résultat à l'écran. Mais d'un autre côté, qu'est-ce que j'en sais ? un de mes films préféré est Heaven's Gate (version longue) et j'ai toujours trouvé qu'Autant en Emporte le vent (le film le plus rentable de l'histoire du cinéma en dollars constant) était plus long et ennuyeux à regarder qu'une partie de scrabble entre deux dyslexiques.

Et puis on a commencé à entendre des rumeurs comme quoi Andrew Stanton (réalisateur de John Carter, venu des Studio Pixar qui avait fait avant Nemo et Wall-e) aurait été victime de la politique corporatiste de Disney, d'un changement de direction, et d'une machination permettant d'aboutir à l'achat de Lucasfilm. Il y avait peut-être du vrai là-dedans, mais ayant lu quelques interview de Stanton et des comédiens, il me semblait aussi que les méthodes de tournage dudit Stanton ainsi que son inexpérience avaient joué un rôle non négligeable.

Jusqu'à la sortie, il y a quelque mois de John Carter and the Gods of Hollywood de Michael D. Sellers qui raconte toute l'épopée du film, de sa conception, les multiples tentatives avortées par d'autres réalisateurs jusqu'à la sortie du film et son échec financier (car oui, c'est un échec financier, même si on est loin du gouffre annoncé inélégamment par Disney). Sans être toujours passionnant à lire, le livre nous invite à examiner comment le film est devenu un exemple tragique d'échec marketing. Mais montre aussi à quel point un beau projet réalisé par des gens qui y croient (et personne ne doute de l'enthousiasme et de la sincérité de Stanton et de son équipe) peut s'avérer un chausse-trappe et se terminer en fiasco commercial. Je suis sûr que beaucoup de réalisateurs frissonneront en lisant certains paragraphes. C'est un peu leur cauchemar classique.

Coupons court à tout suspense : dans l'échec financier de John Carter, Micael Sellers ne trouve malgré des recherches fouillées aucune preuve permettant de soutenir qu'il y a eu conspiration, même si différents éléments extérieurs au film ont joué (comme le deal avec Lucas, mais sans que ce soit l'élément déterminant, contrairement à ce que certains ont dit).

Michael D Sellers, curieusement, cache en fait à peine qu'à la première vision, il a été déçu par le film (en tant que fan de Burroughs) et qu'il n'a fini par l'aimer qu'à l'aide d'une certaine dose d'auto persuasion et de revisionnages… Mais mon impression c'est qu'il a du mal à le défendre artistiquement (autrement qu'en disant "ce n'est tout de même pas un navet" ou en citant d'autres spectateurs qui l'ont aimé sans réserves).

Le bouquin est vite écrit (des paragraphes entiers sont répétés à différents endroits du texte). Son analyse du scénario est assez pauvre et se contente de montrer en quoi le personnage de John Carter est, malgré les différences superficielles, fidèle à celui que les fans du livre connaissaient. Les erreurs techniques (comme mettre l'amorce et le paiement du trajet de Carter dans la même scène, ce qui donne une scène certes impressionnante mais qui déséquilibre tout le film) ne sont jamais abordées - sinon les plus évidentes, celles qui furent relevée par tous les critiques : à savoir, les trois intros successives qui engendrent plutôt la confusion, et le fait que l'intrigue politico mystique sur Barsoom soit à peine compréhensible… Malgré cela le livre offre des perspectives intéressantes.

Bien qu'il soit favorable au film, Sellers confirme l'approche de Stanton du tournage telle que je l'avais ressentie à la lecture de ses interviews : accepter de faire des erreurs et arriver au bon résultat en retournant les scènes ou en les réécrivant après tournage et en retournant le nouveau matériau (on appelle ça des reshoots). Dans ce cas, les reshoots étaient pris en compte dès le départ mais étaient la pricipale cause du budget délirant accepté par Cook, le précédent chef du studio, peu avant son départ, et de l'agacement de la nouvelle équipe en charge dirigée par Ross. 12 jours de reshoots supplémentaires dont a eu besoin Stanton n'étaient, de plus, pas prévus dans le budget de départ, même si, au vu du budget global, c'est négligeable (c'est juste pour dire que Stanton en avait vraiment besoin). "Stanton admettra qu'il n'a jamais vraiment eu de considération pour le budget" signale Sellers en passant…

Sellers ajoute aussi que le film était au fond le bébé non reconnu de Pixar (filiale de Disney), et que le studio Disney, qui sortait le film, était juste vu naïvement par Stanton comme le carnet de chèque dans cette histoire (un refus d'accepter le budget aurait peut-être été mal accepté par Pixar, à l'époque quasi tout puissant). Même si le fait d'avoir foiré le marketing est absurde de la part de Disney, l'auteur du livre laisse l'impression que tout a été mal emballé depuis le départ : Stanton n'avait pas d'expérience de film live et aucun encadrement, à part de ses potes de Pixar. Stanton va jusqu'à déclarer qu'il voulait réinventer la façon de faire des films et que retourner sans cesse les scènes qui ne marchent pas est la seule vraie façon de faire (je suggère d'en parler aux réalisateurs qui s'échinent à préparer comme des malades leur tournage jusqu'à ce qu'ils aient tout le film en tête…). 

Bref, qu'on lui ait confié directement et sans réserve un budget de 250 millions (le coût final est donc de 350 quand on ajoute le marketing) pour un film live est absurde (avant ça, ils auraient pu lui laisser se faire la main sur un projet de film live moins cher et encadré, non ?). Malheureusement le livre ne rendre pas dans les détails sur ces points-là (il se contente de spéculer sur ce qui a poussé Cook à accorder un deal aussi "avantageux") se contentant de les signaler… et de montrer ensuite en quoi le marketing a failli (ce qui est indéniable)…

Au passage :

- Le trailer que tout le monde a détesté a été validé par Stanton qui, contrairement à ce qu'on a dit, a eu un certain poids sur le marketing du film.

-L'étincelle qui a mis le feu au poudre et a lancé le "bad buzz" est une interview de Stanton par le New Yorker (bienveillante envers lui) où il montre une assurance un poil déconnectée du réel, et parle déjà de ses plans pour une sequel. Le journaliste du NewYorker calcule en fonction des moyennes dont il dispose que le film devrait rapporter 700 Millions de dollars pour justifier une sequel. Ce qui a posé immédiatement le film en cible vivante de ceux qui attaquent les budgets délirants d'Hollywood (et ils n'ont pas tout à fait à tort, dans ce cas, même si l'accusation selon laquelle le film était en dépassement de budget est fausse, c'est pire que cela : le budget de départ était en soit un dépassement de budget !).

Je signale ces deux points parce que ce sont ceux qui montrent le mieux qu'il n'y a pas eu conspiration… ou alors Stanton en faisait partie… En revanche, Sellers montre bien que le marketing du film a été victime d'une certaine incompréhension du projet et de l'interférence de la politique interne de Disney, quand il ne s'agit pas tout s'implement d'incompétence, formant ce qu'il appelle un "perfect storm" vers l'échec.


En fait, il développe vraiment très longuement les erreurs et le manque de réaction du marketing, jusqu'à devenir franchement ennuyeux par moment - la répétition devenant monotone. Par ailleurs il soulève un peu le voile sur les deals avec Marvel et Lucasfilm et explique comment cela a pu affecter les décisions concernant John Carter. Les personnalités d'Iger (CEO de Disney avec une restructuration en vue) et de Ross (chef des studios en remplacement de Cook, qui avait pour mission de transformer le studio Disney en pivot d'autres studios et réduire son volet créatif) sont aussi examinées de façon détaillée et au final, ce qui est le plus effrayant, c'est que Sellers soutient que tout le monde a joué son rôle comme il le devait…

Soulignons ici qu'à la lumière du livre de Sellers, l'argument "Le film a été sacrifié pour pouvoir acquérir Lucasfilm" est réversible : si Stanton avait négocié le film pour un budget raisonnable (plus difficile à attaquer et générant du coup moins d'articles cinglants) ou qu'il avait fait un homerun (c'est à dire un succès à la Avatar, Star Wars ou Matrix), Disney n'aurait pas eu le besoin d'acquérir Lucasfilm, ayant sa propre franchise SF sous la main. Donc ceux qui ne sont pas content de cette acquisition, vous n'avez qu'à blâmer Stanton (je plaisante… ou pas) !

Disney n'a pas fait tout ce qui était possible pour que le film fasse ce homerun (après le changement de direction du studio), mais il ne l'a pas empêché non plus allant jusqu'à payer une pub lors de la finale du Super Bowl (le spot le plus cher de la télé U.S. vu la popularité du football américain). Une part de hasard a alors joué dans le marketing. Beaucoup d'espoir était placé dans la pub de la finale du Super Bowl (c'était censé être le tournant de la campagne marketing) mais cela reposait sur un pari : le spot choisi devait durer 60 secondes et non 30 secondes. Il y avait deux volets dans la pub : l'un était une sorte de pub virale avec concours à a clé et l'autre un montage présentant des images choc pour la première fois (et montées par Stanton lui-même). La version de 30 secondes était un mauvais compromis et n'avait le temps que de montrer la partie "concours" d'une façon peu attrayante avec un extrait déjà vu - tout le monde savait qu'elle était très mauvaise mais le pari fut tenté en ta
blant sur le fait que ce serait la version de 60 secondes qui serait diffusée. Au final, que croyez vous qu'il arriva ? Vous avez raison : le spot de 30 secondes (l'annonceur n'a pas son mot à dire, ça dépend des opportunités du match).


Maintenant, malchance mise à part, on est en droit de douter qu'un tel homerun fut jamais possible… Le film aurait pu faire beaucoup mieux mais sa trame narrative, malgré le fait qu'elle soit tiré d'un roman archétypal, n'a pas le caractère évident et universel qui a permis le succès d'Avatar (et qui curieusement est parfois vu comme une faiblesse par ceux qui croient savoir comment on écrit un scénario). On sait d'ailleurs très bien que le marketing ne suffit jamais à lui seul, à part pour lancer la première semaine. En fait, personne ne sait vraiment ce qui est suffisant ou pas (à part peut-être Spielberg…), sinon que bien peu de films (bons ou mauvais) sont taillés pour faire des succès retentissants.

L'aspect réellement passionnant du livre de Sellers est le constat qu'il permet de faire sur les changements intervenus récemment et encore mal compris par les executives du marketing. L'auteur, qui a été promu "représentant des fans" en raison de son blog à succès "The John Carter Files", rencontre les responsables du marketing de Disney dans l'espoir de les aider à comprendre comment vendre le projet et ils ne trouvent rien d'autre à lui répéter que : "Que pouvons-nous faire pour les fans ?". Il essaye de leur faire comprendre que c'est le contraire, que c'est eux qui ont besoin des fans pour qu'ils se battent plus efficacement pour le film, et que Disney devrait écouter leurs feedbacks et propositions, voire leur donner des consignes. En vain.

Sa conclusion ? Pas loin de celle que je pressentais : il n'y a pas eu de conspiration contre le film, juste un ensemble de mauvaises circonstances et d'egos. Ce qui n'enlève pas la responsabilité des personnalités impliquées. Parmi lesquelles les chefs des studios et du marketing, mais aussi Andrew Stanton lui-même, enfant gâté de Pixar, qui a négocié un budget trop élevé (les réalisateurs chevronnés savent que c'est un piège) et s'est retrouvé par contrat quasi en roue libre (et même comme ça, apparemment, il n'est qu'à demi satisfait du résultat lui-même car il aurait voulu plus de reshoots… !). Oui trop de liberté et d'argent peuvent être un piège pour un réalisateur, Stanton n'est pas le premier à tomber dedans… (Tous les réalisateurs qui rament pour trouver des sous trouveront, je l'espère, une consolation à cette idée). J'ajouterais quant à moi, que faire appel à un prix Pullitzer n'est pas une garantie qu'on aura un scénario bien structuré, et qu'il semble évident qu'une réécriture au moment du développement sera moins onéreuse qu'après le tournage… mais encore une fois, qu'est-ce que j'en sais ?

L'avant-dernier chapitre du livre, sans vraiment l'avouer mais de façon volontaire je crois, est d'ailleurs une réfutation directe des déclarations de Stanton comme quoi sa méthode de faire des reshoots jusqu'à ce que le film marche est "la bonne façon de faire du cinéma"… La bonne façon, c'est d'être pragmatique. Et c'est paradoxalement au nom de ce pragmatisme que Michael Sellers espère, avec une passion communicative pour quiconque aime Burroughs, que le cycle de ce dernier sur Barsoom ne sera pas abandonné au cinéma. J'aimerais croire qu'il a raison, qu'un reboot (à defaut d'une sequel) sera possible un jour. Mais je doute que ce soit pour tout de suite.

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14 octobre 2011 5 14 /10 /octobre /2011 08:24

Alors que j'allais rédiger un article sur l'importance de la structure, un doute m'a étreint. Et puis je me suis aperçu que je l'avais déjà écrit ici. Plutôt que de radoter, j'ai décider de vous renvoyer sur cette article d'il y a quatre ans sur lequel je n'ai pas grand chose à retrancher et de parler d'autre chose.

D'abord il m'est apparu récemment que beaucoup de gens croient encore que le scénario n'a qu'une importance relative dans le succès artistique d'un film. Le problème, c'est que ça fait vingt ans que j'entends ça et que, pourtant, personne n'a pu me donner un seul exemple de chef d'œuvre du cinéma (je parle de chefs d'œuvre reconnus par les vrais gens qui aiment et font du cinéma pas les trucs irregardables que les critiques tentent de nous imposer comme des chefs d'œuvre juste parce qu'il aiment l'idée d'être les seuls à les comprendre - que ce soit vrai ou pas) qui ne soit pas à l'origine un excellent scénario (selon les standards de la profession).

La meilleure mise en scène du monde ne sauve pas un scénario médiocre (voir Indiana Jones and The Kingdom of the Crystal Skull parmi de nombreux exemples). En même si une mise en scène médiocre ou inégale peut gâcher un excellent scénario, c'est loin dêtre toujours le cas (regardez du côté de Christopher Nolan, et particulièrement de ses scènes d'actions foutraques, ce qui n'empêche pas que les films ont eu le succès public et critique que l'on sait…). Je ne cherche pas à diminuer l'importance de la mise en scène dans une œuvre cinématographique, mais bien à réhabiliter l'importance du scénario. En France, il existe toujours des professionnels qui croient que n'importe qui peut écrire un scénario et qu'un scénario mal écrit peut être rattrapé à la mise en scène. C'est faux. Oubliez ça, cela n'arrivera pas. Si un scénario est médiocre, le résultat filmé le sera aussi. Personne, pas même Hitchcock, ne peut sauver un film de la médiocrité de son scénario. Tout au plus est-il possible d'y mettre quelques moments de mise en scène appréciables mais qui ne sauveront pas le film de l'ennui. Si vous n'êtes pas encore convaincu, regardez l'Etau (Topaz en V.O.).

Ce qu'on oublie souvent lorsqu'on parle de scénario c'est que le scénario est :

1° un art évolutif, qui a une histoire, des innovations techniques, une modernité et un classicisme. Connaître le cinéma sans connaître l'évolution du scénario ce serait un peu comme connaître l'histoire littéraire mais ne pas s'intéresser au roman, seulement à la poésie et au théâtre. Par exemple en France, on croit encore qu'un scénario ne doit parler que de ce que l'on voit, là où les anglo-saxons ont depuis longtemps compris que pour donner au réalisateur et au comédien envie de travailler sur le script, il faut souvent être évocateur.

2° un art visuel, (comme le roman d'ailleurs, ainsi que nous l'a enseigné R-L Stevenson). Une bonne partie des éléments visuels de classiques du cinéma (je ne cite que des exemples écrits par des scénaristes différents des réalisateurs) furent l'idée d'un scénariste, même si ces idées furent naturellement attribués au réalisateur par une critique qui n'y connaissait rien - et qui oubliait que la politique de nombreux producteurs hollywoodiens est généralement de répéter aux réalisateur qui veulent s'écarter du scénario : "Shoot the Script" "tourne le scénario". Deux exemples au hasard :

• l'aspect et les attributs de la créature d'Alien ainsi que la décision d'engager Giger pour la représenter vient de Dan O'Bannon, non de Ridley Scott. 

• l'idée purement visuelle (et à toujours considérée par beaucoup comme une idée géniale de McTiernan) de la vision thermique du Predator est présente dès l'excellent scénario des frère Thomas, avant même l'arrivée de McTiernan sur le projet. Pareil avec la scène où Dutch plonge dans la boue pour se préparer à combattre le Predator...

Ridley Scott et McTiernan sont d'immenses réalisateurs, ne nous y trompons pas, parce qu'ils maîtrisent le découpage, la direction d'acteur, et l'ensemble des techniques de mise en scène, et les deux films ciéts n'auraient pas été les chefs d'œuvres qu'ils sont sans leur apport, mais cependant, ces idées là, visuelles et emblématiques pourtant, ne sont pas les leurs, mais viennent des scénaristes. Je me restreint à ces deux idées là, mais vous pouvez y ajouter la plupart des plans d'ouverture du cinéma américains. Il est très rare en effet que le scénariste n'ait pas pensé l'image d'ouverture et ne l'ait pas décrite en détail dans son scénario. 

3° un art littéraire. On pourrait en douter. Mais en fait un scénario peut très bien être lu indépendamment du film produit, comme le fait remarquer Stephen King dans son introduction à La Tempête du siècle. C'est une expérience intéressante, et tout un chacun devrait essayer un jour. Il y aurait beaucoup à dire là dessus. Je rêve parfois qu'un réalisateur de talent reprenne tel scénario gâché par un tacheron et au lieu de commander un remake le refasse tel quel, comme il faut, cette fois… Ça paraîtrait expérimental, alors qu'en réalité, c'est naturel (on le fait bien pour le théâtre)… Et ce serait pédagogique…

Et, pour revenir à Hitchcock, rappelons qu'il considérait lui-même qu'un "film est fini à 90% lorsqu'il est écrit"…

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6 octobre 2011 4 06 /10 /octobre /2011 09:52

Tree of Life Angels

Comprenez-moi bien, je n'ai rien contre Terence Malick, en tout cas certainement pas contre le Malick de Badlands (pour les Moissons du Ciel, je ne sais pas, il me reste encore à le voir). 

Cependant après la vision de La Ligne Rouge et du Nouveau Monde, j'avais un peu l'impression que le cinéma du Malick revenu au cinéma à la fin des années 90 pouvait se résumer par une voix off qui demande "Pourquoi tant de violence dans le monde", tandis que la caméra filme la lumière du soleil qui passe à travers les feuilles d'arbre. Je dois dire que la prévisible bande annonce de Tree of Life a été pour moi une bonne occasion de rire.

Admettons que La Ligne Rouge avait quelques qualités défendables. Je veux bien concéder aux thuriféraires - un mot un peu pédant mais qui, on le verra, s'applique particulièrement bien ici - de Malick que si la voix off était retirée, je pourrais le trouver un peu rasoir par moment, mais quand même regardable. Le Nouveau Monde, c'était plus gênant. Déjà parce que c'était difficile ne pas rigoler en entendant une philosophie hippie tendance rousseauiste annonée (en voix off bien sûr) par Colin Farell alors qu'il se promène dans une forêt aux abords d'un camps indien en costume du XVIIe siècle. Il y a différentes sortes de kitsch, volontaire, involontaire, visuel, auditif, celui de Malick c'est le kitsch philosophique. Si ce n'était pas un cinéaste révéré et primé, on appellerait juste ça de la bullshit New Age. Mais Malick est une icône, donc on se contente d'adorer respectueusement et d'appeler ça un chef d'œuvre. Admettons. Je ne nie pas que les deux films sont jolis. Pas beaux, notez bien, mais jolis, pas offensant, décoratifs, avec des plans qui donnent de belles photos encadrées, qui marchent mieux que le film lui-même vu que le découpage de Malick, bien que correct, n'a rien de particulièrement inventif.

Mais pour Tree of Life, je n'arrive pas à trouver la moindre excuse, pas de qualité rédemptrice, pas même celle de faire marrer (sauf la bande annonce, comme mentionné plus haut). Ce n'est pas juste un film un peu ridicule, encombré par des préoccupations pseudo-spirituelle sur la sauvagerie humaine et la beauté du monde délivrés par une voix-off persuadée de l'intelligence du propos, vu que la voix off y est – presque – absente. Cette fois, le discours pseudo philosophique est délivré plus directement, par la structure. Tant mieux me direz vous c'est plutôt rassurant. Le problème, c'est que j'ai du mal à dépasser le fait que propos est inepte et la structure manipulatrice. Le plan catalogue n'aide pas, pas plus que le côté "collection d'instants kodaks". Trop facile. L'apposition thématique de souvenirs d'enfance, que certains mauvais esprits (ils se reconnaîtront) ont comparé aux pubs Herta, me rappelle d'ailleurs une certaine tendance du cinéma européen à filmer n'importe quoi et à tenter de faire fonctionner le tout au montage (sauf que Malick produit des images plus jolies et dispose de meilleurs comédiens). J'espérais un peu le cinéma américain vacciné contre cette imbécilité. J'avais tort. Et donc, voilà le procédé pour scénariste-réalisateur paresseux dans toute sa gloire : ne pas raconter, se contenter de mettre des scènes les unes à côté des autres et de temps en temps lâcher une phrase en voix off (pas trop, après ça se voit) qui essaye de lier le tout pour que le spectateur se dise que c'est trop la vérité de la vie vue par les yeux d'un auteur auteurisant.

En plus des scènes de l'enfance de son protagoniste (bon on va pas y aller par quatre chemins, on sait qu'il parle de lui-même) Malick y adjoint des séquences qui vous mettent franchement mal à l'aise, lorsqu'en réponse à la douleur de sa mère qui se demande la raison pour laquelle Dieu a pris la vie de son enfant – le frère de Terence, donc – il nous montre le Big Bang, la formation de la Terre, les dinosaures, dans un montage de plans CGI parfois jolis mais, comme me l'a fait remarquer mon copain David Sarrio, pas toujours convaincants (comparés à ce que proposent les documentaires de la BBC sur le sujet) et accompagné d'un lacrimosa de Zbiegnew Priesner (tiré de Requiem for a Friend, je crois) qui place clairement l'ambition religieuse du propos pour ceux qui l'auraient manquée. Il semble qu'on doive en tirer la conclusion que la tragédie individuelle trouve son sens dans l'acceptation de notre insignifiance.

Et si vous vous dites "non tu dois te tromper, il a juste choisi une belle musique l'aspect religieux est secondaire",  je vous renvoie au reste du film et à la symbolique du soleil sur laquelle Malick place sans trop de subtilité le même flare (vous savez ces aberrations provoquée par les objectifs quand on filme la lumière et qu'on peut rajouter aujourd'hui à un film grâce à After Effect en deux clics de souris) sur tous les plans où il apparait, flare qui fait ressembler le soleil aux représentations traditionnelles de la lumière divine (regardez n'importe quelle illustration de la lumière qui entoure la colombe de l'esprit saint), histoire qu'on ne manque pas l'équation univers=Dieu. 

Et pour ceux qui seraient encore hésitant, on leur rappellera qu'à la fin, Terence Malick (joué par Sean Penn) passe les portes de la mort, se retrouve au Paradis (un Eden visuellement moins naïf que des illustrations distribuées par les témoins de Jehovah, mais proche dans l'esprit), où il est réuni avec sa famille. Et sa mère retrouve finalement son frère avant de dire à deux anges dans une scène d'extase "je vous donne mon fils", acceptant enfin la mort de son fils comme faisant partie de l'ordre des choses.

Et là, j'ai eu un peu envie de vomir. Au début du film, une idiote vient dire à cette femme le genre de banalité qu'on dit à un parent qui vient de perdre son enfant quand on manque d'empathie et de perspective sur l'être humain, genre "tu as deux autres enfants, pense à eux", "seul Dieu peut t'aider " etc. Et le spectateur se dit "Quel boulet, celle-là". Sauf que Malick, lui, passe tout le film à prouver qu'au fond elle a raison ; pour lui, cette grenouille de bénitier étroite d'esprit est la voix de la sagesse. Le film nous martèle que pour se remettre d'une tragédie et lui donner un sens, la seule consolation se trouve en Dieu (ou le nom que vous donnez à la même idée) et que l'existence trouve sa signification et sa résolution dans l'après-vie, qui justifie et nivèle tout. Je dois dire que ça me glace un peu les sangs comme idée.

J'en rajouterai une couche en mentionnant un détail qui semble avoir échappé à pas mal de critiques. Cette fin sur la plage (plage des origines, bien sûr, très proche de ce que l'on voit dans les scènes de création du monde) est montée en parallèle avec de courtes scènes d'une Terre où la vie n'est plus possible, orbitant autour d'un soleil devenu géant. Soit, et tout cela est accompagnée par l'Agnus Dei du Requiem de Berlioz. Encore un requiem, comme au début, oui mais cette fois ce n'est pas un lacrimosa et c'est donc très différent.

Explication : le lacrimosa, dernière strophe du poème apocalyptique Dies Irae, exprime la souffrance et la culpabilité du pêcheur au jugement dernier. Donc ici, la création du monde, s'accompagne de douleur, de culpabilité ; en clair, le monde est une disruption, ce qui reviendra plus tard dans la bouche de l'enfant Terence Malick qui dit de son père "Pourquoi es-tu né ?" en clair : "tu ne devrais pas exister, et donc moi non plus. Le monde sensible physique est une aberration et son arrivée a perturbé la fusion absolue que je projette dans le néant qui précédait mon existence" (je n'ai pas dit que cela faisait sens, mais l'idée ici, c'est que la naissance physique du monde est en soit une douleur et une chute, et que les choses iraient mieux si cela n'avait pas eu lieu. On peut y reconnaître un sentiment religieux très ancien).

En revanche l'Agnus Dei (et particulièrement celui de Berlioz) est un moment d'allégresse. Une sublimation de la mort une expression de la paix éternelle accordée après la mort. Donc dans la mort et la fin du monde se trouve la paix que l'existence nous refuse. Comprenez-vous mieux pourquoi je trouve le propos de ce film inepte ? 

Je ne critique pas le besoin de trouver un sens d'une tragédie personnelle et je n'irais certainement pas voir un croyant en lui disant qu'il a tort s'il adhère aux même croyances que Terence Malick, à savoir que la violence et l'injustice de la condition humaine peuvent être résorbées dans la croyance en un monde meilleur où nous fusionneront dans l'amour divin… Mais je demande aussi qu'on respecte mon intelligence, et qu'on ne me déverse pas de force un propos aussi éculé sous une forme nouvelle en faisant comme si de rien n'était. Croire, ce n'est pas être forcément prosélyte. Or Malick passe le cap. Un prosélytisme intelligent, mais un prosélytisme quand même. Pour Malick, au final, l'Univers est tout, l'Univers nous dépasse, nous devons nous émerveiller de la Grâce qu'il nous accorde et accepter la violence de la Nature, après notre mort l'Univers nous ressuscitera et nous rassemblera avec ceux que nous aimons, et nous leur pardonneront le mal qu'ils nous ont fait avant de fusionner au sein de l'Univers. L'Univers… c'est à dire qui vous savez, hein (clin d'œil appuyé)…

Une amie me disait au moment de la sortie du film que Malick semble à la fin déresponsabiliser son père abusif, parce que, "bah ! c'est pas sa faute, il est juste une incarnation de la Nature". Elle a raison. Cependant, à ce stade, on peut pas croire que Malick soit un tant soit peu existentialiste, et la responsabilité ne semble pas le préoccuper du moment que la fusion en Dieu est possible… Nous bassiner deux heures quinze avec un propos d'une telle vacuité en revanche, c'est moins pardonnable. Le curé de la paroisse où j'ai grandi le faisait avec moins de prétention dans ses sermons et ça prenait seulement un quart d'heure. Si, pendant ce temps-là, on voulait regarder la lumière qui fait des trucs bizarres, il y avait les vitraux pour ça. Ajoutez un dinosaure et on était dans un film de Malick.

 

****


Pour ceux qui passerez dans ce blog, notez qu'il n'y a dans cet article aucun désir de gâcher votre plaisir, de vous empêcher d'aimer Terence Malick, et encore moins d'en débattre. Je veux juste que s'exprime une voix dissonante, vu la tartine de bonne critique qui existe déjà. Donc tout commentaire qui tentera de me prouver que Malick est un génie sera ignoré et effacé. Les admirateurs de Malick ont assez de tribune libre et de place pour s'exprimer ailleurs, des inrocks à Libé pour que je puisse refuser de leur accorder un droit de réponse sur mon blog. Si vous voulez répondre, faites-le sur votre propre blog. 

Parfois, j'ai l'impression que la seule raison pour laquelle Terence Malick est encensé par les critiques de tous bords, y compris ceux qui défendent le cinéma de genre, c'est que la mort de Kubrick les a mis en deuil et qu'il n'arrive pas à combler le trou qu'il a laissé dans le cinéma mondial. Je comprends. Vous avez besoin de Malick pour des raisons qui n'ont pas complètement à voir avec la qualité de ses films récents, mais à cause d'un problème symbolique lié à une difficulté à faire le deuil du père. Si c'est votre cas, pas de problème, ne vous préoccupez pas de cet article et faites comme si je n'avais rien dit.

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30 juillet 2011 6 30 /07 /juillet /2011 07:00

SUPER-Rainn-posters-smaller.jpeg

Super de James Gunn est un excellent film. Et pourtant, son approche violente, originale, parfois drôle mais dénuée de glamour du super-héros, lui a valu le refus pur et simple des distributeurs français. Honte sur eux ! En clair, un super-héros peut frapper et tuer autant d'adversaires qu'il veut, mais il ne faut pas que cette violence ait de conséquences qui ressemblent un tant soit peu à la réalité. La violence du genre peut être jolie à regarder, mais pas choquante. Voilà qui s'appelle purement et simplement de l'hypocrisie. Super, il me semble, aurait pourtant pu trouver son public dans notre pays…

Super n'est pas une adaptation de comic books, plutôt une version déguisée de Don Quichotte (au passage, le Sancho Panza du film est une pure trouvaille). Le film n'avait donc pas vocation à prendre la place de Captain America au box-office, cependant lui retirer toute chance d'être découvert au cinéma prouve la déchéance des distributeurs en France, un pays où les films de genre atypiques et intelligents venus des USA étaient autrefois montrés dans les salles, même quand ils n'avaient pas cartonné dans leur pays d'origine.

Enfin… passons sur ce triste constat pour parler un peu du film.

Si, dans la réalité, un type décidait de devenir un super-héro et parvenait à ses fins, il ressemblerait probablement à Rainn Wilson dans Super, cest à dire un gars plus qu'à moitié schizo, solitaire et dépressif.  Si James Gunn, réalisateur du jouissif Slither, ne glorifie d'ailleurs pas son personnage (sauf dans un plan semi-iconique, rapidement évacué par la violence absurde qui suit), il montre en revanche une vraie compassion pour lui. Evitant l'écueil du ricanement (qui est exactement la raison pour laquelle le roman de Cervantès déçoit et se montre inférieur au mythe qu'il a créé), le film ne donne pas non plus de leçon de morale, mais suit jusqu'au bout les conséquences tragiques de sa croisade absurde, douloureuse et psychorigide, contre le crime.

Super est un film de super-héros ancré dans la réalité, traversé d'une réelle humanité (le side-kick du "méchant" ne dit que trois mots dans le film mais un plan sur son regard le rend soudain plus humain que le personnage de Mickey Rourke dans le dernier Iron Man).  Il n'y a donc pas lieu de s'étonner que les scènes de violence montrent des êtres de chair et de sang (littéralement), c'est juste cohérent avec le projet. Le rire qui fuse parfois, cruel et drôle, me semble aujourd'hui aussi subversif – mais respectueux envers le genre abordé – que celui que provoquent à l'occasion les westerns de Sergio Leone. Super flirte peut-être avec la comédie, mais sans jamais vraiment chercher à la mettre dans son lit.

Malgré tout le bien que j'en pense, Super n'est probablement pas le film qui dynamitera le film de super-héros, simplement parce que le temps de le faire n'est pas encore venu. En revanche, il se classe pour moi parmi les très grandes réussites du genre.

 

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13 juillet 2011 3 13 /07 /juillet /2011 17:58

Au revoir Dogs--Goodbye les chiens / Director David Sarrio / english subtitles / Tarantino contest : Best of category from DAVID SARRIO DIRECTOR on Vimeo.

 

Quand David Sarrio m'a appelé pour me dire qu'il avait le projet de faire (en catastrophe) un court-métrage en hommage à Tarantino pour Canal+ (on était hors concours, puisque le film a été produit par quelqu'un de la chaîne), et que je lui ai pitché l'idée de base de ce film, je ne pensais pas que je verrais le montage final quasiment trois semaines plus tard.

 

Le scénario a été écrit par votre serviteur en deux heures, a été réalisé par David en une journée et fut monté en quelques jours. Hormis les sous-titres anglais pas très pros, le résultat final me paraît ne pas refléter la frénésie avec laquelle il a été produit !

 

Il y a même déjà une critique, voir ici.

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