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Articles Par Mois

14 novembre 2014 5 14 /11 /novembre /2014 07:11

PinkFloydWallCoverOriginalNoTextEn 1995, une étude en deux parties fut menée par Westby & Dawson pour mieux comprendre si la créativité était un atout ou un obstacle lors de la scolarité. De précédentes études publiées aux USA suggéraient que les professeurs favorisaient généralement des traits de personnalité difficilement compatibles avec la créativité (en particulier l'acceptation inconditionnelle de l'autorité et le conformisme), mais ici, les auteurs voulaient comprendre comment les caractéristiques de la créativité étaient perçues par les enseignants.

 

La première partie de l'étude consistait à demander à des enseignants d'école primaire d'associer leur élève favori, ainsi que celui ou celle qu'ils appréciaient le moins, à des caractéristiques neutres ou positives 

 

10 de ces caractéristiques correspondaient à des traits de caractère associés massivement par des études précédentes aux individus créatifs (et puisqu'un chercheur précédent avait montré que les caractéristiques des personnalités créatives changent avec l'âge, ce fut aussi pris en compte dans l'étude).

 

10 autres correspondaient à des traits qu'on trouve rarement ou pas du tout chez les individus créatifs. 

 

La réponse fut à 95% en accord avec les études précédentes sur le sujet :  il y avait bien un rapport entre les élèves les plus appréciés et les caractéristiques incompatibles avec la créativité.

 

Mais plus important : dans la moyenne finale, les dix premières caractéristiques associées aux élèves les moins appréciés recoupait exactement les caractéristiques associées aux personnalités créatives. 

 

La deuxième partie de l'étude explorait le décalage entre la volonté déclarée des professeurs à promouvoir la créativité et le résultat de la première partie. Ici, la procédure consista à demander aux enseignants de noter les caractéristiques utilisées dans la première étude sur une échelle de 1 à 9, 1 signifiant "Aucune chance que ce soit un trait de personnalité d'enfant créatif" et 9 "L'enfant qui possède ce trait est un futur Alexandre Astier". Ou quelque chose du genre.

 

Et le résultat fut non moins spectaculaire :  parmi les caractéristiques que les professeurs associaient le moins à la créativité se trouvaient la capacité de changer les règles en fonction des circonstances, l'impulsivité (qui aux USA n'est pas vue uniquement comme problème quasi-psychiatrique, mais comme la capacité fonctionnelle ou dysfonctionnelle de prendre une décision immédiate), le fait d'être émotif, non conformiste, de vouloir expérimenter seul quand on crée quelque chose de nouveau, de ne pas connaître ses limitations et de vouloir tenter ce que d'autres jugent impossible. Or ce sont, à peu de choses près, les caractéristiques essentielles de la créativité.


Parmi les traits jugés par les enseignants comme caractéristiques de la créativité, on trouvait la gentillesse, la responsabilité, la fiabilité, la sincérité, la reconnaissance. Malheureusement, il est à peu près démontré que les jeunes individus (et c'est vrai aussi pour beaucoup de moins jeunes) particulièrement créatifs ne sont quasiment jamais perçus par leur entourage comme ayant ces qualités (il est important de mettre ici l'emphase sur le mot "perçu").

 

En fait, non seulement les enseignants étaient globalement incapables de reconnaître les caractéristiques les plus courantes de la créativité chez les enfants, mais en plus, selon leur propre évaluation précédente, dans la grande majorité des réponses, les caractéristiques qu'ils jugeaient les plus créatives ne correspondaient pas du tout à celles qu'ils estimaient présentes chez leurs élèves favoris.

 

Ces enseignants, comme beaucoup de nos contemporains (dont certains que j'ai rencontré dans des métiers dits créatifs) ont objectivement une vision négative des caractéristiques de la créativité : capacité à changer les règles, non conformisme, refus de l'autorité, improvisation, impulsivité, prise de risque, dédain pour les conventions sociales… 

 

Les auteurs de l'étude rappellent dans la conclusion de leur publication qu'un certain nombre d'études montrent que les individus créatifs ont absolument besoin d'un environnement qui leur renvoie une image positive pour se développer. Ça peut sembler paradoxal parce que les individus créatifs n'accordent pas d'importance au fait d'être vu comme gentils ou fiables, mais ça n'est pas incompatible avec le fait d'avoir un besoin inexpugnable d'être appréciés pour leurs qualités réelles. Dans l'état, ce besoin ne peut être comblé qu'accidentellement (grâce à un professeur ou un parent atypique) lors d'un parcours scolaire occidental classique.

 

Les données manquent pour savoir si une étude similaire menée en France donnerait les mêmes résultats, mais, si je me base sur mon expérience et donc sans en avoir la preuve scientifique, je pense qu'on est a priori pas mieux loti. Il existe bien sûr des études sur la créativité dans nos contrées, mais elles se préoccupent souvent de chercher le moyen de  développer une créativité qu'on jugera "performante" au sein d'un système scolaire qui accorde une importance cruciale à l'évaluation et à l'hégémonie d'un programme centralisé dans le but d'une sélection ultérieure et d'établissement d'une norme culturelle. Or développer de façon systématique et normalisée la créativité, selon des critères et des méthodes similaires à ceux des programmes scolaires actuels ou passés, est impossible : les évaluations fondées sur des critères préétablis étant par définition peu adéquats lorsque l'on veut savoir si quelque chose de nouveau mais pertinent est produit. Viser à former des esprits créatifs "performants" est absurde. 

 

En soi, cette incompréhension profonde des pédagogues français envers les caractéristiques et besoins des personnalités créatives apporte une réponse sur la direction probable de ses choix éducatifs dans un proche futur : la créativité n'aura pas avant longtemps une place de choix dans les programmes de l'éducation nationale, et ne sera probablement pas non plus une qualité nécessaire pour nos élites… Pourtant, peu de nos contemporains contesteraient le principe selon lequel la créativité semble importante pour espérer régler nos problèmes divers… et que c'est à peu près la dernière qualité qui vient à l'esprit quand on pense à ceux qui nous gouvernent.

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11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 08:25

Le dernier post de ce blog semble avoir eu quelques échos pour pas mal de scénaristes. Nous sommes beaucoup à nous indigner du système des concours. Mais comme rien n'est unanime, il y a toujours des gens (professionels ou pas) qui ne comprennent pas ce qui nous pose problème (ou alors ils font semblant).


On entend plusieurs arguments qui reviennent. Les trois plus fréquents (et, à la réflexion, les seuls) sont les suivants :


  • C'est normal de prendre des risques, vous êtes des artistes. Vous ne voudriez tout de même pas devenir des fonctionnaires.
     
  • C'est quoi le problème ? C'est comme un appel d'offre pour la publicité ou les architectes (argument que nous avait sorti aussi une productrice, ici).
     
  • S'il y a des scénaristes pour le faire, c'est que ça doit avoir ses avantages.

 

Je vais tenter de répondre à chacun de ces arguments.

 

  • Oui c'est normal de prendre des risques quand on est artiste, et ne vous y trompez pas : quand on fait ce métier, on ne demande pas à être rémunéré à chaque fois qu'on a eu idée et qu'on rédige quelque chose… sauf si c'est à la demande de quelqu'un d'autre. Ça semble tomber sous le sens mais quand on travaille pour une commande, on estime évident d'être payé. Un peu comme un plombier. Quand il répare une fuite chez lui, il ne demande pas d'argent en retour, mais si c'est vous qui le faites venir, ce malotru s'attend à être rémunéré au lieu de travailler pour l'amour de l'art.

    Quand on participe à un concours de scénario, par principe, on peut être beaucoup à plancher sur le même sujet, mais un seul sera choisi (de façon opaque donc autant dire, tiré au sort). Si 100 scénaristes travaillent chacun de leur côté, alors on a une chance sur 100 d'être rémunéré pour un travail de commande. C'est peu. Imaginez que ça fonctionne comme ça dans votre métier et vous comprendrez que ce n'est pas tenable. Ecrire un scénario, ou une bible de série en spec (c'est à dire de son côté, en espérant le vendre un jour), c'est un risque calculé. Le travail pourra être présenté dans plusieurs boites de production et, même s'il n'est pas vendu, il peut attirer l'œil de quelqu'un pour être engagé sur un autre projet. Alors qu'un concours avec thème imposé n'est généralement pas recyclable en dehors de celui qui le demande (il n'y a pas forcément beaucoup de place pour quinze web-séries comiques ayant pour thème l'uchronie).

    Donc prendre des risques c'est pas le problème… Dire au scénariste – qui n'a déjà pas de statut réel, pas vraiment de fiche de paye et aucune sécurité d'emploi– qu'il devrait accepter de prendre encore plus de risque pour gagner sa vie en faisant des concours, ce serait un peu comme de dire à un cascadeur qu'il est un peu geignard s'il refuse de se verser un bidon d'essence directement dans les cheveux pour faire la torche humaine…

    Et puis de toutes façon, être fonctionnaire, c'est pas honteux. C'est juste que c'est pas adapté à notre métier.
     
  • Dans le cas d'un appel d'offre, les architectes ou les publicitaires travaillent la plupart du temps au sein d'un cabinet ou d'une agence qui les rémunère pour leur temps passé même si le travail n'est pas retenu. Et sinon, au moins pour les architectes, ceux qui sont refusés lors d'un appel d'offre sont indemnisés. Surtout, les concours pour un appel d'offre se font sous l'égide d'un jury et des critères précis encadrés par la loi (Code des Marchés Publics), avec une obligation de transparence, ce qui n'est absolument pas le cas ici. Les critères de décisions ainsi que le processus est tout à fait opaque et n'est soumis à aucun règlement.
     
  • Les scénaristes qui participent à ces concours peuvent avoir beaucoup de motivations : ils sont débutants, ils sont désespérés, ils sont compétitifs, peu importe. Le problème n'est pas là. Le problème, c'est que ceux qui y participent sont soit naïfs (et il ne le resteront pas longtemps quand ils comprendront qu'on les a fait travailler pour rien) soit prêts à tout (et ça devrait faire réfléchir le commanditaire). Parce que quand on est prêt à tout, on ne se sent pas forcément obligé de suivre les règles. Et le scénario que vous avez choisi pourrait fort bien être un plagiat éhonté qui vous vaudra un joli procès. Après, vous faites comme vous voulez…

 

Cela étant dit, le mot est passé sur facebook et ailleurs, ou une collègue a émis l'idée de leur envoyer des projets bidons pour pourrir leur concours. Je leur ai envoyé le rapport Chevalier (que vous pouvez télécharger ici) en pdf, avec un pitch qui devrait leur plaire : celui d'une uchronie où la télé française paye les scénaristes correctement, même pour le contenu web…

Et ils ont fini par me répondre.


Bonjour,

Nous avons reçu votre mail concernant l’appel à projets « Uchronie ».

Nous n’avons jamais eu l’intention d’utiliser gratuitement vos talents, bien au contraire nous sommes très respectueux des auteurs.

Pour cet appel à projets, comme pour le précédent, nous étudierons toutes les propositions, qu’elles tiennent sur deux feuillets ou qu’elles soient présentées sous forme de dossiers plus complets, comme ceux que nous avons l’habitude de recevoir.

Sachez aussi que les projets retenus feront l’objet d’une convention de développement aux nouvelles écritures.

Bien à vous

Catherine Mügler

Coordination des projets

Direction des Nouvelles Ecritures et du Transmédia France Télévisions

 

Sympa, non ?

 

Je ne comprends pas bien, Catherine (je me permets de vous appeler par votre prénom), vous étudierez toutes les propositions, mais il faut a minima faire la Bible, l'arche d'une première saison et quelques épisodes dialogués ?

 

Sauf que les termes du concours ont à présent été changés (et le mail au dessus vise à nous faire croire que nous avons rêvé. Dommage pour vous, rien n'est vraiment effacé sur internet…).

 

A présent, l'appel à projet est beaucoup plus laconique…

 

Ceci :

 

"Les dossiers, comprenant à minima le concept, la bible des personnages, l’arche d’une première saison et quelques épisodes dialogués, doivent être adressés via le formulaire ci-dessous."

 

a été remplacé par :

 

Les dossiers doivent être adressés via le formulaire ci-dessous.

 

Bel effort, chère Catherine, ça veut dire que vous avez senti qu'il y avait un petit problème, mais sur le fond ça ne change rien. Au minimum, cela démontre juste qu'on est dans l'arbitraire le plus total et que ce fameux concours n'a aucun règlement, aucun cadre, sinon le bon plaisir du roi… enfin de France télévision. Pas très rassurant, pour entamer une collaboration.

 

Et ça signifie donc :

 

  1. Que vous ne respectez pas les auteurs puisque vous refusez de faire l'effort de chercher de nouveaux talents selon une procédure qui vous permettrait de ne pas exploiter tous ceux qui vous répondront mais que vous n'engagerez pas. (Il y a quand même moyen de trouver des talents comiques nouveau sur le web, c'est pas ce qui manque…)
  2. Que vous ne respectez pas assez votre propre web-série pour lui donner les meilleures chances d'être excellentes, et donc de commencer son développement sur une base saine en travaillant avec un auteur que vous avez choisi parce que vous connaissez et aimez son travail particulier et non parce qu'il a montré qu'il était prêt à faire n'importe quoi pour y arriver, ce qui permettrait d'amorcer ainsi le développement de la série selon un processus d'échange vertueux, créatif et ouvert qui permettra à votre série d'être unique et merveilleuse.

Mais en même temps, ce n'est peut-être pas votre but…

 

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16 mars 2012 5 16 /03 /mars /2012 13:25

Scénaristes et réalisateurs, vous pouvez copier coller ce modèle de note d'intention qui sera valable dans bien des occasions. En espérant vous avoir été utile.

Chers esprits éclairés qui demandez une note d'intention,


Mon intention est de faire un bon film.

En même temps, à ce stade, le scénario n'est pas fini (variante : le scénario est fini, mais les comédiens et le plan de tournage n'ont pas encore été décidés), donc il va m'être difficile de vous convaincre raisonnablement, parce que je ne suis pas tout à fait sûr qu'un film repose tant sur des intentions éthérées que sur un savoir faire, de l'intuition, de la passion et surtout du travail.

Vous voulez que je vous dise ce que seront mes intentions artistiques, mais celles-ci ne deviendront claires qu'en travaillant la matière pendant des semaines, parfois des mois ou des années. A ce stade, tout ce que vous allez obtenir, c'est que je vais m'astiquer les neurones pour sortir une bafouille vaguement cohérente dans l'idée de vous rassurer sur le fait que le projet que vous allez financer est né dans l'esprit un vrai artiste, avec des intentions élevées et une sensibilité originale…
 bref, disons-le carrément : habité par le mystérieux génie qui fait de l'artiste une personnalité hors du commun (même si, modestie oblige, je n'en crois pas un mot). 


Peut-être me demandez-vous une note d'intention sur un scénario rédigé, ou une première version avant réécriture. Mais dans ce cas, le problème se pose : pourquoi suis-je censé expliquer les intentions d'un scénario qui m'a demandé des mois de travail et rendre trivial le travail de transposition qui m'a été nécessaire ? En fait, pourquoi ai-je pris la peine d'écrire ce scénario si c'est pour expliquer ensuite ce que je voulais faire ou pourquoi le sujet m'intéressait (d'autant que cette question n'a pas forcément de réponse rationnelle) ? Vous est-il donc impossible de lire un scénario et d'en comprendre tout seul le projet ou l'intérêt ? Cela m'inquiète fortement quant à vos capacités pour simplement juger la pertinence de mon travail. Il me semble pourtant que vous devriez être formé à lire les scénarios si votre fonction est de financer le cinéma…

Réfléchissez un instant à ce que veux dire "note d'intention" pour un artiste qui prend son travail au sérieux, et mettez vous un peu à notre place, si c'est possible. 


On est tous d'accord, un film, pour être réussi, doit comporter un thème fort. Il faut que son scénario veuille dire quelque chose, que ce thème soit compris et magnifié par la mise en scène…mais si ce ce quelque chose pouvait être dit simplement dans une note d'intention de deux pages avant de commencer le vrai travail, il n'y aurait pas besoin de passer tous ces longs mois à y réfléchir. Comme disait Picasso "Si l'on sait exactement ce qu'on va faire, à quoi bon le faire ?"


Par ailleurs, vous devriez savoir que le processus de création a besoin au départ d'être intuitif, et ce que vous demandez ici, c'est de transformer, à un stade où ce n'est pas nécessaire pour le travail lui-même, un processus intuitif en exercice purement rationnel
. Cela démontre peut-être de votre part une méconnaissance totale des processus créatif et auquel cas je suis heureux de vous apprendre à quel point c'est intrusif et démotivant. L'autre possibilité, c'est que vous vous fichiez complètement des perturbations que cela produit. Évidemment, l'influence de la note d'intention sur un processus créatif délicat n'est peut-être pas votre problème, du moment qu'avec elle, vous couvrez vos arrières et vous avez mis les petites croix dans les carrés, mais cela ferait de vous des bureaucrates à l'esprit étriqué qui essayent d'exercer un contrôle sur ce qu'ils ne comprennent pas, et je me refuse à croire une chose pareille.

Imaginer que la note d'intention n'a pas d'influence sur le résultat d'un film serait naïf. Cela engendre les films barbants et scolaires que nous voyons fleurir si souvent en France, parce que leurs auteurs, barbants et scolaires, ont été favorisés dès le début du processus de création. On ne vous remercie pas.

L'autre effet de la note d'intention est de renforcer le préjugé selon lequel les intentions préalables de l'artiste sont le principal facteur déterminant le résultat de son travail. Ce qui renforce l'idée contre-productive qu'un vrai artiste ne saurait s'adapter à son sujet et découvrir ce que celui-ci recèle. Un système qui favorise l'idée que le "génie" de l'artiste doit être si grand qu'il n'a pas besoin, pour s'exercer, de se confronter à la réalité du processus de fabrication, ne me semble pas développer la variété créative, ni l'originalité, qui naît souvent de circonstances inattendues… Et laissez-moi vous le dire, ce n'est pas avec un exercice comme la note d'intention qu'on va améliorer la situation.


A part ça, il fait beau chez moi. J'espère que tout va bien pour vous et votre famille. A propos, j'imagine qu'avant de faire un enfant (si tel est le cas) vous avez bien pensé à rédiger une note d'intention en une ou deux pages expliquant pourquoi vous alliez le faire, à qui il ressemblera, et ce que seront ses points forts ou ses centres d'intérêts. Il faut être cohérent, dans la vie.

Bonjour chez vous.



http://1.bp.blogspot.com/_lUu92QY0YZo/S48Oqe7iemI/AAAAAAAAAI4/yFNOHu4O4kA/s400/mcgoohan04b.jpg

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5 août 2011 5 05 /08 /août /2011 00:53

Ce n'est pas nouveau. Chaque fois ou presque qu'un individu isolé se rend coupable un acte violent et incompréhensible, on blâme l'imaginaire. Il y a presque 20 ans, lors de l'affaire des profanations de Carpentras (où le Jeu de Rôle avait été accusé, entre autre par un journaliste du Monde, d'être en partie responsable - sur la foi de rumeurs infondées), j'avais écrit un article sur le sujet pour dénoncer le climat ambiant. Des conventions de Jeu de Rôle avaient été annulées (pas sous ce prétexte direct, mais des subventions avaient été retirées sans prévenir), et des braves gens avaient manifestés lors d'un tournoi et avaient traités les rôlistes qui s'y rendaient d'"assassins" (pas à cause de Carpentras, j'imagine, mais à cause d'émissions sensationalistes qui avaient servi de marchepied pour un psychiatre à l'honnêteté intellectuelle douteuse, le docteur Abgrall, qui courait les plateaux en tentant à bon compte de se faire de la pub et une réputation d'expert et prétendait que le JdR était la cause de nombreux suicides adolescents - c'était évidemment faux).

Dans cet article, j'avais relaté entre autre l'aventure des sinistres frères Muchenbeld qui prétendaient avoir été influencé par leur jeu de rôle favori lorsqu'ils avaient violés et assassinés leur cousine. De quoi alimenter la polémique, me direz vous. Sauf que l'affaire Muchenbeld s'est déroulé en 1886 et que le jeu de rôle en question (qu'ils n'appelaient pas ainsi) était dérivé de la lecture du Dernier des Mohicans. Le journaliste de l'Univers Illustré de l'époque, moins bête que certains de ses successeurs, précisait cependant que la lecture des romans en général et de Fenimore Cooper en particulier pouvait être recommandé aux adolescents (y compris aux jeunes filles, précisait-il tout de même – que voulez-vous il était de son temps).

Au passage, l'article fut refusé par Libération et finit par être publié dans Apsara, un fanzine de Jeu de Rôle. J'était réticent au début, parce que je ne voyait pas l'intérêt de ne convaincre que les convaincus, mais je finis par accepter en m'apercevant que les rôlistes eux-mêmes n'étaient pas tous persuadés de leur propre innocence (c'est dire la confusion qui régnait à l'époque).

Plus tard, à l'époque où j'écrivais sur les séries télés, j'ai lu le rapport Kriegel sur la télévision qui, malgré la réputation de son auteur, manquait quelque peu de rigueur en citant sans précaution une quantité astronomique d'études au protocole assez douteux, à charge contre la violence dans la fiction, (il y en avait à décharge, mais très peu en comparaison). C'est d'ailleurs pourquoi un article récent comme celui de l'Express fait plaisir à lire et remet les pendules à l'heure sur ce point.

Si vous voulez mon avis, (d'ailleurs même si vous n'en voulez pas – c'est mon blog, donc je le donne quand même) le fait que les jeux vidéos, les jeux de rôles, le Heavy Métal ou les films soient régulièrement blâmés dans la hâte, avant qu'on s'aperçoive qu'ils n'avaient rien à voir (Columbine, Carpentras, chaque fait divers impliquant une violence d'adolescents, et évidemment l'attentat perpétré par Anders Behring Breivik en Norvège) pourrait bien avoir ses racines dans une peur obscurantiste et platonicienne de l'imaginaire. Dis comme ça, ça fait un peu péremptoire, j'avoue. Je vais essayer d'étayer…

Obscurantiste, parce que les Eglises monothéistes ont toujours vu d'un mauvais œil la représentation, et surtout la fiction. La raison semble évidente : si des "amuseurs" peuvent produire une fiction crédible, capable d'absorber les foules et de les transporter, est-ce que cela ne risque pas de faire naître chez les fidèles le soupçon que les livres sacrés ne sont eux-même que des fictions ? Ou pire encore, est-ce que lesdits récits sacrés ne pâliront pas en comparaison de la fiction, avec leur "deus ex machina" qui résout trop souvent l'intrigue par un miracle au lieu de laisser les protagonistes triompher à l'aide de leurs seules ressources intérieures ?

Platonicienne, parce que Platon estimait qu'il fallait proscrire de la cité idéale tout ce qui n'était pas le vrai et que les poètes devaient donc en être chassé. Nous pouvons tous être soulagé de savoir que le grand Platon, comme chacun de nous, a parfois dit des idioties. Tout de même, le fait qu'il ne voie dans la fiction de son temps qu'une imitation dégradée et mensongère du réel nous en dit plus sur ses limites propres que sur celles de la fiction.

Ce dernier siècle, l'imaginaire dans notre pays a souvent été pris en étau entre ces deux traditions. Il faut dire que Platon a conservé un certain crédit chez les intellectuels de gauche (on retrouve la trace des théories Platoniciennes sur le réel et l'imitation chez Barthes, Debord, ou même Sartre, et sans aller dans ces hautes sphères intellectuelles, les idéologues de tous poils se sont toujours senti plus proche du monde des idées que des Terres du Milieu), alors que l'obscurantisme religieux a imprimé sa marque chez une bonne partie des conservateurs. Attention, je ne dis pas pour autant que l'imaginaire est centriste (ou d'une quelconque obédience politique d'ailleurs)… Je dis juste que le combat contre l'imaginaire fut en grande partie lié aux querelles politiques du XXe siècle et que la polarisation idéologique n'est pas le meilleur moyen pour profiter de la fiction. Il ne restait donc entre ses deux attitudes (qui parfois même se mélangent) qu'un mince filet de voix qui peinait à se faire entendre. Les historiens du futurs seront amusées de découvrir qu'à cette occasion, la voix de la fantaisie la plus échevelée était peut-être aussi celle de la raison. 

Mais revenons à notre sujet : la prochaine fois que surviendra quelque part dans le monde une tragédie qui défie la raison et l'explication, il faudra bien trouver un nouveau coupable parce que World of Warcraft, Grand Theft Auto III ou Counter Strike, ça commence à sentir le réchauffé, d'autant que ça ne tient jamais à l'examen attentif (sans parler du fait que certains commencent à être assez obsolètes). Je propose de les remplacer à l'avenir par un jeu super violent, addictif, mais assez répandu pour qu'on s'en inquiète.

Par exemple, Angry birds.

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18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 15:26

Je sais qu'après avoir dit que je reprendrais le blog, je n'ai pas vraiment fait preuve d'une régularité digne des chemins de fer anglais pré-Tatchériens, mais j'ai un certain nombre d'excuses.

Par exemple : "Le chien a mangé mon blog." "J'ai oublié le blog à la maison." "Je ne savais pas que c'était pour aujourd'hui."

Ou aussi, plus simplement, "j'étais en train d'écrire deux et par moments trois scénarios à la fois", ce qui a l'avantage d'être vrai. Mais trêves d'excuses vaseuses, venons-en au sujet, c'est à dire les premiers jets.

L'école, dans sa grande sagesse, nous apprend que lorsqu'on rédige quelque chose, il faut faire un brouillon. Puis recopier au propre. (Le problème est de le faire dans un temps imparti, ce qui est non seulement qu'arbitraire mais contre productif quand on aprrend l'écriture créative). A l'école, je me demandais toujours : "et si c'est parfait la première fois ?"

Mais, il faut bien avouer que ce n'est jamais parfait la première fois. Hemingway disait même que le premier jet était toujours "de la merde". Cependant le secret, que pour le coup personne ne nous apprend, c'est qu'il faut faire comme si ce n'était pas le cas, tout en ayant conscience que ce n'est qu'un premier jet et que l'important c'est d'arriver au bout.

Le brouillon néanmoins peut adopter n'importe quelle forme, il se satisfait des erreur de structures, des personnages esquissés, des fautes de syntaxes. Il peut même se passer d'une conclusion satisfaisante.

Parfois, on peut avoir envie de construire avant de rédiger le premier jet, d'autres fois on préfère se laisser guider par le fil de la plume. Il n'y a pas de bonne façon de faire. Les différentes méthodes (en gros : planification ou improvisation) ont leurs avantages et leurs inconvénients. La planification peut servir à reculer le moment d'écrire et rendre improductif. L'improvisation peut demander un surcroît de réécriture. Le seul problème, c'est d'être bien conscient que quelle que soit la méthode choisie, on aboutit toujours lors du premier jet à un simple brouillon. Il importe alors de ne pas se satisfaire des mots qui ont été jetés sur la page dans l'urgence, la douleur ou l'inspiration. 

Parce que, si l'on n'est pas conscient du fait que le premier jet n'est qu'indicatif, il risque de nous arriver ce qui semble arriver à pas mal d'écrivains et scénaristes en France : se retrouver avec un brouillon publié ou tourné. C'est à dire un texte qui contient des approximations linguistiques, des personnages mal caractérisés, des défauts plus ou moins évidents de structure. Un texte qui, malgré sa spontanéité, manque de naturel.

Car l'essence même de la réécriture, c'est de parvenir à un résultat en apparence évident, fluide – et pourtant soutenu à chaque étape par un savoir-faire laborieux et une connaissance intuitive ou consciente des artifices de l'écriture. 

Et au fond, cela devrait être libérateur pour celui qui rédige un premier jet : savoir que celui-ci ne sera pas jugé, ne sera peut-être même pas lu. Le premier jet devrait être le moment où l'on écrit pour le plaisir, sans se préoccuper d'autre chose que d'avancer.


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18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 08:00

Je n'ai pas toujours le temps d'écrire des articles de fond comme celui d'il y a deux semaines, mais je vais quand même essayer de conserver une certaine régularité à ce blog. Donc puisqu'on en est à parler des scénarios, je vais parler d'un sujet qui me tient à cœur et qui ne me rendra pas inapte à la réflexion pendant quinze jours, c'est à dire le pluriel de ce mot.

Dans les années 80, quand je commençais à faire du jeu de rôle, tout le monde – ou presque – disait "scénarios". Pour ceux qui ne connaissent pas le jeu de rôle (vraiment ? il en reste encore ?), le scénario est un terme qui recoupe toute base, aussi ténue soit-elle, qui sert au meneur de jeu de trame pour l'histoire qu'il racontera avec les joueurs à la table. 

Mais rapidement, quelques snobs se croyant lettrés essayèrent d'imposer aux tables de jeu un usage aussi absurde que malvenu : un pluriel sous la forme de "scénarii". Ni une ni deux, je sautais sur mon Grévisse et vérifiait qu'il n'y avait pas plus de "scénarii" que de beurre en broche. Evidemment, le pluriel de scénario, mot francisé venu d'un terme italien (scenario sans accent, qui signifie décor, et qui n'a donc rien à voir) n'a pas la moindre raison de se décliner au pluriel comme s'il était encore italien et son pluriel recommandé, je dirais même plus correct (et prononçable, ce qui ne gâche rien), est simplement "scénarios" (à la limite, si on voulait utiliser le pluriel italien il aurait fallu dire scenari).

On me dira : "les mots ne sont que des mots, il faut être souple et tout ça", et certains répondraient que leur usage sert aussi de moyen de reconnaissance sociale, et imposer un usage absurde peut servir insidieusement à asseoir un pouvoir dictatorial en créant l'impossibilité d'une utilisation subversive du langage, mais pas moi parce que là ce n'est pas le cas du tout : l'usage du mot scénarii est loin d'être Orwellien. C'est juste moche. 

Au fil des années en tant que scénariste en devenir, puis en lutte, puis toujours en lutte mais avec des projets qui concrétisent, j'ai vu l'usage du pluriel de scénario évoluer plus rapidement que ma carrière. À présent, il commence même à y avoir des professionnels du cinéma qui disent "scénarii". Alors j'en tire deux conclusions (qui sont surement fausses, vu que je n'ai aucune preuve de ce que j'avance) : 1° les gens qui font du jeu de rôle ont plus d'influence qu'on ne le croit. Et 2° plus personne ne respecte la langue française, ma bonne dame, c'est un scandale.

Quoiqu'il en soit, n'ayant pas pour chaque chronique le loisir de dénoncer un scandale digne du Médiator dans les rangs de la fiction française, je me contenterai de ce que j'ai sous la main, et je l'affirme une nouvelle fois : quand il y a plus d'un scénario, on dit scénarios. A présent, allez en paix et répandez l'information autour de vous, en n'oubliant pas et de vous montrer indulgent (quoique subtilement condescendant, comme seuls notre bon peuple de France sait l'être, lorsqu'une faute contre le bon goût et l'usage choque notre oreille et nous permet de montrer à peu de frais une supériorité culturelle) envers les malheureux qui auraient l'outrecuidance de dire "scénarii" devant vous. Pour autant, ne nous laissons pas emporter, et que celui qui ne fait jamais de faute de français leur jette le premier dictionnaire.

(Toussotement au troisième rang, chant de criquet, une chouette hulule)

On est d'accord.

Donc certes, c'est un problème mineur qui ne méritait surement pas autant de lignes, mais après tout, en tant que scénariste, il est normal que les mots en général, et celui-là en particulier, aient une importance pour moi.

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30 septembre 2008 2 30 /09 /septembre /2008 11:00

U
n dimanche après-midi des années 70, j'ai vu ce téléfilm avec mon frère. Plus ou moins inspiré de l'histoire de la Marie Céleste et des légendes de tabloids sur les soi-disantes disparitions mystérieuses du triangle des Bermudes, Le Triangle du Diable (Satan's Triangle en V.O.) racontait l'histoire d'un navire dérivant en mer dont tout l'équipage était retrouvé mort d'une façon assez bizarre. Seule une femme, je crois, avait survécu (elle était jouée par Kim Novak). Je ne me rappelle plus de tous les détails, mais il y avait un marin qui était transpercé par un narval, un autre qui recevait une poulie en plein visage, un pasteur noyé... Au final le mystère s'avérait être expliquée par une histoire de possession démoniaque (je crois que c'était le pasteur, qui revenait d'ailleurs à la vie à un moment par le pouvoir du démon qui le possédait, je suppose). A la fin du téléfilm, le héros, un secouriste joué par l'immense Doug McClure – les connaisseurs apprécieront –, quittait le bateau en hélicoptère et un effet spécial horrifique (une lumière rouge dans les yeux) permettait de comprendre subtilement qu'il allait ramener le démon qui avait causé toutes ces horreurs dans notre monde (s'il ne poussait pas tout le monde à s'entretuer dans l'hélicoptère auparavant).

Ça m'avait terrifié, à l'époque, je crois même que j'en ai fait des cauchemars (j'avais sept ans grand maximum). Et avec mon frère, on n'évoquait ce film qu'à voix basse, comme pour éviter que le démon ne nous entende et ne vienne s'occuper de nous. Au fur et à mesure des années, je me suis rendu compte en en parlant autour de moi, que presque tous les gamins de ma génération qui avaient la télé ont vu ce téléfilm et en ont été marqués, comme une autre génération avait été marquée par Belphégor (mais au final, je n'ai jamais entendu qui que ce soit mentionner ce souvenir sans une nuance de délice – les histoires qui font peur sont en fait nécessaires aux enfants). J'ai d'ailleurs presque fini par me persuader que ce téléfilm était peut-être un chef d'œuvre inconnu de l'horreur.

Et puis, un jour je l'ai revu… Ce devait être sur M6, quand ils raclaient les fonds de tiroirs pour un "jeudi de l'angoisse"). Et là, comment dire… C'était lourdingue, longuet, pas très bien joué (il y avait Doug McClure, quoi…), les effets spéciaux étaient risibles, et toutes les ficelles étaient aussi apparentes que possibles. Bref… je me suis rapidement efforcer d'oublier cette redécouverte tardive (ce devait être au début des années 90). C'est chose faite et aujourd'hui, je préfère me rappeler le Triangle du Diable tel que je l'ai découvert. Sous cette forme, il reste bien plus flippant que n'importe quel film d'horreur interdit au moins de seize ans que je pourrais voir aujourd'hui. Cette fiction-là, qui est doit surement plus à l'imagination d'un garçon de sept ans, qu'au téléfilm de Sutton Roley (un téléaste qui réalisa des épisodes de presque toutes les séries à succès des années 60-70, dont Des Agents Très Spéciaux, Mission Impossible ou Strasky et Hutch), personne ne la verra plus jamais - pour la découvrir inaltérée, il faudrait une machine à remonter le temps et le gadget pour effacer les souvenir que possèdent les Men in Black. Mais si vous avez grandi dans les années 70 et que vous étiez devant votre poste de télé vers 78-79, il est fort possible que vous en ayez une version assez proche dans un coin de votre mémoire.

Et d'ailleurs, j'évite encore d'y repenser quand je suis seul la nuit, dans une maison isolée (ce qui m'est arrivé plus souvent qu'on pourrait le croire). On ne sait jamais.

Ça pourrait faire venir le démon.

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14 juin 2008 6 14 /06 /juin /2008 18:09
Comme toujours, lorsque je suis en pleine phase d'élaboration d'un scénario, je délaisse un peu mon blog ces derniers temps. Ce n'est qu'un abandon de poste provisoire. Je reprendrai le rythme hebdomaire dès que possible.

En attendant, voici quelques réflexions sur un sujet qui est un de mes dadas (et que j'ai déjà abordé sur ce blog, excusez moi s'il y a des redites, mais j'aime affiner mes réflexions avec le temps) : le réalisme. Trop souvent, je lis ou d'entends des critiques sur des films utisant ce mot d'une façon que j'estime impropre. On l'utilise souvent pour dire que les éléments d'une histoire ne sont pas conformes avec ce que l'on sait - ou croit savoir - du réel.

Je préfère dire que l'approche réaliste, c'est chercher à donner l'illusion qu'une scène ou une histoire pourrait être réelle, une fois acceptées les conventions de l'univers dans laquelle elle se déroule. C'est évidemment une déficition conceptuelle à destination des scénaristes moderne (ou des MJ) mais non une définition qui englobe l'histoire du réalisme en littérature et dans les arts (dont le mouvement artistique du XIXeme et ses émules).

Dans le premier cas, j'estime qu'on devrait préférer l'utilisation de "vraisemblance" qui correspond mieux. Pour moi, une approche vraisemblante n'a pas vraiment lieu d'être et ce type de critique me révèle plus sur le manque d'imagination de celui qui la profère que sur les qualités de l'œuvre considérée.

Il y a plein de techniques pour créer l'illusion ou des impressions de réalité (mais la plus importante reste à mon avis d'acquérir le sens du détail), et toutes n'impliquent pas forcément de forcer la suspension d'incrédulité (qui est censé etre volontaire) en écrasant le drame sous le poids de références historiques ou de considérations plus ou moins renseignées sur ce qui pourrait arriver en réalité ou non (c'est souvent oiseux et en fait assez subjectif). Cela demande par exemple de travailler les personnages, de leur donner des motivations crédibles et appréhendables, de les faire évoluer dans un envirronement qui respecte des règles implicites et dont les détails sont cohérents et révélateurs.

Cela dit, il ne faut pas forcément oublier que l'idéalisation qui, dans cette définition conceptuelle, est l'opposé du réalisme (mais non incompatible avec lui), a aussi des vertus. L'idéalisation cherche non un effet de réel mais à toucher à des situations archétypales et à accentuer les états intérieurs en exprimant la scène à travers le prisme des émotions des personnages : un adversaire en colère apparaît soudain plus grand, les ombres qui passent sur le visage d'un personnage expriment ses doutes, etc.

Trouver l'équilibre entre ces deux modes de traitement est absolument nécessaire à mon sens pour créer une histoire mémorable.
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9 avril 2008 3 09 /04 /avril /2008 12:00
Cet article vient compléter celui de la semaine dernière sur la gestation.

Ne pas agir, ce n'est pas forcément être passif. Le non-agir est une notion importante dans la philosophie asiatique, en particulier chez Lao-Tse. Le non-agir y est en fait une attitude de sérénité qui permet l'observation. Cette attitude n'est ni du fatalisme ni de l'inaction. Agir à tout prix revient souvent à s'agiter sans résultat. Alors que se concentrer pour attendre d'agir de la façon la plus économe, et seulement si agir s'avère nécessaire, est sage, non seulement parce que c'est efficace, mais aussi parce que celui qui se comporte ainsi ne se disperse pas et préserve son énergie, pour l'utiliser seulement là où elle sera efficace.

Une grande partie de la réflexion stratégique repose sur cette question essentielle. Par exemple, est-il plus sage d'engager une armée assiégée, fanatiquement prête à mourir jusqu'au dernier, ou bien d'attendre sans bouger jusqu'à ce que l'armée soit convaincue que si elle ne fait rien, tous mourront de faim, puis un jour laisser une brèche volontaire dans l'encerclement de la cité ? C'est ce que fit Alexandre en une telle occasion. L'armée ennemie profitant de cette brèche, se fit ravitailler à plusieurs reprise, et finit par envisager la fuite. Bientôt, l'armée quitta le fort à la faveur de l'obscurité et s'enfuit à toute jambe. Leur seul but étant de laisser l'armée d'Alexandre loin derrière eux, ils abandonnèrent même derrière eux leurs armes pour aller plus vite. Ils ne se doutaient pas qu'Alexandre avait prévu tout cela depuis le début, et qu'il leur avait préparé une embuscade sur la route, au moment où ils étaient devenus le plus vulnérable. Le fait de n'avoir pas agi dans un premier temps a permis à Alexandre une victoire plus économe en vie humaines qu'un assaut direct. Un autre exemple de non agir est celui de l'utilisation des intempéries par les stratèges Russes (et le Général Koutoussof-Smolenskoi, en particulier) lors de l'invasion Napoléonienne, où l'hiver fut plus efficace que l'aurait été n'importe quelle armée.

Les expériences modernes sur le fonctionnement du cerveau montrent que certains problèmes difficiles à résoudre, seront résolus plus facilement s'ils sont présentés au sujet en deux fois, même si entre temps, le sujet n'a pas eu le loisir de réfléchir consciemment au problème. Il semble que l'inconscient (ou notre "esprit intuitif") soit capable de traiter certaines questions complexes avec plus d'efficacité que l'esprit conscient ou déductif. Forcer la raison a résoudre certains problèmes (en particulier créatifs, dans les domaines des sciences, du droit et de l'art) est souvent moins efficace que poser le problème et laisser la réponse venir. C'est probablement la raison pour laquelle tant d'esprits créatifs disent que leur découverte est venue à eux d'un coup, sous la forme d'une intuition.

Vouloir absolument agir revient souvent à trouver le moyen contrôler plus qu'à chercher la meilleure solution à son problème (qui peut parfois être résolu par l'acception de la perte de contrôle). Lorsque Descartes déclara "Je pense donc je suis", il laissa aussi supposer qu'il n'y avait pas d'être en dehors de la pensée consciente et que le travail de la pensée devait forcément être un travail sur la pensée consciente et donc sur le langage. Les recherches récentes sur le cerveau donnent tort à cette conception issue de la renaissance, de même qu'elles modèrent la vision freudienne d'un inconscient qui ne serait habité que par les émotions réprimées et les pulsions. Il y a bel et bien une intelligence inconsciente. Comme le dit Guy Claxton : "Nous avons besoin à présent d'une nouvelle conception de l'inconscient - une conception qui lui rende son intelligence, et qui y réhabilite le sens de nous-même – si nous voulons retrouver les voies de la connaissance avec lesquelles il est associé. La mise en valeur de voies de la connaissance associées avec la conscience, le contrôle et l'articulation a permis l'extraordinaire explosion de la pensée scientifique et des réussites technologiques des deux derniers siècles ; mais nous en avons payé le coût en nous déconnectant d'autres facultés de l'esprit que nous ne pouvons nous permettre d'ignorer."

Pour en revenir à la narration, la sémiologie qui postule que toute transmission est un langage et que toute analyse peut se fonder sur la seule rationalité commet cette erreur fatale : celle d'abandonner, là où elle est le plus nécessaire, les voies complexes de la pensée intuitive pour la remplacer par des voies simplistes et compliquées (ce n'est pas incompatible) de la pensée rationnelle. C'est une erreur que d'étudier uniquement le langage lorsque l'on parle de narration. Ce qui est exprimé dans une histoire est au delà des mots (je cite à nouveau Neil Gaiman lorsqu'il dit "les choses veulent dire plus que ce qu'elles disent littéralement"). Ce qui compte, c'est – au delà des mots – le mouvement d'une histoire, sa résolution, qui en fait une création proche de la musique (qui elle non plus ne parvient pas à s'affranchir du principe "exposition, développement et résolution", sinon pour mettre en valeur la nécessité ou l'absence de ces principes, car elle cesse alors d'exprimer par elle-même pour devenir un simple objet de comparaison.). Il y a, dans la narration, une construction plus proche des mouvements émotionnels que des pensées conscientes, exprimées par le seul langage. Réduire la construction d'une histoire à une forme élaborée de message plus ou moins crypté par le seul langage, ce serait comme baser l'analyser d'une sculpture sur l'analyse seul de son matériau en oubliant sa forme, ce qu'elle évoque. C'est donc oublier que le langage n'est, dans une histoire, qu'une matière, non un outil et certainement pas un but en lui-même. La sécheresse et la stérilité  de l'analyse littéraire universitaire vient de là : une croyance aveugle dans l'idée fausse que la rationalité est la seule forme d'intelligence qui permette de venir à bout des problèmes complexes. Développer le sens littéraire, c'est donc apprendre avant tout à faire confiance à ses intuitions et à assumer sa subjectivité.

Si j'insiste sur le fait que, pour tout travail créatif (y compris l'analyse d'un texte littéraire), la période de gestation est essentielle, j'ajoute qu'il faut aussi éviter de croire que le travail inconscient peut avoir une valeur à lui seul sans le support de la rationalité : l'intuition ne naît pas dans un environnement stérile.

De même que la non-action est fertilisée par les moments d'action qui l'encadrent, l'intuition est fertilisée par le travail conscient et rationnel, par l'expérience, par la connaissance théorique des principes qui régissent son art.

Comme le dit Lao Tse "On pétrit l'argile pour créer le vase, mais si l'intérieur du vase n'était pas faite de vide, quel bénéfice en tirerait-on ?"

Et sans l'argile, il n'y aurait pas de vase du tout.
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2 avril 2008 3 02 /04 /avril /2008 11:21
Vous voulez écrire un scénario. Vous avez une vague idée d'histoire, et vous avez lu tous les livres possibles et imaginables sur la dramaturgie : Story de Robert McKee, La Dramaturgie, d'Yves Lavandier, Save the Cat de Blake Snyder, How to Write a Movie in 21 Days de Vic King, The Moral Premise de Stanley D. Williams, The Writer's Journey de Christopher Vogler, les excellents ouvrages de Syd Field etc. Vous avez fait vos recherches, vous utilisez tous les trucs des manuels : où placer votre incident déclencheur, comment créer votre protagoniste, comment construire votre histoire selon un plan rigoureux en trois parties et quel thème central vous allez mettre en valeur…

Enfin, le moment arrive de rédiger votre première scène.

Et là, toutes les belles théories ne tiennent plus.

Votre belle construction vous semble soudain aride. Vos personnages manquent de vie. Vous ne savez pas où commencer. Bref, malgré votre motivation et votre travail préliminaire, vous ne semblez plus ressentir l'envie de raconter l'histoire que vous avez amoureusement construite. On appelle cela l'angoisse de la page blanche. Vous vous dites qu'il faut vous prendre en main surmonter cela et, sans enthousiasme, vous vous lancez dans l'écriture scolaire de votre première scène. Tant pis pour l'envie, vous pensez en savoir assez pour vous reposer uniquement sur votre technique. Vous vous dites "Bien… allons-y ! Déterminons quel est le conflit, faisons de l'exposition sans en avoir l'air, utilisons tous les trucs possibles et imaginable. Soyons scolaires, soyons malins, et tant pis pour l'inspiration."

Ça y est, vous êtes lancé ! Et joie ! votre scénario avance… certes péniblement, certes d'une façon purement intellectuelle, mais c'est mieux que rien, non ? "Il sera toujours possible de lui insuffler un peu plus de vie à la réécriture." pensez-vous.

Vous arrivez au début du deuxième acte, et là, vous vous rendez compte que vous n'y arrivez plus. Vous relisez ce que vous avez écrit et vous êtes désespéré. C'est nul. C'est froid. C'est sans vie. Et ça ne raconte pas du tout ce que vous vouliez que ça raconte. Certes, si vous avez un tant soit peu de technique de rédaction et de construction, c'est vendable, c'est peut-être même intéressant. Mais ce n'est pas à la hauteur de ce que vous espériez. Ça manque tout à fait d'originalité. "Bon, peu importe… Après tout, on verra bien par la suite."

Mais le deuxième acte vous résiste encore. Vous travaillez de plus en plus. Vous angoissez. Vous tournez en rond. Vous relisez les livres de vos maîtres à penser et plus rien ne semble avoir de sens. Vous ne voyez même pas comment appliquer cela à la situation que vous avez créé. Désespéré, vous commencez à regarder les petites annonces pour savoir si vous pouvez encore changer de métier.

Puis, miracle, ça se débloque. Vous trouvez une solution, ou bien vous décidez de continuer en vous basant encore une fois sur la théorie. Bien. Il faut une histoire secondaire. Introduisons un nouveau personnage. Créons un conflit. Et surtout avançons, avançons, avançons.

Ta-dam ! Ça y est ! Le scénario (enfin sa première version) est terminé. Un bel effort. Bravo, vous êtes content, vous y êtes arrivé, c'est un miracle, encore une fois vous avez eu raison de la divine inspiration !

Et pourtant, vous n'êtes pas satisfait. Au fond de vous vous savez que vous auriez pu faire mieux. Mais bon, pas grave… Tous les théoriciens le disent, ce qui importe : c'est la réécriture. Vous vous lancez immédiatement dans la réécriture, vous faites lire à quelques personnes de confiance, vous tenez compte de leurs remarques. Et hop ! vous retravaillez. Le nez sur le guidon, vous réécrivez vos scènes, vous réagencez, vous diagnostiquez, sans jamais faire de pause jusqu'à ce que vous ayez une deuxième version. Puis, vous sortez votre scénario sur papier et vous le relisez.

Et là, vous vous apercevez que les problèmes que vous avez reglé en ont créé d'autres. Donc vous recommencez. Vous réécrivez. Vous cherchez de nouveaux angles. Vous créez de nouveaux personnages. De nouvelles situations. Et plus vous réécrivez, moins votre scénario ressemble à quelque chose. Mais vous insistez. Vous êtes décidé à aller au bout (bravo ! à ce stade beaucoup auraient abandonné). Au final vous rédigez vingt-trois versions, ce qui vous prend quatre ans de votre vie et vous ne pouvez vous départir du sentiment que la vingt-troisième n'est pas meilleure que la première. Convaincu que votre talent n'est pas à la hauteur de vos attentes, vous décidez alors de vous retirer dans un monastère trappiste ou de vous lancer dans une carrière de rédacteur de manuels d'instruction d'appareils électroniques.

Que s'est-il passé ?

Est-ce que votre problème vient du fait que vous n'êtes pas un authentique scénariste ? Avez-vous manqué d'inspiration ? Est-ce que vous n'avez pas travaillé assez ? Est-ce que vous êtes trop dur envers vous-même ?

En fait, rien de tout cela, et c'est même le contraire. Vous avez juste oublié un détail, un détail qui n'est quasiment jamais abordé dans les manuels de scénario. La créativité, ça demande de prendre son temps et de faire confiance à ses intuitions. Ça ne veut surtout pas dire qu'on ne doit pas se forcer à travailler de temps en temps… mais il faut savoir quand travailler et quand se tenir loin de son ordinateur (ou de son stylo, ou de sa machine à écrire).

Parfois il faut juste s'autoriser à passer à un autre mode de réflexion.

Le psychologue anglais Guy Claxton dans un excellent livre (hélas non traduit en français) appelé Hare Brain - Tortoise Mind explique que la créativité la plus efficace se découpe en quatre période : recherches, gestation, illumination, rédaction. Or, les manuels de scénario mettent principalement l'accent sur les recherches  et sur la rédaction. En revanche, pratiquement aucun n'explique que la gestation est absolument nécessaire à l'écriture ni comment entrer dans le mode de pensée propice à la gestation. Normal. La période de recherche et la période de rédaction sont avant tout des périodes de rationalisation. C'est à dire des moments où le langage et la théorie sont absolument nécessaires… et justement ces auteurs nous parlent de théorie, de raisonnement (à part peut-être Vic King, qui donne une solution assez unique pour écrire un scénario sans passer par la période de gestation. Ça peut marcher, mais sa méthode ne permet pas d'en écrire un deuxième).

Qu'est-ce que la période de recherche ? On pourrait croire que c'est le moment où l'auteur, ayant déterminé son sujet, doit se documenter. Loin s'en faut : c'est aussi et surtout la recherche d'idée. Dans un premier temps, il s'agit bien de tenter de se forcer à trouver une idée. Et vous savez quoi ? La plupart du temps, ça ne marche pas. L'idée qui apparaît ainsi est une "fausse" bonne idée. Les solutions forcées se trouvent être d'atroces clichés. Les personnages créés ainsi tournent vite aux stéréotypes. Les caractérisations sont des gimmicks. Mais peu importe, il faut quand même tenter. De temps en temps, il arrivera même qu'une idée trouvée de cette façon soit utile, voire séminale. Il faut la mettre de côté comme un prospecteur qui trouve une pépite d'or dans son tamis.

Ensuite, et seulement ensuite, il faut laisser une période de gestation. Par votre première approche, vous avez activé un processus inconscient et à présent, vous devez attendre que votre subconscient trouve tout seul la solution. C'est un peu comme lorsque vous avez un mot ou un nom sur le bout de la langue : dans un premier temps, plus vous forcez votre esprit à trouver la solution (qui ne peut pas être loin), plus celle-ci vous échappe. Puis, après que vous ayez abandonné, quelques minutes ou quelques heures peuvent passer, et le mot jaillit de nulle part, alors que vous étiez en train de faire autre chose. Pour votre histoire, ce sera la même chose.

Une erreur commune est de croire qu'avoir des illuminations est un talent particulier que seuls quelques individus choisis par les muses peuvent espérer avoir. Des études ont démontré que pratiquement tous les individus avaient cette capacité à "penser inconsciemment". Ce qui varie selon les individus, c'est surtout la confiance qu'ils accordent à cette pensée intuitive. Plus vous avez confiance dans vos intuitions, plus vous avez de chances que celles-ci soient fertiles. Ça ne veut pas dire pour autant que toutes vos intuitions seront bonnes.

En fait, cela se passera ainsi : vous travaillez sur votre construction pendant quelque jour, peut-être sous la forme d'un "brain storming", en tout cas d'une façon conventionnelle. Puis, alors que vous avez bien avancé, vous vous rendez compte que ce que vous faites n'est pas très bon. Vous examinez pourquoi. Vous cherchez le plus rationnellement possible à cerner le problème. Et quand vous l'avez fait, vous y réfléchissez longtemps (on ne sait jamais l'illumination peut venir tout de suite). Quand vous êtes bloqué, arrêtez tout. Prenez quelques jours ou quelques heures, et faites autre chose. Laissez votre cerveau tranquille et permettez-lui de se lancer dans une autre tâche. Certains en profiteront pour se faire plaisir (prendre un bain, se relaxer), d'autres se lancerons dans des journées entières de ménage, d'autres encore feront du sport ou se lanceront dans un jeu répétitif sur ordinateur (J.K Rowling, créatrice de Harry Potter, est devenue ainsi une championne du démineur).

Peut-être que ça vous angoisse, parce que vous avez l'impression de ne pas travailler. Après tout, on vous a toujours dit que seuls les efforts sont récompensés et que l'oisiveté est mère de tous les vices…

Sauf que vous êtes scénariste (ou en tout cas écrivain, ça marche aussi), et que vous devez être créatif : il vous faut donc absolument laisser à votre esprit intuitif le temps de travailler. Ça s'appelle la phase de gestation. Ça fait partie de votre travail. Acceptez le, appréciez le, ne culpabilisez pas et profitez-en. (Bien sûr, si le travail de gestation occupe considérablement plus de temps que les périodes que vous passez réellement à travailler ou à rédiger et qu'il ne produit aucune illumination notable, inquiétez-vous sur votre choix de carrière…)

Mais si vous n'avez pas eu de moment "eureka" attendre quelques jours pour revienir à la table de travail lors d'un blocage a presque toujours des résultats spectaculaire. Pendant la première demi-heure, tenez bon car le blocage risque d'être toujours présent. Mais une fois que vous avez passé le stade du démarrage, et d'un seul coup, il est fort probable que les idées arriveront de nulle part. Des solutions élégantes se dégageront, vous aurez des idées originales, vos personnages prendront de nouvelles dimensions. C'est magique (et pourtant non, c'est juste l'esprit humain au travail).

C'est après ce moment que les théories vous serviront vraiment, non afin de vous donner des instruction à suivre pour la construction de vos histoires, mais pour vérifier la validité de vos intuitions et pour vous aider remplir les vides qu'elles auront éventuellement laissés. Sachant, bien sûr, que certaines de vos intuitions seront peut-être si claires, si originales et si puissantes, qu'elles remettront en cause une grande part des théories apprises, tout en prenant en compte des principes fondamentaux de la construction. Si c'est le cas, bravo ! j'ai hâte de voir votre œuvre sur un écran (ou ailleurs).

Être capable de déterminer à quels moments il faut se laisser la possibilité d'entrer en période de gestation est peut-être la plus précieuse compétence qu'un écrivain puisse posséder. Une pause peut être nécessaire à n'importe quelle étape du processus d'écriture, parfois même lorsque vous ne vous n'êtes pas certain qu'il y a un problème à résoudre, mais parfois elle peut juste vous embrouiller. Il importe donc tout de même de ne pas abuser du processus mais d'apprendre à le maîtriser.

Notre conscience fonctionne par raisonnement. Le langage peut donc facilement devenir un piège car il parvient à vous convaincre qu'une idée qui ne vous passionne pas est suffisante pour avancer, et vous paierez ce manque de foi dans vos intuitions par un résultat créatif médiocre. Forcer la solution à arriver est une nécessité, dans un premier temps, mais toute période où vous tentez de forcer la solution par votre technique – que ce soit lors de l'élaboration, de la rédaction ou de la réécriture – doit être suivie d'une période de gestation (qui peut selon les cas durer une heure ou quelques jours) pour donner à votre esprit intuitif la possibilité de proposer sa solution, solution qui sera souvent bien meilleure, plus originale, en un mot plus créative que celle obtenue par le raisonnement.

N'est-ce pas une chance d'avoir choisi ce métier ? Vous avez à présent une excuse toute trouvée pour acheter cette console de jeu dont vous rêviez…
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