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Articles Par Mois

9 octobre 2008 4 09 /10 /octobre /2008 11:00
J'ai déjà dit tout le bien que je pensais de la série Rome dans Le Meilleur des série 2007, (on peut aussi voir ici l'article écrit avec Antoine de Froberville en réponse à une critique d'assez mauvaise foi plubliée dans le Monde Diplomatique).

Il y a quelque temps cependant, j'ai revu Le Septième Sceau de Bergman. Lors de cette vision j'ai été frappé par la ressemblance qu'il pouvait y avoir entre le personnage du chevalier (incarné par Max Von Sydow) et son écuyer (Gunnar Björnstrand) d'une part et ceux de Vorenus et Titus Pullo d'autre part - les photos plus haut vous permettent de comparer physiquement les personnages. Le sérieux du chevalier et de Vorenus, la paillardise et la brutalité de son écuyer et de Titus Pullo, la relation d'amitié qui existe entre eux, le côté ancien combattants, et même les types physiques des comédiens qui les incarnent permet un étonnant parallèle entre ces deux œuvres.


Je me demande s'il s'agit d'une simple réminiscence  ou d'une référence consciente de la part de Bruno Heller. Peut-être un jour le dira-t-il dans une interview…
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8 octobre 2008 3 08 /10 /octobre /2008 11:00
La nouvelle série d'Alan Ball risque fort de dérouter les amateurs de Six Feet Under, du moins ceux qui l'ont aimé pour de mauvaises raisons (seul un malentendu a pu faire croire à la critique que la très sensuelle Six Feet Under, qui doit autant au soap opera qu'à Bergman, était une série uniquement pour eux, c'est à dire les intellos – ou proclamés tels – soit disant seuls capable d'apprécier son "drame existentiel"), et pourtant, elle est bien dans sa droite lignée thématique : la mort, la famille, l'acception de soi-même, l'empathie.

Dès les premiers épisodes True Blood, produite elle aussi par HBO, nous démontre si besoin était qu'Alan Ball est un vrai conteur qui ne méprise ni le genre, ni les archétypes traditionels (lesquels sont aussi difficiles à manier que des personnages complexes et originaux).

A l'évidence, les spectateurs de la respectable Six Feet Under fronceront le nez en se demandant comment un homme aussi respectable qu'Alan Ball peut s'intéresser à des "péquenauds" (si si je vous jure, le terme a été employé, le mépris social de certains critiques français s'exprime parfois de façon aussi visible), à cette série de genre qui met les coudes sur la table, ne craint ni le romantisme, ni le bon vieux suspense.

Le prémisse, inspiré d'une série de romans populaires écrits par Charlaine Harris, est remarquable d'élégance et de simplicité. Les vampires ont toujours existé, mais ils ont décidé de se révéler au reste du monde après qu'un laboratoire japonais ait trouver moyen de produire du sang synthétique. Les voilà "out of the coffin" et apparemment en phase de former un lobby puissant auquel s'opposent les chrétiens fondamentalistes. La métaphore pourrait être simpliste et s'arrêter à une simple correspondance Vampires/Marginaux (particulièrement les homosexuels si on songe au slogan entraperçu durant le générique "Gods Hates Fangs"), mais Alan Ball est plus malin que cela.

En effet, les vampires ne sont pas pour autant une gentille minorité cherchant à s'intégrer à la société, injustement rejetés par les méchants préjugés humains (la série se passe en Louisiane, dans le Sud profond). Ils restent des prédateurs, et l'on comprendra vite qu'ils ne sont pas tous fréquentables, et qu'au fond, il y a de bonnes raisons de s'en méfier.

Si des humains chassent les vampires pour s'emparer de leur sang, il apparaît rapidement que les chances ne sont pas en leur faveur. L'héroïne, Sookie, n'est pas vampire elle-même mais elle a la particularité de pouvoir lire les pensées. De ces éléments, on peut déduire que le fantastique ne se limitera pas à la présence des vampires et l'on sent rapidement qu'Alan Ball a parfaitement compris l'importance de la mise en place d'une mythologie dans une série de ce genre.

True Blood évite donc le piège de la fable (où, comme le dit Tolkien, les correspondances métaphoriques sont pauvres) et  explore les possibilités narrative d'une Amérique fantastique moderne, comme pouvait le faire Buffy ou comme le fait Supernatural. Mais, là où Buffy se situait dans la ville imaginaire de Sunnydale (qui aurait pu se situer n'importe où en Amérique) et où Supernatural sillonne l'Amérique profonde et prolétaire, True Blood est fermement ancrée en Louisiane, ce qui fournit une atmosphère propice au fantastique, tout en donnant à la série un arrière plan social et des personnages hauts en couleur. De ce point de vue, True Blood est bien dans la continuité de Six Feet Under qui était fermement ancrée à Los Angeles et possédait les saveurs et les contradictions de la Californie urbaine.

Mais le vrai plaisir de True Blood, c'est de se plonger dans un conte, de se laisser aller à une histoire bien menée, qui assume son statut de fiction populaire sans se résumer à des formules. Vous l'aurez compris, en ce qui me concerne, la vision des premiers épisodes de True Blood a largement dépassé les attentes que je pouvais en avoir.
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3 octobre 2008 5 03 /10 /octobre /2008 11:00

Après le succès de Robin Hood, la BBC s'est lancée dans une nouvelle série familiale qui raconte les années de formation de Merlin (nous sommes dans l'ère post-Harry Potter). Au moins, la série ne souffre pas de la comparaison avec la moyenne de ce qui est produit aux USA, tant du point de vue des effets spéciaux, de la réalisation – malgré quelques plans de coupe paresseux – que de l'interprétation (retrouver Anthony Head en Uther Pendragon est un plaisir). Pour ce qui est de l'écriture, comme pour beaucoup de séries anglaises, le résultat est comparable avec le niveau "moyen supérieur" américain, ce qui est un compliment. Le décors en revanche est largement supérieur à tous ce que les américains ont tenté en matière de fantasy à la télévision (peut-être parce que Camelot est l'authentique chateau de Pierrefonds… qui se trouve en France).

Malgré tout le bien que je pense des scénariste de télé anglais, j'attend encore de voir une série anglaise populaire récente qui serait aussi bien écrite, aussi audacieuse, aussi personnelle que le meilleur de la production américaine actuelle. Personnellement, je ne suis pas convaincu par Dr Who (je parle de la version moderne) ni par Robin Hood qui, malgré leur qualités indéniables, manquent toutes les deux de la profondeur que possèdent les personnages des grandes séries américaines populaires de ces dernières années (Galactica, Lost, House…).

Merlin (dont les scénaristes ont collaboré à Dr Who) a l'avantage sur Robin Hood de bénéficier d'une plus grande cohérence d'écriture, et il est visible dès le premier épisode que les auteurs ont un plan pour leurs personnages. Cependant, il n'en reste pas moins que les intrigues et surtout la construction ont quelque chose d'un peu… comment dire… vieillots… Il y manque cette capacité à prendre le spectateur à contre-pied, à donner une nouvelle fraîcheur à des archétypes qu'on croyait exploré de fond en comble, et à accorder une profondeur aux "méchants", qui est caractéristique des bons scénaristes populaires américains (ou anglais… lorsqu'ils travaillent aux USA). Cela dit, attendons de voir si l'écriture évolue – je n'ai pour l'instant vu que les deux premiers épisodes.

Mais je ne boude pas mon plaisir qui est réel, et j'ai l'impression que je resterai accroché plus longtemps sur Merlin que sur bien des séries américaines lancées cette année (Fringe par exemple). Et si en France, nous étions capable de faire aussi bien que les Anglais en matière de narration populaire à la télévision, ce ne serait déjà pas mal. Avant de vouloir copier les Sopranos, Grey's Anatomy, CSI ou The Shield, (mais sans showrunner digne de ce nom pour tenir la barre) les dirigeants de chaîne pourrait avoir la sagesse des Anglais : reprendre les séries populaires dont les héros ont conservé une certaine attraction auprès du public (Arsène Lupin, Vidocq) les remettre au goût du jour pour la télévision, au lieu de les laisser aux réalisateurs de cinéma qui les saccagent avec des adaptations aussi infidèles – ce qui serait pardonnable – que ridicules – ce qui ne l'est pas – (je met à part l'adaptation des Brigades du Tigre qui respecte son contrat et n'a pas eu l'audience qu'elle méritait – les précédentes déceptions avaient usé la patience du public – mais qui aurait certainement mieux fonctionné auprès du public si elle avait été présenté comme un prestigieux pilote de série…).

Partir de notre fond cuturel national et obliger les jeunes scénaristes d'aujourd'hui à se mesurer à leurs aîné plutôt que de s'inspirer de ce qui se fait ailleurs, permettrait de former des équipes de scénaristes solides et, dans un deuxième temps, de lancer de nouveaux projets, plus novateurs, avec de vrais showrunners (c'est à dire des scénaristes expérimentés – et surtout visionnaires) en charge de l'écriture…

Désolé… Avoir vu Merlin m'a fait croire un instant aux contes de fée.
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1 octobre 2008 3 01 /10 /octobre /2008 11:00
Lorsque Mandy Patinkin a quitté la série Criminal Minds, il invoqua une raison de différent artistique. J'ai donné ici les éléments du dossier. Avec le recul, force m'est de constater que Mandy Patinkin a probablement eu raison de quitter un navire qui prenait eau de toute part. La troisième saison fut la plus faible de toute et le début de la quatrième me donne carrément envie d'arrêter de regarder la série.

Pourtant, celle-ci partait sur un prémisse fort intéressant : explorer les comportements criminels à travers une unité d'enquêteur formés au profiling. Durant les premières saison, la série a souvent exploré ce principe avec un vrai talent. Malheureusement au cours de la saison passée (et pas seulement à cause du départ imprévu de Patinkin), la série s'est contenté de ronronner, offrant bien peu d'épisodes originaux. Alors que le thème des premières saisons était "tout le monde peut devenir un criminel, et un criminel appartient à la même humanité que n'importe qui", la série semble de plus en plus se focaliser sur un thème plus banal et bien moins riche de possibilités : "notre monde est plein de prédateurs, quelle attitude doit-on adopter face au mal ?".

En soit, ce n'est pas forcément un mauvais thème mais la solution semble presque toujours la même : mettre les "méchants" hors d'état de nuire avant qu'ils ne tuent leur dernière victime, et faire son deuil des victimes qu'on n'a pas pu sauver. Le problème est résumé dans cette répétition ad nauseam du même principe scénaristique : les membres du BAU arrètent le criminel au moment ou il va s'attaquer à une dernière victime et la sauve au dernier moment (les quelques rares variations sur ce thème ne suffisent pas à contrer cette impression d'ensemble).

S'il est important de parler des victimes, Criminal Minds semble tomber de plus en plus dans une idéologie victimaire au premier degré (c'est à dire, sans explorer la psychologie de la victime, mais en ayant une fâcheuse tendance générale à l'angéliser, ce qui est une autre façon de la deshumaniser), et abandonne trop souvent toute exploration dramatique du contexte social et psychologique qui génère la criminalité (à la différence de Without a Trace, que je découvre en ce moment, ou des différentes déclinaisons de Law and Order)
. Exposer par des dialogues rapides le profil d'un criminel est de plus en plus insuffisant pour donner à la série la profondeur que son sujet exige. Quelques épisodes de la troisième saisons sortent du lot (True Night avec Frank Muniz, qui pour une fois se focalise sur un criminel "excusable") mais cela reste des exceptions…

Bref, je donnerai peut-être une nouvelle chance à Criminal Minds (il est arrivé que des séries redressent la barre après une saison désastreuse) mais pour l'instant, il y a mieux à regarder.
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26 septembre 2008 5 26 /09 /septembre /2008 07:00
C'est une des grandes séries du moment. Elle est en cours de deuxième saison aux USA et n'est pas encore très connue en France (ne recevant pas la télévision, je ne sais pas si elle a été même diffusé).

Mad Men
raconte l'histoire de Don Draper, un créatif publicitaire à succès, au début des années 60. On n'y trouvera aucune nostalgie pour l'époque, malgré une reconstitution minutieuse. Les femmes sont traitées avec condescendance, ou comme des objets décoratifs. Les réflexion racistes ou antisémites ne choquent pas grand monde. On fume dans les lieux public. On boit, beaucoup, partout, y compris au bureau.

Nul ne connaît vraiment Don Draper, pas même sa femme. Le spectateur apprend qu'il aime les films étrangers, qu'il est curieux de voir ce que produisent les artistes les plus avant-gardistes, mais il n'en parle à personne, ou presque. Il est attiré intellectuellement par ce qui est marginal, mais il se conforme à la vie d'un "homme en costume gris". Parfois, il a des intuitions étonnantes sur son temps. Peut-être sent-il que quelque chose d'important va bientôt changer, mais il s'accroche à son mode de vie, à sa femme parfaite, à sa voiture et à ses costumes gris, parce que c'est tout ce qu'il connaît, parce qu'il pense que c'est tout ce qu'un homme peut désirer. Il est profondément malheureux.

A chaque épisode ou presque, Mad Men donne le sentiment qu'une catastrophe est imminente, sans jamais la montrer. Peut-être n'en est-il pas besoin.

Cette catastrophe, c'est le monde que nous connaissons aujourd'hui.

Pour le meilleur et pour le pire.
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18 septembre 2008 4 18 /09 /septembre /2008 07:18
Méconnue en France, la série Frasier a offert aux spectateur d'outre-atlantique un mélange d'intelligence et d'humour durant 11 saisons, collectionnant les récompenses et les critiques laudatrices. S'il est devenu de bon ton ses derniers temps en France de louer (avec raison) l'audace et la pertinence des séries américaines comme Soprano, Six Feet Under, ou the Shield,  les sit-com, avec leurs rires enregistrés (ce qui ne veut pas dire forcément rajoutés, car beaucoup de sit-coms sont en fait enregistrées en public) restent un peu méprisées. Pourtant, rien n'est plus difficile que de faire rire, surtout intelligemment.

Dans Frasier par exemple, la présence des rires du public paraît naturel, tant la série possède une mécanique impeccable et semble le prolongement d'une tradition purement théâtrale. L'appartement de Frasier où se situent presque tous les épisodes est traité comme une scène où les quiproquos s'enchaînent avec substitutions, personnages cachés derrière une porte, entrées fracassantes, etc. C'est commun dans nombre de sit-com, mais rarement la filiation avec le vaudeville français n'aura été autant assumé. Principalement parce que le ressort comique principal de la série semble être le désir de Frasier de conserver sa dignité et son statut malgré les humiliations qu'il subit souvent par sa propre faute. Comme le dit Stephen Colbert (un comédien américain dont je reparlerai sûrement), il y a un rapport étroit entre le rire et le statut social. Se moquer des petits et des sans-grades est beaucoup moins satisfaisant et libérateur que de rire de ceux qui ont un statut ou qui y aspirent…

Il aurait été facile de faire du personnage de Frasier (qui apparait au premier abord comme un bourgeois snob et pompeux) une caricature détestable (d'autant que l'élitisme dont il fait preuve est, si l'on en croit la campagne présidentielle actuelle, un repoussoir pour la plupart des américains), mais aucune série ne peut tenir bien longtemps sans faire ressortir les aspects positifs et l'humanités de ses personnages et Frasier ne déroge pas à cette règle. C'est en cela que la sit-com dépasse à mon humble avis le vaudeville dont elle est issue : sa durée permet de créer des personnages attachants et complexes, leur donnant un trajet et des racines qu'une pièce d'une heure et demie est dans l'impossibilité de se permettre.

La série existe en DVD, mais malheureusement sans sous-titres français. Si vous avez un niveau correct en anglais, n'hésitez pas, cela ne peut que vous aider à progresser. Et le plaisir que vous aurez à la découvrir pourrait bien compenser largement l'effort que cela demandera. 





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11 mars 2008 2 11 /03 /mars /2008 15:04
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La série Big Love  produite par HBO et diffusée en France par Canal + raconte la vie quotidienne d'une famille polygame en Utah, mais ce serait une erreur de croire qu'il s'agit d'une série sur la polygamie. 

Le père de famille, Bill Henrickson - joué par Bill Baxton, a été élevé dans une communauté sectaire qui se réclame des principes mormons originels.  Bien qu'il ait pris ses distances avec la communauté, il a pris la décision d'appliquer le Principe, c'est à dire la polygamie, lorsque sa première femme a été atteinte d'un cancer. Loin d'être un fantatique, Bill Henrickson est un homme tolérant, qui a choisi de vivre une vie compliquée et cherche à assumer ce choix. Il dirige une petite chaîne de supermarché spécialisée dans la vente de matériel pour la maison qui lui permet de subvenir aux besoins de ses trois foyers. Il est loin d'être le pur macho qu'on aurait pu supposer, même s'il se comporte parfois en pater familias.

Barb –  interprêtée par Jeanne Tripplehorn – est la première femme de Bill Henrickson (Bill , la seule à être légalement reconnue, est une mormone qui vient d'une famille opposée à la polygamie. Femme moderne, indépendante, elle a accepté de vivre dans la polygamie lorsque son cancer l'a rendu stérile. Si elle arrive assez bien à gérer en privé les difficultés que pose la vie avec deux autres femmes, elle est paniquée à l'idée que le reste du monde sache la vérité sur sa famille. Il faut dire que même si l'eglise officielle mormonne a pratiqué autrefois la polygamie, la pratique a depuis longtemps été abolie et les mormons modernes ont de grandes difficultés à tolérer les fondamentalistes qui ont décidé de poursuivre cette pratique.

Nicki –  Chloe Sevigny – la deuxième femme, est la fille de Roman Grant, l'ignoble "prophète" de Juniper Creek (joué par Harry Dean Stanton). La famille de Bill a un lourd passif avec celle de Roman et la loyauté de Nicki se divise entre son ancienne famille et la nouvelle. Si Nicki accepte la polygamie, c'est parce qu'elle n'a jamais rien connu d'autre, et que, surtout, elle ne veut rien connaître d'autre. Refusant toute modernité sociale, vêtue d'une austère robe traditionnelle, Nicki n'en est pas moins un paradoxe, puisqu'au début de la série, elle est atteinte de compulsions d'achat qui la pousse à dévaliser Gap et H&M à l'aide de cartes de crédit.

Margene – Ginnifer Goodwin – est la dernière venue. C'est la seule a ne pas être mormone. Elle a choisit la polygamie parce que le style de vie lui plaisait – l'idée de faire partie d'une grande famille unie l'a attirée. Naïve, parfois tête folle, souvent sous-estimée par ses "sœur épouses", elle est aussi peut-être la plus épanouie de la famille. Bien plus tolérante et accessible que Barb et Nicki, qui sont souvent aveuglée par un certain puritanisme, c'est celle qui provoque les crises salutaires, en posant franchement les problèmes que les autres essayent de garder sous le tapis.

La série décrit la vie quotidienne de cette famille différente et attachante, sans pourtant faire l'impasse sur les réalités scabreuses de la polygamie. Le prophète de Juniper Creek profite ainsi honteusement de sa position pour se marier à des filles prépubère en contournant habilement les lois, et ses pratiques des sectes polygames se rapprochent en général des pratiques mafieuses. La présence inquiétante de Roman Grant (et plus tard des Greene) apporte à la série une tension qui la fait souvent basculer du drame familial au thriller.

Big Love est une série sur la famille et la tolérance. Si la plupart des personnages sont puritains, c'est loin d'être le cas des concepteurs de la série. Et la polygamie y sert surtout de dispositif pour permettre une grande complexité de relations entre les protagoniste, autant que pour tester les limites de la tolérance du spectateur. Au final il est impossible de juger ces gens pour leur choix. Ce qui ressort, c'est leur humanité, leurs névroses, leurs craintes. Savoir pourquoi ils ont choisi cette vie (et, en passant, la réponse est évidente pour chacun d'eux) est en réalité moins important que de comprendre comment ils la vivent : Barb, avec une réticence parfois hypocrite
qui alimente sa peur du qu'en dira-t-on. Nicki avec ses craintes issue de sa propre famille disfonctionnelle. Margene, en s'emerveillant de faire enfin partie d'une famille nombreuse et aimante (Margene ne verrait pas d'inconvénient à le clamer à la face du monde, et voudrait même que Bill épouse une autre femme). Bill en inscrivant son besoin d'amour issu de sa propre insécurité fondamentale d'enfant abandonné dans un cadre de principes religieux, afin de se démontrer à lui-même qu'il n'est pas polygame par opportunisme, mais par conviction.

Surtout Big Love, comme son titre l'indique est avant toute chose une histoire d'amour. La plupart des grandes et belles histoires de ce genre peuvent se résumer ainsi : "notre amour à tous les deux contre le monde entier". C'est aussi le cas pour Big Love… seul le nombre change.
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10 octobre 2007 3 10 /10 /octobre /2007 19:56
Comme chaque année, j'ai regardé les nouveautés de la grille de rentrée américaine et j'en sors avec moins d'enthousiasme que d'habitude. Une seule série a passé pour moi le crash test du pilote (mais je n'ai pas encore tout vu), la plupart des autres n'ont pas décollé, même si certaines méritent surement que je leur donne une chance de plus.

•  Chuck
Un jeune et médiocre employé de grand magasin reçoit un étrange e-mail qui fait de lui le détenteur de tous les secrets de la NSA et de la CIA. Sympa, rigolo, pas prise de tête, mais pas vraiment nécessaire.

Reaper
Un jeune et médiocre employé de grand magasin devient le chasseur de prime du diable. Oui, ça ressemble dans l'esprit pas mal au précédent. En pas tellement mieux, en pas tellement moins bien, à mon avis. Bizarre idée d'avoir pris Kevin Smith pour réaliser le pilote. (Kevin Smith est un excellent scénariste mais pourquoi le choisir pour donner l'identité visuelle d'une série alors que la mise en scène n'est pas son point fort ?)

Pushing Daisies
Je ne dévoile rien du pitch, cette fois, car l'histoire mérite d'être découverte sans rien en savoir.
J'aurais bien voulu aimer, mais c'était juste trop… Trop "Tim Burtonien", trop malin, trop joli. Du coup je n'ai pas ressenti grand chose. Mais je laisse une deuxième chance.

•  Journeyman
Une sorte de variation sur Code Quantum, où le héros serait joué par Kevin McKidd (Vorenus dans Rome) et où il reviendrait à chaque fois à la maison. Pour l'instant pas de quoi se taper le cul par terre, mais on verra.

Ces quatre séries me semblent que ce soit par leurs tons ou leurs thèmes  une sorte de retour en arrière. Tous ces concepts pourraient avoir vu le jour dans les années 90 (voir dans les années 80 pour Chuck). D'accord la forme est plus moderne, mais quand même. J'ai l'impression de faire comme le héros de Journeyman et de reculer dans le temps (en gardant néanmoins les palm pilot et les cell-phones d'aujourd'hui). Etrange…

• Par contre après deux épisodes, je laisse tomber direct  Bionic Woman
Malgré les références (certains comédiens, certains membres de l'équipe d'auteur, l'ambition même de reprendre une série des années 70), on est loin de Battlestar Galactica. La série ressemble pour l'instant à une parodie, tant elle accumule les clichés et les incohérences. Et puis, l'actrice principale ne me convainct pas, ce qui est assez rédhibitoire.
Le personnage de Jamie Sommers mouture 2007 semble un agrégat de toutes les héroïnes produites par les séries télévisées de la fin des années 90. Et l'angle d'attaque de la série semble visiblement se contenter de répéter la même vieille métaphore sur l'apprentissage des pouvoirs et des responsabilités blabla (n'est pas Joss Whedon qui veut). Après deux saison, j'ai laissé tomber Alias… là, je ne perdrai pas mon temps avec une série qui s'en inspire aussi visiblement en faisant moins bien.

Pour l'instant, le seul bijou des nouvelles séries de cette rentrée (mais, je le répète, je n'ai pas encore tout vu) me semble être :

Life

Un personnage principal bien dessiné et intéressant. Du polar carré. Plein d'originalités et d'ambiguités. Une certaine noirceur. Une intrigue visiblement planifiée à long terme, mais qui prend en compte la possibilité d'épisodes presques toujours bouclés. Pour l'instant, du bon.


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26 septembre 2007 3 26 /09 /septembre /2007 13:08

house-copie-1.jpg

La série House M.D. (Docteur House en Français), créée par David Shore, tourne autour d'un médecin génial (Gregory House) misanthrope, excentrique, impossible à vivre mais totalement dévoué à son obsession : vaincre la maladie en trouvant le bon diagnostic sur des cas en apparence insolubles. Lui-même a été victime d'un infarctus qui l'a laissé infirme d'une jambe, raison pour laquelle il arbore une canne, et prend des antalgiques puissants à longueur de journée (mais la série suggère qu'il était probablement drogué avant sa maladie). House n'a qu'un seul ami : un oncologue dénommé James Wilson à la fois dévoué et souvent agacé par l'incapacité de House à transiger.

Pour guérir ses patients, House est prêt à tout ou presque. Même s'il doit tourner le code de déontologie dans tous les sens. La seule chose qu'il essaye d'éviter à tout prix... c'est de rencontrer ses patients... Ce qu'il ne fait qu'en dernière extrémité.

House est aidé par trois jeunes médecins qui s'occupent de l'aspect "humain" du travail. Chacun de ces personnages est traité avec autant d'attention que House lui-même par les scénaristes et le rapport haine/amour respect/indignation qu'ils entretiennent avec House est l'un des ressorts dramatiques les plus puissants de la série. Il leur arrive souvent de s'opposer à House voire de lui désobéir. Parfois à tort, parfois à raison.

House est une série policière dont le criminel serait la maladie. Tous ces puzzles que cherche à résoudre House semblent être constitués de la vie même des gens (ce qu'ils mangent, leur passé, leurs mensonges, car ce qu'on cache en révèle beaucoup sur nous). A travers ces enquêtes qui pourraient être purement absconses pour le non-spécialiste, la série arrive à traiter des sujets les plus essentiels (les SDF, l'intuition, la confiance, la fidélité etc.).

Ce qui m'a frappé, c'est que la série montre la science (et pas seulement la science médicale) comme on ne la voit jamais : pas seulement triomphante, mais arrogante, souvent aveugle, déroutante, abrupte, avançant par des convictions autant que par des connaissances, avec parfois quelque chose d'inhumain dans ses méthodes, et quand même faillible...

D'autres ont déjà pointé que la série fait de fréquents et explicites parallèles entre House et Holmes. Mais si Sherlock Holmes, excentrique génial à la force physique impressionnante, incarnait les miracles de la science triomphante et irrésistible du XIXème siècle, House (non moins excentrique génial, mais affaibli par une douleur constante à la jambe) incarne la science d'aujourd'hui toujours arrogante, mais cependant moins totalitaire, moins inaccessible. Les déductions de House sont questionnées, examinées et, malgré son génie, il doit faire la concession au genre humain de traiter des cas "sans importance"… pour pouvoir continuer son travail (imaginons un instant Sherlock Holmes contraint de faire des filatures de mari infidèles pour avoir le droit résoudre le cas du Chien des Baskerville).

Comme Holmes, House est hyperconfiant dans sa supériorité intellectuelle et assez agressif quand on la met en doute, ce qui peut être perçu comme de l'arrogance (et, en fait, c'est une forme d'arrogance,). Surtout, il méprise ouvertement l'autorité administrative et – comme Holmes – l'autorité suprême des conventions sociales. Mais cette arrogance est plus perçue que réelle. Le fait est que ni Holmes ni House ne sont modestes, parce qu'ils considèrent que c'est une perte de temps et d'énergie. Il ne faut pas pour autant confondre cela avec un sentiment de supériorité absolu. L'un comme l'autres sont des réalistes capable d'assumer et reconnaître leurs erreurs (je dirais même qu'ils se les reprochent plus durement que la plupart des gens). Et en fait, ils ne pensent pas que leur supériorité intellectuelle les rende intrinsèquement supérieurs. Ils veulent juste que leur compétence soit établie d'entrée de jeu de façon à avoir plus de temps à consacrer à leur obsession (les affaires criminelles pour Holmes, les maladies pour House) et moins à la politesse.

La science peut elle-même être perçue comme arrogante parce qu'elle cherche la vérité, sans se préoccuper si cette vérité est convenable. Elle semble encore plus insupportable lorsque l'efficacité l'oblige à faire appel à l'argument d'autorité : "on ne peut tout expliquer à tout le monde donc si on vous dit quelque chose, il faut nous croire parce que nous avons des compétences et un immense savoir dans le domaine"... Malgré leur propension à faire appel à cet argument quand le temps presse, House et Holmes sont néanmoins des modèles de pédagogie scientifiques qui expliquent quand ils le peuvent leur démarche et leurs déductions à ceux qui les entourent.

House, de plus, propose une intelligente réflexion sur la construction narrative. Comme beaucoup de spectateur, j'imagine, la plupart des raisonnements des médecins lorsqu'ils dont leurs "diagnostiques différenciels" me passent au-dessus de la tête. Et je ne pense pas qu'il y ait beaucoup de gens chez eux qui s'écrient lorsque House découvre enfin quelle maladie au nom imprononçable ronge son patient : "Bon sang, mais j'aurais dû m'en douter !". House est un whodunnit (genre policier qui s'axe autour de la seule recherche et découverte du coupable, où s'illustra Agatha Christie) dont l'intrigue et la résolution n'ont absolument aucune importance. La recherche du coupable est ici réduite à un macguffin (terme inventé par Hitchcok pour désigner ce qui, dans une intrigue, passionne les héros et les met en mouvement, mais n'a qu'un intérêt modéré pour le spectateur). Dans House, ce n'est pas la résolution qui importe, mais le mouvement des personnages, la façon dont les égos s'affrontent, la complexité des choix éthiques, l'impact de la maladie sur l'entourage du patient et le suspense généréré par le compte à rebours ("Si nous n'avons pas trouvé de solution, ce patient perdra l'usage de ses reins dans trois heures..."). House démontre en fait qu'il est possible de passionner les spectateurs avec une énigme quasi abstraite et en tout cas absconse, mais dont les enjeux sont clairs : en général, la vie d'un être humain.

Mais le grand intérêt de House, c'est la personnalité complexe de son héros, incarné par Hugh Laurie. Fascinant et dérangeant, House nous agace, nous touche et nous bouscule dans nos habitudes de pensées. Il pointe l'absurdité de l'attitude moderne qui considère que la communication et la présentation sont plus importantes que la compétence et le résultat. Lorsque on veut accomplir quelque chose qui en vaille la peine, vouloir en premier lieu être aimé risque fort de se mettre en travers du but recherché.

On pourrait croire que House ne s'aime pas… Il est plus vrai de dire qu'il n'a aucune indulgence envers lui-même.
La force de House, c'est peut-être que son ego est si énorme qu'il n'a pas besoin d'être flatté, ni encouragé. Il semble plutôt qu'il ait décidé, il y a longtemps, ce qui importait pour lui – soigner les cas impossibles – et qu'il écarte tout ce qui le gêne, même s'il doit pour cela mettre sa carrière en jeu ou aller contre le désir du patient lui-même. Son abus d'analgésique pourrait bien en fait procéder de ce choix - la douleur est un obstacle de plus. La vraie drogue de House, ce sont les mystères qu'il veut percer, la Vicodine n'est en réalité qu'un symptôme de cette obsession morbide… C'est ce qui fait de House un mélange idéal de formula show et de série feuilletonnante, car l'accumulation, le passage d'un cas à l'autre, semaine après semaine, est un dispositif essentiel pour dresser le portrait de cet obsessionnel, ce Sisyphe déterminé à percer les énigmes des corps qui souffrent.



****


Une note pour finir, il faut absolument regarder la série en VO car le sens de certaines répliques ont été changés en VF. L'exemple le plus célèbre est celui de la cigarette prescrite par House a un patient qui se transforme en riz complet en VF. Lorsque le patient demande juste après "mais ça ne va pas me rendre accro" ? on tombe évidemment dans l'absurde... Cette scène a pour but de rappeler que les médicaments prescrits par les médecins sont souvent aussi nocifs, voire plus, qu'une ou deux cigarettes. Grâce à TF1, les spectateurs français ne risquent pas de réfléchir sur les dangers de la surmédication, puisqu'apparemment, ce n'est pas plus grave qu'un abus de riz complet...

Note : J'ai repris ici pour le compléter un article au départ écrit pour le forum Serie Live.
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25 septembre 2007 2 25 /09 /septembre /2007 17:24
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Je suis en train de voir l'intégrale de M*A*S*H (la série issue du film de robert Altman et injustement méprisée par celui-ci), sortie dans une magnifique édition DVD, d'autant plus précieuse qu'elle permet de regarder la série comme l'avait voulue les auteurs, c'est à dire sans les rires enregistrés. La série comporte de nombreux épisodes marquants, mais je voudrais ici parler de l'épisode Point of View, qui se situe lors de la septième saison. Le postulat en est simple. La caméra suit entièrement du point de vue d'un soldat blessé, du moment où il se trouve sur le front et qu'il reçoit un éclat d'obus jusqu'au moment où il quitte le MASH (l'hôpital mobile de la guerre de Corée où se situe la série) après avoir été soigné.


Ce procédé (filmer entièrement une histoire en point de vue) a été tenté plusieurs fois au cinéma (La Dame du Lac,La Femme Défendue) sans être tout à fait convaincant (même si La Femme défendue n'est pas sans qualités). Ici, il l'est tout à fait. Tout d'abord, les scénaristes ont intelligemment décidé que le soldat serait blessé à la gorge, ce qui empêche celui-ci de parler pendant presque tout l'épisode, et lui enlève, lorsqu'il peut enfin articuler péniblement quelques mots, la possibilité d'avoir une voix distincte. De cette façon, ce soldat est un observateur, mais plus important, il n'est jamais caractérisé. On ne verra même jamais son visage dans un miroir. Nous ne saurons jamais ce que le soldat pense. Nous ne savons pas s'il a peur, ou s'il a mal, à part lorsque sa voix étranglée nous rappelle ce qu'il endure. Car l'épisode ne cherche pas à nous donner l'illusion que nous sommes à sa place, mais uniquement à déplacer notre point de vue habituel sur les personnages familiers, à nous mettre dans la position d'un observateur, d'un patient typique du "MASH 4077" qui aura un bref aperçu des soignants de l'hôpital, des petites manies des médecins, des mensonges des patients.

L'épisode parvient ainsi à la fois à nous parler de la fiction, du soin et de la guerre. Au cours de l'épisode, le thème du changement de point de vue revient en permanence, mais je conseille vraiment de le voir pour s'en rendre compte par vous-même. Ce que je voudrais souligner ici, c'est que les séries télévisées semblent souvent plus à l'aise que le cinéma avec les tentatives expérimentales. Peut-être parce que de telles expérimentations s'inscrivent dans un cadre où le besoin essentiel de caractérisation et d'identification aux personnage a déjà été accompli. En fait l'épisode paraîtra probablement moins frappant au spectateur qui découvrira la série avec cette épisode qu'à celui qui connaît déjà bien le contexte et les personnages. Si le regard adopté ici est si important, s'il nous touche, c'est bien parce qu'il constitue un changement de point de vue, une articulation avec le reste de la série, qui nous évite l'impression pesante d'assister à exercice de style.

Quoiqu'il en soit, l'audace et le savoir-faire des séries américaine n'est pas récent. Les séries commencent peut-être à être reconnues en France, mais les scénaristes de télévision n'ont pas attendu cette reconnaissance pour prendre des risques et considérer que la télévision était un peu plus que le "cinéma" du pauvre… et pouvait même damer le pion du grand écran.
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