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Articles Par Mois

4 avril 2009 6 04 /04 /avril /2009 09:33
J'ai envie de revenir sur un propos d'Alain Corneau « il y a une conception d’Internet quasi mystique, qui en fait un objet tout le temps en mouvement, impossible à contrôler ». La notion de contrôle me trouble un peu et j'aimerai comprendre pourquoi il faudrait "contrôler" internet.

Revenons un peu en arrière… lorsque Gutenberg eu en 1440 l'idée de transformer le principe du pressoir à vin pour en faire la presse à imprimer, il donna, pourrait-on dire, naissance au monde moderne. Les avancées sociales et technologique obtenues depuis cette époque n'auraient pas été possibles sans l'invention du livre. La reproduction du savoir sur support papier a mis la connaissance à la portée de tous et a abouti (pour aller vite) à la révolution française autant qu'à l'invention de la machine à vapeur. La créativité, c'est avant tout la capacité de mettre en rapport des connaissances éparses et de développer des idées qui ont été initiées par d'autres.

Il ne suffisait pas à Denis Papin de voir se soulever le couvercle d'une marmite d'eau bouillante pour inventer la première machine à vapeur. Il fallait aussi avoir connaissance du principe de Huygens permettant de faire le vide à l'aide d'une explosion, il fallait avoir un minimum de connaissance pour transmettre le mouvement. Bref, il fallait être capable de rassembler un savoir épars pour produire une machine unique. Et le livre fut longtemps le moyen privilégié de connaissance et de communications des idées.

Le livre peut être emporté partout, il ne demande pas d'énergie et s'il est bien conservé peut durer plusieurs siècles. Ses défauts : être un support solide, c'est à dire nécessiter de la place, un investissement, et obliger à une recherche extensive pour permettre de retrouver une information pertinente. Parce qu'il palie à ces manques, le reseau Internet représente bien une révolution comparable à celle de Gutenberg.

Ce n'est pas seulement le nombre de neurones de notre cerveau qui permet à l'intelligence de fonctionner, mais leur diversité et la richesse des interconnection entre les neurones. De là, jaillirait la conscience. Dans le tissu social, ce n'est pas seulement le savoir individuel qui compte, mais la facilité avec laquelle la connaissance circule. En donnant une possibilité de mettre en relation de façon exponentielle des découvertes éparses, internet représente une révolution comparable à celle du livre : un accès plus aisé, plus global aux connaissances de notre temps, aux informations de notre époque, et une capacité plus grande de mettre en relation des domaines et des idées autrefois sans rapports.

Le combat pour le droit d'auteur ne précéda pas le livre, il en fut la conséquence, et parce qu'il en fut la conséquence, il fut largement modelé sur ce qu'était le livre, c'est à dire un support physique, reproductible industriellement. Les droits d'auteurs étaient donc dépendants de la vente, de la diffusion et de la reproduction industrielle, dépendance qui n'a pas lieu d'être lorsqu'on parle d'échanges virtuels. Adapter les droits d'auteurs à ces échanges est le meilleur moyen de les faire subsister, parce qu'il est simplement impossible de traiter la diffusion virtuelle comme s'il s'agissait d'échanges physiques. On peut mettre au pilon des DVD de contrefaçon d'un film, mais on ne pourra jamais pilonner un fichier DivX…

Internet permet de publier une information instantanément et de permettre qu'elle fasse le tour du monde bien avant que des rotatives ait pu les imprimer. Par le biais des moteurs de recherche, le réseau permet d'aller directement à une information en fonction de sa pertinence avec un résultat quasi instantané – ce qui ne doit pas empêcher la vigilance ni la vérification de l'information en question. Mais de même qu'un livre peut être truffé d'erreurs ou d'idées néfastes, internet n'est que le reflet des imperfections humaines : développer le sens critique est aussi important aujourd'hui qu'à l'époque de Descartes.

Cela dit, le parallèle entre la civilisation virtuelle qui s'annonce et celle du papier (qui ne sont pas incompatibles mais complémentaires, de même que le livre n'a pas mis fin à la calligraphie), semble pertinent. Le livre, comme internet, n'est qu'un support à l'information, un moyen de communication.

Et reprenons un instant la phrase d'Alain Corneau à la lumière de cette idée et demandons nous quelle aurait été notre réaction si nous avions lu : "il y a une conception du livre quasi mystique, qui en fait un objet tout le temps en mouvement, impossible à contrôler". Relisons la phrase deux trois fois. L'impression est-elle agréable ? Pas vraiment. Le mot qui nous gène est bien celui de "contrôle". Contrôler le livre ? Le contrôler comment ? Et surtout qui va le contrôler ?

A l'évidence Alain Corneau n'aurait jamais utilisé le même vocable s'il s'était agit du livre, parce que, malgré "Mein Kampf", le livre est synonyme depuis longtemps de progrès, culture et humanisme, parce que le combat pour la liberté d'expression a fini par être plus ou moins gagné contre tous ceux qui prétendaient contrôler quelles idées étaient publiables ou pas. Et qu'appeler à contrôler le livre apparaîtrait comme insupportable, comme un appel à la censure. Est-ce une vision mystique ? je ne sais pas…

Le droit d'auteur n'a jamais été un "contrôle" du livre. C'était juste un nouveau modèle économique, qui garantissait aux auteurs de l'époque une indépendance vis-à-vis des mécènes et une juste rétribution par rapport au "nouveau" support (au XVIIIe siècle, le livre avait quatre cents ans mais l'explosion des tirages lié à l'amélioration des imprimeries industrielles était relativement récent).

Or le cinéma, la musique, possèdent les même caractéristiques que le livre : après avoir nécessité des support physiques, ils peuvent être transformés en flux d'information libre de tout support physique déterminé. Nous sommes passé d'un monde de connaissances sur supports, à un monde d'informations virtuelles (sans pour autant que ce soit exclusif). L'important n'est pas de contrôler ces flux d'informations mais bien de permettre un modèle économique qui garantissent aux auteurs qu'ils pourront continuer à produire des œuvre avec le maximum d'indépendance et qu'ils ne seront pas exploités par ceux qui tirent profit de leur travail sans rien leur reverser (les FAI).

C'est en tout cas une perspective qui permettrait de sortir des diktats parfois absurdes des chaînes de télévision qui en refusant un projet signent souvent en France son arrêt de mort : quand un réalisateur est allé proposé un projet à Canal+, et TF1 et qu'il a été refusé, il peut considéré dores et déjà que les chances de voir son film se faire un jour sont pratiquement nulles, car même l'avance sur recette ne lui suffira pas pour boucler son budget.

Internet peut changer cette donne, à condition que les artistes proposent de nouveau modèles économiques qui sont adaptés au réseau. Alors que le livre et le cinéma d'autrefois enrichissaient forcément tout un tas d'intermédiaires, et nécessitaient des matières premières et des élaborations industrielles pour être diffusés (le prix d'une copie sur pellicule est clairement un frein à la diffusion), les artistes, par le biais d'internet ont la possibilité d'aller directement à la source et d'accéder à de nouveaux modes de diffusions qui les favorise. Une œuvre en première diffusion sur internet comme le fit l'an dernier Joss Whedon avec Dr Horrible est devenue possible et même rentable (Dr Horrible a rapporté le double de son budget rien que par les téléchargements - grace à la pub - et, malgré la diffusion gratuite sur internet, s'est bien vendu en DVD).

On peut aussi par exemple imaginer la possibilité d'adapter au cinéma le modèle économique de "l'otage" inventé, je crois, par les créateurs de logiciels. Lorsqu'un film a besoin d'un budget modeste, le réalisateur ou toute personne ayant quelque notoriété dans son domaine peut faire un appel aux internautes en présentant son projet : tout internaute peut donner la somme qu'il veut pour aider le film à se faire, sachant que le film ne pourra pas être tourné si une certaine somme n'est pas atteinte (qui comprend le bénéfice fixe qu'entend atteindre son auteur). Si le film n'est pas tourné, chaque internaute se verra remboursé intégralement, mais si la somme nécessaire est atteinte, le film sera mis en disposition gratuite indéfiniment dans une copie de qualité sur internet (ce qui n'empêche pas forcément, d'ailleurs, une sortie cinéma et des diffusion télévisée qui assureront d'autres formes de rémunération). Je ne suis pas juriste, donc les modalités restent un peu floues, mais vous comprenez l'idée. Bien sûr, tous les projets ne sont pas adaptés à un tel modèle (il faut de la notoriété et un projet très attractif, peu onéreux mais adapté au public d'internet) mais c'est un modèle qui a l'avantage de rapprocher le créateur de son public et de couper les intermédiaires.

Obtenir la licence globale (ou un modèle économique de ce genre) risque d'être un combat compliqué. Quelles modalités faudra-t-il pour son application ? Comment la rendre juste ? Prendra-t-elle en compte le chiffre des téléchargement ou se fera-t-elle en proportion des entrées en salle, empêchant qu'un artiste puisse connaître son succès sur internet alors qu'il n'a pas eu de sortie digne de ce nom ?

L'HADOPI a beau avoir été adoptée, il y a loin de son adoption à son application, et le temps qu'elle va nous faire perdre pour faire mettre en place une solution plus juste pour les auteurs doit être mise à profit pour réfléchir à ce que nous voulons.

Alain Corneau parle de la mystique d'internet, il a peut-être raison, mais je lui opposerai la conception non moins mystique qui prévaut lorsqu'on parle des droits d'auteur. Oui, le droit d'auteur à la française me semble plus juste sur le principe que le copyright à l'américaine, mais malheureusement, il reste souvent inadapté pour les "petits" artistes qui ne sont pas encore des ayant-droits. Ceux-là, la SACD ne les défendra pas.

Aux USA, il est impossible (et même interdit, par contrat avec la Writer's Guild) à un producteur de demander aux scénaristes d'écrire ne serait-ce qu'une ligne sans lui proposer une rétribution. En France, et parce que le droit d'auteur existe, il est monnaie courante pour un producteur de lancer des scénaristes sur des projets à la télévision et au cinéma sans lui proposer le moindre sou pour son travail préparatoire, travail préparatoire qui servira au producteur pour proposer un panel de projet aux décideurs et qui le fera "exister" auprès d'eux, même si le projet n'est pas retenu. Dans le cas où le projet est rejeté, le producteur en aura retiré un bénéfice (prise de contact, possibilité de proposer un éventail large de projets sur un appel d'offre) mais pas l'auteur. Cela est possible entre autre à cause d'une certaine conception – mystique – du droit d'auteur, une conception qui fait qu'on trouve normal que les auteurs – particulièrement les scénaristes – prennent toujours les plus gros risques, puisqu'à terme ils seront parmi les "vrais" propriétaires de l'œuvre… On oublie juste de les prévenir que l'œuvre en question n'est qu'un projet et qu'elle n'existera probablement jamais.

Car il y a loin d'un projet à son accomplissement. Un producteur peut venir vous voir en vous disant que telle chaîne veut se lancer dans le film d'horreur, et qu'il voudrait que vous fassiez un synopsis
(sachant qu'un synopsis, c'est la construction même du film, c'est à dire sa colonne vertébrale et qu'on parle de plusieurs mois de travail pour que ce soit bien fait). Lorsque celui-ci est écrit, puis réécrit plusieurs fois pour être conforme au désir du producteur, et que le scénariste pense qu'il va enfin pouvoir être payé, la chaîne a eu le temps de changer d'avis et de rejeter systématiquement tout scénario d'horreur à la suite de quelques échecs commerciaux dans le genre concerné... Le producteur s'excuse, "désolé, j'aime le projet, mais je ne peux pas me lancer là-dedans sans l'argent des chaînes". Et, en attendant, le scénariste a travaillé pour rien.

Au-delà du problème particulier d'internet, défendre le cinéma français et les jeunes créateurs ne passe-t-il pas aussi d'abord et avant tout par un combat contre certaines pratiques abusives de la profession ? Cela fait des années que j'assiste à des abus envers les scénaristes (commandes non payées déguisées en "opportunité impossible à refuser", demandes de réécritures sans frais et sans justification, délais impossibles à tenir sans perte de qualité, frais de recherche non remboursés, etc.), et je n'ai pourtant pas vu beaucoup de membre de la profession présents pour soutenir l'HADOPI s'en inquiéter. Pourtant, je ne suis pas le premier à dire que l'état du scénario en France est calamiteux. Tous ces gens ne voient-ils pas qu'il y a une corrélation entre la qualité des scénarios (et donc des films) et la façon dont on paye et traite les scénaristes ?

A l'évidence
, les professionnels du cinéma sont capables de s'engager dans un miltantisme actif pour l'avenir de la profession lorsqu'ils comptent assurer la défense (mal dirigée) de leurs intérêts immédiats, mais je doute un peu de leur volonté de protéger les petits vu qu'ils se sont toujours tus lorsqu'il s'agissait de combattre une réelle injustice de pratique. Ils soutiennent une loi HADOPI qui se présente comme "pédagogique"… belle pédagogie ! Ils nous apprennent surtout qu'en France, quand on tient le haut du pavé, c'est normal de rouler pour soi. "Télécharger gratuitement un film c'est du vol", disent-ils, mais qu'on puisse commander des synopsis légalement sans offrir une juste rémunération aux auteurs, ce n'est pas digne d'une mobilisation des kadors de la profession pour permettre de sauvegarder la pluralité ou pour combattre une "gratuité" qui, contrairement à celle d'internet, implique forcément que des auteurs ne soient pas payés pour leur travail.

Mais pour que cette situation scandaleuse change, il faudra se débarrasser d'une autre conception mystique : celle qui suppose que les artistes sont des purs esprits, des ayant-droits en devenir, et non des travailleurs, des artisans, qui ont eux aussi besoin de payer leur loyer en fin de mois.

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Published by Struggling Writer - dans Cinéma
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commentaires

yt75 08/01/2012 15:51


A propos de "conception mystique" d'internet, certains texte de Mallarmé (pas les références exactes sous la main) pourraient être considérés comme visionnaire à ce sujet.


Sinon au sujet du piratage, il me semble que ce que l'on oublie souvent de dire est que :
- la "lutte" pourrait tout à fait être dirigée contre les centres et non utilisateurs finaux, ce qui quoi qu'on en dise pourrait très bien fonctionner (il y a toujours des centres dans le
piratage, du fait du besoin de catalogue entre autre, "peer 2 peer" aussi vaste hypocrisie dans les termes)
- Ceci permettrait de sortir de ces délires approche monitoring à tout va des flux utilisateurs (et collecte adresse IP)
Ceci un peu plus développé ci-dessous :
http://iiscn.wordpress.com/2011/05/15/piratage-hadopi-etc/
Et si en parallèle, il y avait un environnement d'achat à l'acte et à l'oeuvre ou édition non monopolistique "atawad"(any time,any where, any device)  offrant une vraie plus-value
utilisateur à acheter par rapport à pirater (typiquement ne plus avoir à s'occuper de fichiers, copies, backup, transferts, synchro, du tout, passer à "si j'ai acheté, ça marche et puis c'est
tout"), je n'aurais rien contre la mise en place de la lutte anti piratage vers les centres (le piratage zéro aucune importance, comme échange de fichiers en cours d'école).
Environnement un peu plus développé ci dessous :
http://iiscn.wordpress.com/2011/05/15/concepts-economie-numerique-draft/
ou texte (2007) :
http://iiscn.files.wordpress.com/2011/03/copies_licences.pdf

Environnement qui par contre nécessiterait un nouveau rôle "tenanciers de bibliothèques personnelles" ou quelque chose comme ça, que des références ou "licences/contrats" dans ces bibliothèques,
pas copies des oeuvres, et séparation des rôles claire entre les entités ayant ce rôle et éditeurs/Magasins/créateur de contenu.

Ce qui de fait est aussi lié à la problématique actuelle des "données personnelles" sur internet, et à  la "bataille de l'identité" associée (utilisation compte facebook twitter g+ etc pour
se loguer sur quasi tous les sites), problématique pour laquelle laisser cela à deux ou trois "monstres" n'a rien d'une fatalité :
http://iiscn.wordpress.com/2011/06/29/idenum-une-mauvaise-idee/


 


Sans oublier que la "licence globale" dans l'environnement "longue traîne" actuel serait de fait tout à fait innaplicable (surtout au dessus d'une infrastructure de piratage) :


http://iiscn.wordpress.com/2011/07/03/licence-globale/


Bien cordialement


yt

Gwenaël Le meur 13/10/2010 14:09



Trés bon Papier virtuel. Instructif, fait avec réflexion et intelligence !



Tho Z 09/04/2009 14:13

HADOPI refusée à l'Assemblée ce matin ! http://www.ecrans.fr/L-Assemblee-Nationale-rejette-le,6910.htmlIls se sont pointé à plus de 30 apparement (record par rapport au reste des débats) et ont refusé la loi.Il se passe quoi maintenant ?

Marie E 09/04/2009 10:08


Concernant les conditions de travail des scénaristes en France, je suis aussi scandalisée que toi par les synopsis pas payés. A noter qu’il y a un domaine où cette pratique n’a pas cours : la série télé dessin animé. Le pitch est gratuit mais si votre pitch est accepté, on vous paye chaque étape ensuite que l’épisode se fasse ou non au final et c’est très bien. Un jour qu’un producteur qui me demandait d’incessantes reécritures au gré des lubies des chaines d’un synopsis pas payé pour un téléfilm de commande, je lui ai demandé s’il trouvait vraiment normal que l’étape qui demande le plus de créativité et de travail soit gratuite et que le producteur ne prenne absolument aucun risque alors que le scénariste les prend tous. Il m’a répondu qu’il me comprenait mais que le problème était que les scénaristes les plus prolifiques et les plus demandés de la télé ne demandaient pas d’argent pour écrire le synopsis et les écrivaient très vite alors pourquoi paierait-on les autres qui n’ont pas un nom pour appâter les chaînes ni une rapidité équivalente? On comprend mieux pourquoi les téléfilms et les séries françaises sont si faiblards quand on sait que les synopsis sont écrits en un jour ou deux. Et comme par hasard, les séries dessin animées françaises sont parmi les meilleures au monde. Il faudrait que tous les scénaristes refusent d’écrire plus de 10 lignes (un pitch) gratuitement et on pourrait faire changer les choses.
Il y a une autre pratique anticréative qui m’énerve. Lorsqu’on signe un contrat pour un long-métrage, les producteurs décident de ne vous donner au début de l’écriture qu’une somme ridicule vous permettant de vivre environ deux mois en se serrant la ceinture. On vous donnera encore un petit peu d’argent quand vous aurez rendu la première version mais le gros de la somme promise vous sera donné une fois que le film commencera d’être tourné. Ce qui revient à dire que vous n’êtes pas payé pendant la période (souvent très longue) où vous travaillez. Quand on demande pourquoi, on vous répond que c’est pour vous pousser à écrire rapidement le film, que c’est une carotte pour vous faire avancer. Or bien-sûr, on n’écrit pas un scénario en deux mois, c’est impossible. On arrive à l’effet contraire. Vous êtes obligé, pour vivre, de faire un autre boulot à côté. Donc pendant que vous écrivez, vous êtes tourmenté par le manque d’argent pour vivre et lorsque vous travaillez à côté, vous êtes tourmenté parce que votre scénario ne peut pas avancer car vous n’avez pas le temps. Vous mettez deux fois plus de temps pour écrire votre scénario et vous ramez. Si on était mensualisé sur une durée estimée être le temps minimum pour écrire un vrai bon long-métrage, on aurait tout intérêt à écrire vite, dans les temps. Mais là, au lieu d’un carotte qui vous fait avancer, vous avez l’impression d’avoir un boulet au pied qui vous ralentit et vous demande une énergie double. Alors les scénaristes mis dans cette situation se retrouvent tentés fortement de torcher une première version peu aboutie en camouflant les failles pour toucher de l’argent au lieu de la soigner et ça aboutira à un film, s’il se fait, pas assez travaillé. En fait, là encore, le producteur ne prend pratiquement aucun risque et vous laisse les prendre et la qualité des œuvres en prend un coup. C’est la règle du jeu, la loi du plus fort mais on a parfois l’impression d’être le personnage de Misery.
Dans quel autre métier pratique-t-on ces règles ? Imagine qu’on demande à des concepteurs de fusée de proposer des plans gratuitement et qu’ensuite on leur dise qu’on ne leur donne que deux mois de salaire pour concevoir et construire toute la fusée et qu’ils ne seront payés que le jour où la fusée décollera. Je ne voudrais pas être dans cette fusée…

Marie E 08/04/2009 13:12

Pour apporter un petit peu d'eau à ton moulin sur ce débat, je voulais dire que je vis avec un écrivain. Ses livres sont achetés par des bibliothèques et mis à la disposition de tous gratuitement ou pour une somme modique. Or cette somme modique est en partie redistribuée aux auteurs qui touchent donc des droits  (certes petits) sur les emprunts de leur livre en bibliothèque. Pourquoi ce système n'est pas applicable sur internet? Le fait qu'on puisse lire un livre gratuitement ou presque, sans l'acheter en l'empruntant en bibliothèque n'a jamais provoqué de levée de bouclier parmi les auteurs. Personne n'a jamais voulu interdire l'existence des bibliothèques. On ne nous interdit pas d'enregistrer la radio ou la télé. Il est logique que la culture soit accessible à tous. Je peux voir la Joconde gratuitement sans payer mon entrée au Louvre ou acheter une reproduction et je trouve ça normal, pourquoi ne pourrais-je pas voir un film sans l'acheter?Quant à Corneau, l'adresse mail que j'ai qui date un peu ne marche pas, désolée. 

Struggling Writer 08/04/2009 13:36


Pas de problème, je pense que de toutes façon ses oreilles doivent siffler en ce moment… Les artistes qui ont soutenus l'HADOPI vont se sentir bien seuls dans les réunions de familles.

Pour les bibliothèques, merci de le rappeler (je l'avais d'ailleurs mentionné dans mon article précédent ainsi que la radio et la télé, mais tu pousses le raisonnement plus loin). L'accès gratuit à
la culture est aussi importante que l'accès gratuit à l'éducation. Certains artistes en faveur de l'HADOPI ont prétendu qu'il était ridicule de dire que les téléchargements étaient culturels, parce
qu'il s'agissait d'œuvres avant tout populaires. Je me souviens même que dans le débat l'un d'eux (je ne sais plus lequel, peut-être Jean-Claude Carrière) disait en gros : "ce n'est pas pour la
culture qu'on télécharge, c'est pour le plaisir", pensant ainsi mettre fin au débat. Intéressant de voir que les artistes français adoptent la hiérarchie des genres selon laquelle ce qui est
populaire n'est pas de la culture et que, pour certains d'entre eux, le plaisir est incompatible avec l'art. D'ailleurs, que je sache, les bibliothèques ne se prêtent pas à de telles hiérarchies
risquées et on y trouve autant Stendhal que Stephen King, Dostoïevsky que Barbara Cartland, James Joyce que Bernard Werber. Personne ne s'est jamais retrouvé privé de carte de bibliothèque pour
avoir emprunté des livres qui lui faisait plaisir, plutôt que des œuvres dites "culturelles" (puisqu'il faut opposer les deux notions) !


marie 04/04/2009 17:58

Je reviendrai sur ton article une fois que je l'aurai imprimé. Je me disais juste que le livre a fait sans doute fait peur et fait peur encore aujourd'hui. Certains écrivains ont une fatwa sur la tête. Cela me fait penser à ce dessin animé "Brendan et le livre de Kells" qui est sorti cet hiver. Le livre est un danger et cela raisonne avec aujourd'hui. je ne sais pas si tu l'as vu mais la problématique est la même. Celle du contrôle du savoir est vieille, vieille... Comme celle de la liberté. A plus tard. 

Akio 04/04/2009 14:13

Tu n'as pas tort...En tout cas, je suis heureux de voir ce blog ressusciter. :o)

Struggling Writer 04/04/2009 16:45


Ben merci. Je reste un peu trop occupé pour être certain que je pourrais continuer à tenir ce blog de façon régulière dans un proche avenir, mais j'essaierai...