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Articles Par Mois

30 juillet 2009 4 30 /07 /juillet /2009 23:02
Allô, le CTU ? Ici Jacques Boheur…
Bon, Nina m'informe que l'attaque terroriste a été annulée,
finalement… Oui, c'est ça… Sinon… il y a quoi à la cantine, ce midi ?
                                                            


Récemment, Antoine de Froberville (mon co-scénariste) et moi, avons rencontré une "directrice littéraire" d'une maison de production spécialisée dans les téléfilms et séries, qui a pignon sur rue. Je tiens à dire que c'est elle qui voulait nous rencontrer et que ce n'était pas une candidature spontanée de notre part. Elle était même prévenue que nous étions échaudés par les méthodes de travail de la télé.

Voilà le résumé :

Elle : Je voudrais produire une série ambitieuse et travailler avec des nouveaux talents, en m'inspirant de la méthode américaine, créer un pool d'auteurs, etc.

Nous : Ouah, super ! Nous, les méthodes à l'américaine, travailler avec plusieurs autres scénaristes, on est pour. Cela dit, en parlant de méthode, précisons que dans un tel cas, la façon dont on travaille, c'est qu'on vous fait un pitch, vous prenez ou vous refusez sur cette base, mais après, on n'écrit pas une ligne sans être payés. À l'américaine quoi.

Elle : Pas de problème, c'est normal.

La discussion continue. A un moment, en l'entendant expliquer sa vision des choses, un doute m'étreint.

Moi : Mais c'est quoi un pitch pour vous ?

Elle : Ben c'est un résumé du scénario, de cinq pages, écrit.

Nous : Pas vraiment… Ça, ça s'appelle un synopsis. Un pitch, c'est trois minutes à l'oral pour vous convaincre qu'on a une bonne idée.

Elle : Vous êtes sûr ?

(Là on aurait dû se dire que ça sentait le pâté : un professionnel qui veut travailler à l'américaine, mais qui ne connaît pas le vocabulaire de base, c'est louche.)

Nous : Plutôt oui…

Elle : Mais enfin, ce n'est pas possible de savoir en trois minutes s'il y a une bonne histoire !

Nous : Ben les producteurs américains y arrivent… Ça oblige à aller à l'essentiel.

Elle : Ouais, mais ici c'est la France… Et puis, je n'aime pas qu'on me mette le couteau sous la gorge.

Nous : Nous, on ne vous oblige pas à nous engager…  Maintenant, si on vous comprend bien, vous voulez qu'on bosse pour vous écrire un synopsis, c'est à dire faire la construction de l'histoire, ce qui présente 70% du boulot de scénariste et plusieurs semaines de travail, sans aucune garantie d'être payés. En gros, c'est la même méthode française qui aboutit à de mauvais scénarios depuis vingt ans parce que la construction est bâclée.

Elle : Oui, mais moi je veux des gens qui soient passionnés.

Nous : C'est à dire ?

Elle : Des gens qui travaillent par enthousiasme…

Nous : Sans être payés, quoi…

Elle : Bon, la discussion est finie, sortez de mon bureau.

Nous (on ne bouge pas d'un pouce) : On est apparemment parti du mauvais pied. Mais quand même, on aimerait comprendre. Vous venez nous chercher pour travailler pour vous, pour vous aider, et vous prenez mal quand on demande d'être payé. Nous, tout ce qu'on demande c'est que les risques soient partagés. Si on passe un mois sur le projet et que ça se casse la figure, parce que la direction de la chaîne a changé, ou que votre projet n'était pas intéressant pour eux à la base, on aura travaillé pour rien.

Elle : Si on va par là, on peut plus rien faire ! C'est pas du poker, je ne paye pas pour voir. En France, les scénaristes ne sont payés que si le projet est validé par le "client" (traduction : "la chaîne de télé"). C'est comme ça.

Nous : On comprendrait que ce soit comme ça si c'était notre projet, mais là, ce n'est pas le cas : ça reste quand même une commande de votre part…

Elle : A vous écouter, plus personne ne peut faire d'appel d'offres. Les architectes, ils travailleraient comment ?

Nous : Ben les appels d'offres, ça nous intéresse pas. On pensait que vous aviez un projet à proposer, pas un appel d'offres…

(A ce propos, on aurait pu ajouter que les partenaires qui travaillent pour un cabinet d'architecte continuent d'être payés même si le projet auxquels il collaborent n'est pas retenu lors d'un appel d'offres... mais bon, l'esprit d'escalier.)

Elle : De toutes façons, à partir du moment où vous voulez être payés pour écrire, c'est fini. Moi je ne travaille pas comme ça. La discussion est terminée.

Nous : Bon, au revoir, désolés de vous avoir fait perdre votre temps… et le nôtre.

VLAM ! (Bruit de la porte de la télé qui se ferme derrière nous pour au moins quatre ans…)

Conclusion : Eh oui, les productions veulent faire des séries innovantes et audacieuses, à condition que cette démarche ne demande pas qu'elles aient  quoi que ce soit à changer à leurs méthodes éprouvées, qui ont donné les résultats que l'on sait…

Spectateur, j'espère que tu aimes Louis la Brocante et Julie Lescaut, on va te repasser le plat pendant encore longtemps.

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Published by Struggling Writer - dans Séries Télé
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commentaires

Scriberina 14/10/2013 13:34


Je n'avais aucune idée que ça fonctionnait de la sorte... Je ne suis pas scénariste, en fait, je suis tombée par hasard sur cet article que je trouve excellent dans sa description. Ceci dit, ça
répond à l'une de mes grandes interrogations sur la tv française : pourquoi est-elle aussi nulle ?


Personnellement, je suis écrivain (enfin aspirante écrivain) et votre description me fait penser aux maisons d'édition qui demandent à payer pour la publication, puis ne vous fait aucune
promotion et ne vous accorde un pourcentage droits d'auteurs qu'à partir du millième livre vendu... En somme, la grosse arnaque.


Finalement, ce que je ne comprends pas, c'est cette volonté (semble-t-il) de nous fournir du cuit, recuit et super cuit. Les experts, c'est cool à Manhattan, mais à Paris ? Franchement nase (en
tout cas, c'est mon avis). Pas du tout convainquant. Je suis sûre qu'il y a des tas d'auteurs scénaristes plein de talent qui sont bourrés d'idées géniales mais qu'on refuse de financer juste
pour nous ressortir des vieux épisodes de Navarro... Alors que s'il s'agit d'adapter l'ultime saison de la dernière téléréalité débile... là, ils savent trouver l'argent... 


Pour terminer je dirais que le manque d'originalité touche aussi de plus en plus les films américains. Puisque vous êtes professionnels, vous vous en êtes sans doute rendus compte vous aussi...
En tout cas, moi qui vais au cinéma au minimum une fois par semaine, je trouve désolant que l'on accorde plus d'importance à des effets spéciaux (dont on pourrait bien souvent se passer) qu'au
texte et à l'histoire. Rien de plus frustrant que de sortir de la salle dégoûtée parce que.. ben l'intrigue, c'était zéro, invraisemblable et stupide, et les dialogues... euh... ils étaient où ?
oops pas le temps, il fallait d'abord montrer à quel point ils sont doués dans l'imagerie 3d...


En tout cas, courage à vous ! Vous avez raison de vous battre et j'espère qu'un jour ou l'autre, un collectif de scénaristes permettra et la reconnaissance du métier, et des droits plus
conséquents.

Sébastien Gendron 29/04/2011 18:04



J'ai ouvert un blog en 2007 sur les expériences professionnelles pourries, les trucs improbables qui arrivent sur des boulots saisonniers. Ca a eu son petit succès à un moment et puis, par manque
de témoignages, ça s'est un peu arrêté. Mais j'ai envie de reprendre et ce témoignage m'intéresse beaucoup (je suis moi-même réalisateur et j'ai raconté pas mal de trucs sur les plateaux où j'ai
trainé). Seriez-vous d'accord pour un copier/coller signé de votre texte sur BlogJob?


Bien à vous


Sébastien Gendron



Struggling Writer 30/04/2011 00:00



Je suis pas trop pour la reproduction de textes en dehors du blog, désolé. Le seul moyen que j'aie de savoir si mes textes son lus c'est le compteur dont je dispose sur le blog. Donc la
reproduction d'un texte en dehors de celui-ci fausserait l'évaluation. J'espère que vous comprenez et bonne chance pour la repris de de votre blog.



Bébert 13/04/2011 12:46



J'ai pas la télé. Et en lisant ce genre de témoignages, je me dis que je ne suis pas prêt de l'avoir... bon courage pour la suite.



Struggling Writer 13/04/2011 20:14



Au passage, moi non plus je n'ai pas la télé…


 


Ce qui est fait de mieux à la télé peut se voir autrement (en DVD, Blue Ray ou téléchargement)...



lalatiana 04/04/2011 16:20



bonjour,


je crois que votre adresse mail ne fonctionne pas.


comment vous joindre ? :)


merci,


lalatiana



Struggling Writer 04/04/2011 17:53



Désolé, j'ai oublié de changer de lien après être parti de freesurf. C'est updaté à présent...



danslebocal 29/03/2011 09:51



salut à tous, désolé mais cette discussion est un peu n'importe quoi. Je ne sais pas où vous avez lu que les scénaristes américains travaillaient comme ça, peut être dans un fantasme de
scénariste :) la vérité est beaucoup plus simple et prosaique : aux Etats Unis, les auteurs ne pitchent pas 3mn à l'oral et ensuite le tapis rouge s'ouvrent à eux. Mis à part quelques
showrunners stars, les pitchs viennent des maisons de productions (ok là bas ce sont des majors qui en général détiennent les networks) et les auteurs sont salariés et payés à la page. Alors ça
fiat certainement du bien à l'égo de se dire que son talent n'est pas reconnu et que tous les autres sont des cons et qu'ona tout compris mais poru des scénaristes qui ne travaillent pas à la
télé, ça me semble assez présomptueux. Je vois passer tous les jours des auteurs qui ont aussi tout compris et ont LA bonne idée pour révolutionner la fiction française, voire mondiale. Mais
avoir des idées sans connaître le marché réel ne sert à rien, pour cela il y a le cinéma ou encore la littérature. Aux Etats Unis, comme dans la plupart des pays occidentaux où la fiction
domestique marche bien mieux que chez nous, la seule rêgle qui compte c'est le business, l'argent que la sérei va pouvoir rapporter. N'oublions pas qu'aux Etats Unis, ceux qui décident de la vie
ou de la mort d'une série, ce sont les annonceurs, Coca, Procter & Gamble etc.... je sais ça fait moins rêver mais c'est comme ça. De plus, les showrunners stars, ceux qui peuvent pitcher en
3mn un projet ont, auparavant, travaillé comme scénaristes sur les projets des autres pendant des années à pisser de la copie pour n'importe quelles séries.


Alors désolé de ce mini coup de gueule mais j'en ai un peu marre de ce discours misérabiliste où les auteurs se défaussent sur les producteurs ou diffuseurs, s'enfermant dans une tour d'ivoire
sous prétexte qu'ils se croient meilleurs que les autres.


Le seul point où je vous rejoins c'est que totu travail mérite salaire et que demander un synopsis est peut être un peu exagéré. Un pitch d'une page serait plsu approprié mais c'est sur que si
vous mettez des semaines pour écrire une page, je comprends que ça ne soit pas possible. Et, en me mettant dans la peau du producteur, payer quelques milliers d'euro sans savori de qu'on on parle
et sans savori s'il va pouvori le vendre, juste sur la bonne tête des auteurs,  ça ne me semble pas possible non plus.


mais parlons-en :)



Struggling Writer 07/04/2011 01:29



Je ne sais pas où vous
avez lu que les scénaristes américains travaillaient comme ça, peut être dans un fantasme de scénariste





Pas vraiment… Je travaille avec des scénaristes américains.


 


la vérité est beaucoup plus simple et prosaique : aux Etats Unis, les auteurs ne
pitchent pas 3mn à l'oral et ensuite le tapis rouge s'ouvrent à eux.





Je ne sais pas où vous avez lu ça, mais ce n'est pas sur ce blog. Mais enfin, c'est bien essayé. Tout ce que je dis ici, c'est qu'aux USA, toute collaboration commence par un pitch (que ce soit
un pitch d'idée ou un pitch d'épisode, de personnage ou même une situation).


 


Néanmoins, on est loin du tapis rouge. Aux USA le scénariste débutant doit écrire au moins un scénario d'épisode d'une série diffusée en spec (sans être payé), s'il veut travailler à la
télévision. Une fois qu'il l'a fait, il peut démarcher les agents. S'il se trouve qu'un agent l'accepte sur cette base, ce qui est très difficile, l'agent en question lui demandera bien souvent
d'écrire encore un ou deux scénarios en spec. Ces scénarios ne seront probablement jamais diffusés, mais ils serviront à faire des démarches auprès des productions. Si l'agent, sur cette base,
parvient à obtenir une rencontre avec un Showrunner, celui-ci demandera au jeune scénariste de lui pitcher des idées. Et si l'entretien se passe bien, le scénariste est ensuite engagé (avec un
salaire) et rejoint la writer's tram. Au passage, il ne rédigera pas forcément d'épisode entier avant un bout de temps. Evidemment, ça peut vous sembler un fantasme de scénariste, mais on est
quand même loin du tapis rouge, sans pour autant être dans l'arnaque décrite plus haut…


 


Pour le reste, nous avions fourni à cette dame des échantillons, et elle nous avait bien contacté par notre agent, sur notre CV et notre réputation. Il ne s'agissait donc pas d'être payé sur
notre bonne mine... Seulement son plan, tel qu'il est apparu finalement, c'était que les scénaristes ne soient pas payés avant la validation des chaînes, et travaillent plusieurs mois à une bible
par pur enthousiasme pour son idée géniale, sans recevoir un kopeck, ce qui est bien le fond du problème. Ce qui n'est pas du tout pareil qu'un deal du genre : "je vous explique ce que doit être
la série, vous réfléchissez vous revenez avec un pitch (même écrit sur une page), et, si ça nous convient, on fait un premier contrat pour que vous rejoigniez l'équipe." On n'aurait pas forcément
accepté non plus, mais on aurait compris et on aurait respecté.


 


La phrase "De toutes façons, à partir du moment où vous voulez être payés pour écrire, c'est fini. Moi je ne travaille pas comme ça." a bien été prononcée telle quelle, je l'ai notée pour ne pas
l'oublier en sortant du rendez-vous tellement j'étais soufflé.


 


Je vois que vous êtes indigné, mais apparemment votre indignation est assez sélective. Certes, vous passez rapidement sur le fait qu'exploiter les scénaristes, c'est pas très beau, un peu pour la
forme. Mais à vous lire, ce qui semble pire pour vous, ce qui suscite vraiment votre indignation, c'est quand les scénaristes font des propositions "fantaisistes" pour changer ce qui les empêche
de travailler sérieusement, et quand ils osent être assez présomptueux pour critiquer le système… Vraiment ? C'est ça, le vrai scandale, pour vous ? Pas les producteurs qui disent sans ciller
qu'on n'engage pas quelqu'un qui demande d'être payé pour son travail ?


 


Je vois passer tous les jours des auteurs qui ont aussi tout compris et ont LA bonne idée pour révolutionner la fiction française, voire mondiale.


 


En l'occurence, c'est la directrice littéraire de cette prod qui a commencé à déblatérer sur les méthodes américaines et qui voulait révolutionner la télé. Nous on voulait juste travailler avec
les même méthodes que celles auxquelles le cinéma nous avait habitué entretemps. Ça nous aurait largement suffit, même si évidemment le principe de la writer's room et du pool de scénariste,
comme je le disais, on est pour…


 


On pourrait ajouter que, malgré l'état calamiteux des séries en France, exception faite des séries Canal, je vois régulièrement des gens de télé qui viennent défendre qu'en fait, non les USA
c'est pas mieux, la France c'est pas si mal, TF1 ne produit pas de séries si mauvaises, niant l'évidence et cachant leur médiocrité derrière de soi-disantes "réalités" (réalité définie par les
acteurs eux mêmes)… Personne ne dit que les USA, c'est mieux à tout point de vue, juste qu'ils ont des résultats probants et que si on dit "je veux m'inspirer des méthodes américaines", ce n'est
pas pour finir par servir le même discours rance et la même méthode que sept ans plus tôt quand les séries n'étaient pas encore reconnues…


 


En réalité, pas besoin d'être grand clerc pour voir qu'elle parlait juste des méthodes américaines pour essayer d'attirer des pauvres naïfs qui pensaient pouvoir participer au premier Six feet
under français et qui du coup seraient prêts à toutes les compromissions pour ne pas laisser passer leur chance.


 


Aux Etats Unis, comme dans la plupart des pays occidentaux où la fiction domestique marche bien mieux que chez nous, la seule rêgle qui compte c'est le business,
l'argent que la sérei va pouvoir rapporter.


 


Et… en quoi est-ce différent en France ? Justement, ça ne l'est pas, mais que tout le monde fait comme si l'argent n'était pas important… Du moins quand il s'agit de rémunérer équitablement les
scénaristes (je ne parle pas des quelques vedettes qui peuvent directement négocier une rémunération conséquente à la commande mais bien de la grande majorité).


 


N'oublions pas qu'aux Etats Unis, ceux qui décident de la vie ou de la mort d'une série, ce sont les annonceurs, Coca, Procter & Gamble etc....


 


C'est quand même plus compliqué que ça… Bien sûr que les chaînes sont comptables devant les annonceurs - les programmes sont même présentés en début d'année à Wall Street – mais les annonceurs
sont loin de décider unilatéralement la stratégie de la chaîne. Il y a un équilibre des pouvoirs et l'effet de pression des annoceurs est même parfois positif. Certaines séries sont conservées à
l'antenne malgré de faibles audience et un faible intérêt pour les annonceurs parce que la chaîne en tire du prestige (Homicide dans les années 90) ou au contraire parce que son public est
intéressant pour les annonceurs qui la soutiennent (Fringe qui vient d'être renouvelé malgré une audience relativement basse).


 


 


De plus, les showrunners stars, ceux qui peuvent pitcher en 3mn un projet ont, auparavant, travaillé comme scénaristes sur les projets des autres pendant des
années à pisser de la copie pour n'importe quelles séries.


 


Je vois que vous n'avez pas dû passer beaucoup de temps avec des scénaristes américains, ni même à lire leurs interviews ou leurs blogs. À la différence des scénaristes français, même quand ils
travaillent sur de médiocres séries et qu'ils font de la commande, ils essayent en général de bien faire leur travail et ne voient pas le fait de travailler pour une série commerciale comme étant
au-dessous de leur capacités. Pour autant, ils ne sont pas forcément tous content de leurs condition de travail ou de la qualité générale du show auquel ils participent, mais aucun n'utilisera un
terme aussi irrespectueux envers le public que celui de "pisser des copies".


 


Au passage dans aucune de nos négociations avec les productions, nous n'avons exigé le statut de Showrunner (c'est encore une interprétation délirante de votre part que de croire qu'on parle de
ça). Soit vous le faites exprès, soit vous ne comprenez pas de quoi il s'agit et vous auriez mieux fait de poser des questions avant de partir en sucette. Lorsque nous parlons de "pitcher", il ne
s'agit pas de pitcher une série (si on vient nous voir pour une commande on suppose que la série a déjà un sujet, donc on ne va pas la pitcher) mais bien de pitcher des épisodes, des arcs, des
idées, des personnages, ce qui est la procédure standard aux USA quand on veut engager des scénaristes pour une série et vérifier s'ils correspondent à ce qui est recherché… La méthode américaine
avant tout c'est ça. Presque tout travail d'écriture professionnel qui n'est pas en spec commence par un pitch.


 


Alors désolé de ce mini coup de gueule mais j'en ai un peu marre de ce discours misérabiliste où les auteurs se défaussent sur les producteurs ou diffuseurs,
s'enfermant dans une tour d'ivoire sous prétexte qu'ils se croient meilleurs que les autres.





Dommage que ce coup de gueule caricature les propos tenus et frise la mauvaise foi… Il faut d'abord comprendre de quoi on parle et à qui. Parmi des gens qui m'ont témoigné avoir eu le même genre
d'expérience se trouvent des romanciers (publiés et même reconnus) et des scénaristes de cinéma et même de dessin animé ou de bande dessinée. Bien que toutes les professions aient leurs
margoulins, l'impression générale est quand même que dans la plupart de ces domaines on a affaire à des gens clairs, qui payent à la commande quand c'en est une, et qui ne font pas de grands
discours pour expliquer que c'est normal si vous travaillez et retravaillez pour eux mille fois une commande sans avoir jamais été payé.


 


Tous les scénaristes et écrivains que j'ai rencontré et qui ont eu affaire aux gens de télévision, se sont vus à un moment où à un autre proposer des commandes dans des conditions plus ou moins
scandaleuses quand on les compare avec ce qui est pratiqué dans les autres médias… Les seuls qui les acceptent, semble-t-il, sont des scénaristes qui ne travaillent qu'à la télévision (vous savez
c'est comme les sectes, quand on ne sait pas ce qu'est le monde ailleurs ou qu'on bénéficie du traitement VIP, on ne voit pas le problème).


 


Maintenant, si vous aviez lu les commentaires, vous auriez vu que des exceptions ont été soulignées. C'est bien beau de vouloir défendre les pauvres producteurs de télé, mais il se trouve qu'il
en existe quelques uns qui n'ont pas besoin de l'être parce qu'ils appliquent des méthodes de travail rationnelles, honnêtes, et affichent des rapports clairs avec l'argent : ceux-là n'ont pas
été attaqués. Nous avons parlé ici d'un cas précis, qui malheureusement se trouve être assez répandu pour que de nombreux scénaristes et écrivains (qui sont intervenus) reconnaissent plus ou
moins la discussion retranscrite plus haut.


 


Les méthodes de production montrée dans l'article et dans la discussion qui a suivi sont malsaines. Ce n'est pas faire du misérabilisme que de le dénoncer et de dire qu'il y a un lien direct
entre les méthodes pratiquées et la qualité des scénarios de télé. Cela n'a pas seulement à voir avec l'incompétence ou la frilosité des producteurs et des chaînes mais aussi avec un cynisme
ambiant et une attitude d'esprit de corps, dont malheureusement, vous semblez faire preuve en défendant l'indéfendable.


 


 


Et, en me mettant dans la peau du producteur, payer quelques milliers d'euro sans savori de qu'on on parle et sans savori s'il va pouvori le vendre, juste sur la
bonne tête des auteurs,  ça ne me semble pas possible non plus.


 


Il n'a jamais été question de ça. Nous n'avons pas demandé à nous faire payer quelques milliers d'euros sur notre bonne tête… Encore une fois votre indignation est très… disons incohérente.


 


Ça peut vous paraître étrange, mais j'ai reçu il y a quelques année une commande (que j'ai fini par refusér parce  que le projet ne m'intéressait pas) d'un éditeur après qu'il ait lu deux
chapitres d'un autre projet de roman. La rémunération était certes faible, comparée au cinéma, mais quand même plus élevé que ce qui m'a jamais été proposé à la télé pour des commandes
similaires.


 


 Autre exemple, il y a quatre ans, mes coscénaristes et moi avont été engagés pour la réécriture d'une relativement grosse production sur la seule lecture des dix premières pages d'un autre
scénario et sur la base d'une simple rencontre avec le réalisateur (le film est tourné et sortira aux dernières nouvelles vers la fin de l'année).


 



En fait, je ne connais aucun cas où un producteur de cinéma m'ait proposé une commande sans rémunération appropriée. Et parfois, ils n'avaient pas lu plus que quelques pages d'un scénario…
(Parfois, ils n'avaient même rien lu et se contentaient de la recommandation d'un réalisateur en qui ils ont confiance).


 


A la télévision la plupart des interlocuteurs que nous avons pu avoir ne lisent pas ou ne regardent pas les démos qu'on leur envoie avant de rencontrer les scénaristes. De là à dire que c'est
précisément pour pouvoir sortir l'argument de "je ne vais pas vous payer sur votre bonne mine", il n'y a qu'un pas. A moins que ce ne soit par simple incompétence et qu'ils ne sachent pas lire un
scénario. Sinon, pourquoi ce qui est pratiqué couramment ailleurs est quasi-impossible à la télé, et provoque de haut cris indignés quand on le suggère ?  


 


Donc si vous voulez, je retourne dans ma tour d'ivoire… Vous savez la grande tour d'ivoire où vivent tous les gens qui ne travaillent pas comme scénaristes à la télé… et j'y retourne sans me
sentir meilleur pour autant, ni supérieur, parce qu'il n'y a pas tellement de gloire à tirer d'un simple réflexe de survie...



stephaneg 28/03/2011 17:00



Evidemment je comprends l'idée et je déplore le manque de reconnaissance du métier de scénariste en France. Le système est étrange, dans la télé comme dans le cinéma. Toute la chaîne est fragile,
de la formation jusqu'à la diffusion...


... mais cela dit, je serais étonné qu'aux USA, un scénariste indépendant "milieu de gamme" puisse être payé 1 mois de travail aux USA simplement parce qu'il a été bon au "pitch en 3 minutes" !
Là-bas comme ici, il faut "prouver ce que l'on vaut" sur différents projets. Comme tout métier, on ne peut pas sortir de l'option "scénario" de la FEMIS et prétendre à une rémunération "sans
conditions". Il y a forcément une étape où il faut "faire ses preuves", que ce soit par le biais de courts métrages primés, voire l'écriture d'un premier traitement de série ou de long métrage à
faire lire (et qui peut donner une idée de votre style et de votre univers). A partir de là, un producteur pourra juger s'il y a un bon investissement à faire en vous commandant (et payant)
l'écriture complète d'une oeuvre.


Bon cela dit, si elle a souhaité vous rencontrer, c'est probablement que vous aviez dans votre valise de belles choses à faire lire. En ce cas, c'est en effet une demande abusive. Néanmoins j'ai
entendu pire : il deviendrait à la mode de prendre des options gratuites sur des scénarios de longs métrages achevés ! C'est beau, hein ?



Struggling Writer 07/04/2011 01:39



Le système est étrange, dans la télé comme dans le cinéma. 


 


Sauf qu'au cinéma, je n'ai jamais vu un producteur faire une commande et trouver normal de ne pas payer la première version... Et des commandes payées, j'en ai fait quelques unes…


 


je serais étonné qu'aux USA, un scénariste indépendant "milieu de gamme" puisse être payé 1 mois de travail aux USA simplement parce qu'il a été bon au "pitch en
3 minutes" !


 


Aux USA, tout travail d'écriture commandé est payé. C'est dans le contrat (vous savez celui qui génère des grèves à chaque renégotiations…) passé entre les Producteurs et la Writer's Guild. Peu
importe que le scénariste soit débutant ou confirmé, il sera payé même si on lui demande d'écrire quatre mots sur une serviette de table. Ce qui change entre le confirmé et le "milieu de gamme"
comme vous dites, c'est le montant (et là, ça change vraiment beaucoup).


 


Vous mélangez deux choses. Le scénario écrit en spec  (c'est à dire un scénario personnel que le scénariste écrit sans commande mais en espérant le vendre plus tard) qui, effectivement, ne
se vend pas sur un pitch, sauf pour les scénaristes à la réputation établie, et le travail de commande qui lui n'est jamais censé être gratuit (peu importe qu'on soit débutant, confirmé, ou
autre).


 


Là, on a un producteur qui connaît notre travail par réputation, qui fait appel à nous dans le cadre d'un de ses projets (qui donc ne nous appartiendra pas) et qui veut qu'on fasse un
développement et qu'on rejoigne une équipe d'écriture, mais ne veut pas payer un sou tant que SON projet n'a pas été validé. Ça s'appelle une arnaque, purement et simplement. Lui, il développe un
projet gratuitement qui lui donne des raisons de rencontrer les chaînes et de se faire des contacts, dont il tirera un avantage que le projet soit validé ou pas. Les scénaristes eux travaillent
pour rien, et, au final, ne seront même pas en mesure de proposer ailleurs leur projet s'il est refusé puisqu'il ne leur appartient pas...


 


Il ne s'agit pas de demander de se faire payer "un mois", ce qui n'a aucun sens (les scénaristes ne sont jamais payés à l'heure, à la semaine ou au mois, mais sous la forme de primes ou d'avances
sur droit d'auteur), ni d'être payé au même tarif que les scénaristes du dernier Astérix pour un synopsis de série télé – juste d'être compensé pour son travail (sinon, autant travailler en spec,
c'est plus avantageux, vu que le scénario peut ensuite être présenté à autant de producteurs qu'on le désire jusqu'à ce qu'on trouve celui qui est vraiment intéressé à le défendre) et d'avoir
l'assurance que le producteur prend lui aussi un risque et donc s'engage à le défendre auprès des chaînes (parce que croyez-le ou non, ils ne le font pas toujours, même quand le projet était leur
idée). En clair, quand un producteur fait appel à un scénariste sur un projet non encore validé, le risque devrait être partagé et le scénariste compensé pour sa participation, son travail, son
temps. Ça me paraît être une évidence.


 


 


 


 Il y a forcément une étape où il faut "faire ses preuves", que ce soit par le biais de courts métrages primés, voire l'écriture d'un premier traitement de
série ou de long métrage à faire lire


 


Quand on a rencontré cette personne, on avait plusieurs années de métier, un nombre respectable de scénarios vendus dans des boites de prod (et quelques épisodes tournés dans une série à succès,
en ce qui concerne mon collègue Antoine de Froberville) et elle avait entre les mains un certain nombre d'échantillons de notre travail (qu'au passage elle n'avait pas pris le temps de lire avant
de nous rencontrer, alors que nous l'avions posé comme condition du rendez-vous). Surtout, je le rappelle, nous n'étions pas demandeur, c'est elle qui avait besoin de scénaristes…


 


La seule raison pour laquelle on a accepté de la rencontrer, c'est qu'on aime la télévision, et qu'on fait partie des rares scénaristes de cinéma qui ne la snobaient pas (même si ça commence à
changer). Ce n'était pas une raison néanmoins pour qu'on lui offre gratuitement une bible pour sa série, ou le synopsis d'un épisode… (Elle ne nous a d'ailleurs jamais vraiment dit ce qu'elle
attendait de nous, au juste, ni quel serait le sujet de sa série, vu que nous avons posé nos conditions dès le début de l'entretien).


 


il deviendrait à la mode de prendre des options gratuites sur des scénarios de longs métrages achevés ! C'est beau, hein ?


 


C'est moche. Cela dit, les scénaristes devraient refuser (même si j'ai eu à expérimenter ce genre de pression, et je sais que c'est dur). Malheureusement, ceux qui acceptent ce genre de deal,
creusent leur propre tombe et celle de leurs confrères. Surtout, par expérience, je dirais que les chances que le scénario soit au final tourné sont faibles quand il n'y a pas d'engagement de la
part du producteur.



charras 28/03/2011 15:47



Tiens, c'est marrant, on n'a rencontré la même personne. ;-)



Struggling Writer 29/03/2011 04:12



Le plus triste, c'est que, si ça se trouve, même pas… ;-)



Tuin 09/01/2010 11:47


Re,
Jeudi, toujours dans la même émission, on a pu voir l'acheteuse des séries pour TF1.
On a failli pleurer dans les chaumières devant tant de courage : elle part aux US tous les ans pour voir les pilotes des nouvelles séries. Parfois, elle doit se décider tout de suite pour acheter
les droits de diffusion !
Parfois ? Je ne me souviens pas d'avoir vu une série diffusée sur TF1 qui n'ait déjà eu 2 ou 3 ans d'ancienneté aux Etats-Unis (et donc, une dose de risque à l'achat quand même bien moins grande
que "vite, je dois acheter Dexter après avoir vu un pilote moisi).
Le reste du reportage était assez moisi : il ne prenait en référence que le marché destiné à TF1, donc de grosses productions assez généralistes, en occultant tout le large segment des autres
séries...


Tuin 06/01/2010 08:06


Conjonction intéressante d'informations :
- Frédéric de Vincelles, directeur de W9, affirme le 05/01 sur Direct8 que "La France n'a pas l'économie pour faire des grandes séries télé" pour justifier que sa chaîne ne se lançait pas dans la
production de séries françaises calquées sur les succès américain.
- VSD publiait le 30/12 quelques informations sur les cachets des comédiens les plus regardés du PAF ; Victor Lanoux, dont on parle de la série Louis la Brocante dans les lignes
précédentes, toucherait dans les 200 000 € par épisode (article ici).

Comme on le dit si justement à Guantanamo : "la vie, c'est une question de priorités".


Struggling Writer 19/01/2010 18:54


Et effectivement, la priorité des chaînes francaises semble claire.


Chloé 28/09/2009 19:49


C'est hallucinant! Tout bonnement... Le métier de scénariste est peut être un peu à part mais... Mais de là à leur demander de travailler sans payer...
Ou peut être qu'elle croyait que les scénaristes venaient d'un univers parallèle et qu'ils n'avaient pas besoin de manger...


Christian Lehmann 27/08/2009 11:41

Je me souviens des premiers mots de Maud Podroznik, il y a des années: "Christian Lehmann, j'adore ce que vous écrivez. Vous êtes un de ces auteurs rares à qui on aimerait dire: voici 50.000 francs, lancez-vous, faites à votre guise..." Quelques minutes plus tard dans la conversation, je comprenais qu'hélas on n'en était pas là mon pauvre monsieur, le monde étant ce qu'il était, et les conditions étaient peu ou prou celles décrites ici ( sans toutefois se la péter "newborn american"). Combien ai-je rencontré de ces insupportables baltringues, cherchant à refiler la conception de séries pourries dont l'auteur original s'essoufflait sous la contrainte? Je me souviens en particulier d'un concept pourri avec une série pour Boujenah, dont le concept était la "seconde chance". Donc tous les personnages qu'il rencontrait, toutes les situations qu'il affronterait, seraient basées sur ce thème.... En voilà qui ont bien saisi la dramaturgie, dis- ça c'est du concept solide!Seul rayon de lumière: une tentative, avorté au final, d'écrire pour CAPA une série médicale il y a quelques années, dans la suite du succès de Police District. Gaelle Bayssière travaillait correctement, j'ai été payé. Ca n'a jamais marché, les chaînes étanty ce qu'elles sont. Bon, ceci dit, juste entre nous... à part pour les séries US ( et encore, vu le téléchargement et la sortie rapide des DVDs), QUi regarde encore la télévision française? Je veux dire: je veux bien qu'elle soit allumée, mais qui la regarde? Bises

Struggling Writer 27/08/2009 15:37


Merci pour les témoignages, on se sent moins seul… Effectivement, il est possible de dire qu'il y a quelques producteurs corrects en télé. CAPA en fait partie. Et… euh à ce stade, c'est le
seul que je connaisse. Mais je n'exclus pas qu'il y en ait d'autres.

QUi regarde encore la télévision française? Je veux dire: je veux bien qu'elle soit allumée, mais qui la regarde?
Oui, c'est la grande question. Dans quelle mesure, les publicitaires ne payent-ils pas des sommes folles pour être regardé par le chat de la maison pendant que toute la famille va
consulter ses pages facebook, ou pour accompagner les ronflements de grand-mère, assoupie après son petit verre de rosé de midi.

Difficile de savoir. Médiamétrie est loin d'être au dessus du soupçon d'arranger les chiffres pour que les télés rassurent leur mânes publicitaire. (Mais ça se voit un peu, donc il a fallu faire un
joli cadeau à TF1 en retirant la pub sur le service public).

A terme, je n'ai pas de doute que la télé est condamnée. Le robinet à image traditionnel ne tiendra pas le choc face au possibilités offertes par le numérique. Ce qui ne veut pas dire qu'on
arrêtera de produire des séries. C'est là que le bât blesse. Quand les séries Française seront en réelle concurrence avec les séries étrangères, comment combleront-elles leur retard ? Car il s'agit
bien d'un retard, conceptuel, culturel, humain… Ces laquais des producteurs télés, incapables de remettre en cause leur méthodes s'en foutent, ils travailleront ailleurs. Lorsqu'il n'y aura plus
rien à tirer du cadavre de l'ORTF, les vampires s'en iront.


Tuin 25/08/2009 09:48

Situation : dans quelques marchés culturels, l'émergence des blogs a permis (parfois à tort, certes) d'identifier des leaders d'opinion avec les créateurs de contenu de blogs à forte fréquentation. Certains de ces auteurs de blog à succès se sont vus proposer des accès privilégiés au monde professionnel, un espèce de tapis rouge juste pour avoir su gagné un gros lectorat. Ca a été particulièrement le cas pour la bande dessinée, ou des animateurs de blogs BD ont eu des propals particulièrement avantageuses pour publier des BD. Question : y a-t-il eu déjà des exemples d'un accès au monde professionnel via la reconnaissance d'un blog/site spécialisé avec une forte fréquentation ? Par exemple, une des chevilles ouvrières de Mad Movies aurait-elle eu une proposition pour scénariser un slasher à la française ?

Struggling Writer 27/08/2009 16:12


Oui, Yannick Dahan, par exemple, qui fiat la Horde en ce moment est un ancien de Mad Movie. Je l'ai rencontré pour parler d'un projet de David Sarrio, avec ce dernier et Antoine de Froberville.
Très sympathique, d'ailleurs, et avec l'envie de faire des films différents, mais sur le fond : même méthodes que les producteurs télés. Le synopsis ça ne doit pas se commander, ça doit s'acheter
(plus le fait qu'il avait trente page pour prendre une décision pour un feu vert et que ça ne lui suffisait pas). On a fini l'entretien en bon termes cependant. Mais plutôt que de me faire une
proposition à moitié du genre, "écrivez le scénario - pardon, le synopsis – je le montre aux chaînes de télé (oui même au cinéma ce sont les télés qui décident) et aux distibuteurs, et s'ils
l'aiment je vous l'achète", j'aurais préféré qu'il me dise non tout de suite.

Donc, Mad Movie ou pas, les méthodes en France ne changent pas facilement. Les exceptions rencontrées : Eric Tavitian de Tarentula, Fred Joudiau de Bleu Prod… et il se trouve que l'un est un ancien
collaborateur de l'autre. C'est clair, quand on est scénariste en France, faire des commandes, ce n'est pas valorisé. C'est pour ça, avec Antoine, on écrit en spec (c'est à dire sans commande et en
spéculant que le scénario se vendra après). Ça revient au même qu'une commande (on n'est pas payé), sauf qu'on fait exactement comme on aime et qu'on n'est pas bloqué avec un truc invendable si
celui qui a commandé retire ses billes, au final.


Tuin 25/08/2009 07:07

Ah ! Manque de recherches bibliographiques de ma part : j'ignorais que The Office avait eu un rejeton francophone (je n'étais pas en France en 2006). Quelle déconfiture ! Sincèrement, c'est vraiment dommage qu'une telle série n'ait pas pu prendre son envol en France. Avec seulement une dizaine d'années d'XP, j'ai l'impression d'avoir accumulé pour des millénaires d'anecdotes drôles, glauques et surprenantes... Il y a donc de la matière à travailler ! Pour ce qui est de l'inconscience de la difficulté de créer une bonne histoire... no comment. Peut-être est-ce bien pourquoi on tente depuis peu de renouveler le stock des Instits et de Commissaire Moulin avec des adaptations de romans, comme Disparitions. Mais ces adaptations n'ont pas l'air de se faire avec les méthodes utilisées aux Etats-Unis, j'ai bien compris.

Vincent 25/08/2009 02:37

C'est drôle, au début j'ai presque cru que quelque chose de bien pouvait arriver !Mais un pitch de 5 pages comme tu le dis sa commence à sentir la chaussette."De toutes façons, à partir du moment où vous voulez être payés pour écrire, c'est fini. Moi je ne travaille pas comme ça. "La phrase est gigantesque ! De foutage de gueule tout d'abord ( Pardon my french ) , " Si le projet ne se fait pas on va pas perdre de l'argent ( Ce qui est pourtant une règle acceptée dans tout les métiers d'entrepreneur depuis que des gens achètent des parcelles pour chercher de l'or ou creuser des puits de pétroles. ) donc on va vous considerer comme un paillasson , alors sa vous tente de travailler pour moi ? "Non en effet tu ne travaille pas comme ça puisque tu compte bien être payé dans tout les cas et qu'il faut donc bien trouver quelqu'un qui acceptera de perdre son temps pour toi ...Je dois dire que je trouve ça honteux et en quelque sorte ça m'attriste pour vous et cela n'est qu'une confirmation du fait que ma télé risque de rester éteinte encore un moment...Bon courage ;-)

Struggling Writer 25/08/2009 03:57


Hé oui, c'est désespérant… Heureusement qu'il y a d'autres possibilité que la télévision pour écrire des scénarios. Mais quand c'est ce qu'on aime par dessus tout, on fait quoi ? On abandonne une
belle ambition pour travailler avec les gens de cinéma, qui ont l'amour du travail bien fait et qui respectent  assez les scénaristes pour payer des développements (et rien que ça, ça limite
pas mal les possibilités parce que tous ne le font pas). Il reste aussi la possibilité d'être un franc-tireur et d'écrire en spec, ce qui demande pas mal de sacrifices et une sacrée détermination.


Tuin 24/08/2009 13:44

Effectivement, ça doit être difficile dans ces conditions de préparer des concepts ou des traitements originaux.
Apparemment, les producteurs semblent avoir une sérieuse allergie aux risques financiers. C’est bizarre donc qu’ils ne tentent pas plus souvent d’importer des concepts étrangers. On le fait bien pour les jeux… Parce qu’importer des concepts qui ont déjà fait leurs preuves ailleurs paraitrait une bonne solution – au moins temporaire. En particulier, ils pourraient le faire avec des concepts qui ont déjà été exportés, comme The Office par exemple.

Struggling Writer 25/08/2009 03:51


En fait, l'impoartation de concept étranger a déjà commencé, on peut citer Law and order ou CSI, qui ont été adaptées en France ou qui ont fait l'objet d'une série dérivée hexagonale. The Office a
même été adaptée pour la France par Canal+, avec un résultat pas franchement concluant, et j'en parle ici.

Ce qui n'a pas été importé, en revanche, ce sont les méthode de travail, les writing rooms, le soucis forcené d'avoir une bonne histoire, de ne pas se contenter de ce qui marche déjà, la
collaboration étroite entre les scénaristes et réalisateurs, le concept du showrunner. Ce dernier point nous oblige à nous coltiner des incompétent du genre de la personne citée dans l'article, qui
ne sont pas scénariste, ne parlent pas le même langage que nous, et croient qu'il suffit d'avoir des bonnes notes en fac de lettre pour diriger une équipe de scénaristes et avoir la vision
nécessaire à la création d'une série… Le problème, c'est qu'en France, beaucoup de gens qui se prétendent professionnels croient que construire une bonne histoire, c'est facile et ça ne mérite pas
d'être payé. Aux USA, le développement d'un projet ambitieux peut prendre plusieurs années, et ils comprennent bien que les scénaristes ne sont pas censé en attendant que ça aboutisse, vivre
d'amour et d'eau fraîche.


Tuin 18/08/2009 07:57

Remarquez bien qu'elle avait prévenu : elle veut s'inspirer de la méthode américaine, pas l'appliquer.En effet, qui ne souhaiterait pas avoir un pool de scénaristes qui travaillent gratuitement plutôt qu'un seul ? Qui ne souhaiterait pas travailler avec des nouveaux talents plutôt que de repomper ad nauseam les vieux fils scénaristiques de Louis la Brocante pour un coût nul ? Grâce à cette Captain Obvious, une nouvelle évidence a été mise à jour : ce serait bien de faire des choses intéressantes gratuitement. Oui, ce serait bien. Ce serait même tellement bien que quelqu'un de plus intelligent l'aurait probablement déjà fait...

Struggling Writer 20/08/2009 00:28


Oui, mais le pire c'est qu'elle a probablement trouvé deux trois scénaristes assez désespérés pour accepter ce marché de dupe. Maintenant, je doute fort qu'avec cette méthode là, quel que soit leur
talent, ils finissent par pondre un The Shield. Parce qu'au final, elle ne les laissera pas faire ce qu'ils veulent (ce qu'elle cherchait au fond c'était bien des péones soumis qui seraient venus
avec le chapeau dans la main et la tête incliné, ravis qu'on leur offre un travail... Quelqu'un qui agit comme a est incapable de gérer des talents, ni les personnalités qui vont avec...)

Bien vu Captain Obvious, ça lui va bien... Ce qui est dommage aussi, c'est que les évidences de ce genre, ne sont jamais contrebalancées par d'autres, comme "la qualité, ça se paye." Ou encore,
"les méthodes qui permettent de faire quelque chose bien sont meilleures que celles qui donnent de la merde en barre..."


david sarrio 01/08/2009 20:25

En plus t'es drôle ! L'image du début de ton texte est mortel! Trop fort!

MarieE 01/08/2009 09:46

Ce discours est en effet une vieille rengaine. En fait, l'argument erroné de l'architecte, je crois que c'est parce que les producteur assimilent le synopsis au fameux "devis gratuit" proposé par des entreprises en tout genre. Pour les producteurs, un synopsis est, j'en ai bien peur, juste une sorte de devis, un truc qui prend un quart d'heure à faire et qui dit ce qu'on propose comme travaux et combien ça va coûter à produire. Il est bien pratique pour les producteurs de confondre pitch et synopsis. Maintenant ion a même inventé un nouveau terme dans le dessin animé télé : un pitchopsis, c'est exactement ça: un synopsis que la prod appelle pitch pour ne pas le payer. Oui, car ne pas payer avant d'avoir un synopsis validé est une maladie qui contamine parfois la production de dessin animé, jusque là épargnée par les méthodes à la française grâce à son exploitation internationale. On n'est pas prêts d'en sortir, à moins que les scénaristes se mobilisent tous pour dire non aux synopsis gratuits, mais on n'est pas aux Etats Unis, là encore, ça n'arrivera pas. Les scénaristes français sont trop isolés. Alors ça devra arriver par les producteurs, peut-être que  de nouveaux producteurs vont se décider à utiliser les méthodes américaines en prenant conscience que la qualité des oeuvres en dépend.

Bob 31/07/2009 14:26

C'est scandaleux et plus que ça! Quel culot et quelle assurance: tout est dû! Et hier le Drucker est allé faire son émission (très chère!) chez Boujenah qui a pris la suite à Ramatuelle du défunt J.C.Brialy...La chaîne n'est pas rompue et on continuera à voir toujours les mêmes à la télé. Les Français sont des cons mais y en a-il d'autres ailleurs que dans ce pays pourri! Ras le bol, ras le fion et merde pour la maréchaussée...

Navaraanaq 31/07/2009 11:34

Je connais par coeur ce genre de conversations... Ce qui est malheureux c'est de voir que dix ans après mon expérience, c'est toujours la même chose ! Ca n'a pas évolué d'un pouce donc ça a reculé puisque les Américains ont progressé. D'abord, l'ignorance de ces professionnels (qui ne sont pas des pro), ce sont juste des gens dans la place... c'est tout ! Système bourgeois français totalement sclérosé, figé donc mort. L'ignorance de tout : ils veulent copier les Américains sans connaître le système américain ! Ils veulent le résultat sans fournir le travail mais j'aimerais bien qu'ils m'expliquent comment ils comptent y arriver. C'est ça que j'aurais aimé savoir de cette femme : elle fait comment en pratique pour produire de la merde ? Incapacité à travailler, incapacité à payer. Comment pourrions-nous faire face à un tel système ? Car la preuve que leur méthode ne fonctionne pas, c'est que les séries françaises ne sont pas bonnes. Mais les chaînes achètent les produits de leurs copains, c'est un milieu fermé qui fonctionne sur lui-même. Comment des personnes aussi riches peuvent-elles encore faire travailler des personnes sans les payer ? Les esclaves étaient nourris et hébergés par leurs maîtres. Bref, nous pourrions en écrire des pages, comme nos conversations depuis des années. Que faire ? Comment faire ?