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Articles Par Mois

4 juin 2007 1 04 /06 /juin /2007 16:41



« ROME »… malheur à celui qui n’a pas compris

De la confusion des genres entre fiction et Histoire

Par Denys Corel et Antoine de Froberville
rome-tv-serie.jpg

« TREBONIUS : (…) il est homme à vivre et à rire plus tard de tout ceci.

L'horloge sonne.

BRUTUS : Silence, comptons les heures.

CASSIUS : L'horloge a frappé trois coups. »

Shakespeare, Jules César [2]


La fiction historique serait-elle devenue, sans qu’on en soit informé, une branche de l’Histoire ?

 

Il n’est plus une sortie de film historique, ou simplement inspirés de faits récents, sans qu’on convoque des historiens dans les médias, non pour un salutaire rappel des connaissances exactes sur le sujet, mais afin de vérifier auprès d’eux si le film dit bien la « Vérité », et si au travers d’une distorsion historique même mineure, on ne chercherait pas à induire les spectateurs en erreur, à commettre le terrible crime de mentir sur l’Histoire. Pour peu que le propos du film ne corresponde pas, même de façon périphérique, au consensus historique du moment et du lieu, le film sera impitoyablement critiqué et décrédibilisé, sans que l’on prenne le temps de se préoccuper du projet artistique qui en est à son origine. À croire que la seule valeur qu’on puisse accorder à la fiction historique est sa capacité à relater l’Histoire avec rigueur, non plus d’en proposer une vision inspirée et artistique – forcément déformée, donc.

 

L’article de Florence Dupont du Monde Diplomatique d’Avril « Rome, ton univers impitoyable » va encore plus loin, accusant les auteurs de la série Rome, diffusée en France sur Canal +, de falsification, et évacue dans sa critique de la série, pourtant présentée comme un pur drama[3] , la notion même… de fiction.

 

Ainsi, Florence Dupont nous affirme avec aplomb que la série Rome se présente comme « objective ». Si c’était le cas, il s’agit probablement d’une première dans l’histoire de la série télévisée anglo-saxonne, mais la vérité – justement ! – nous impose de préciser ici que ce n’est pas prétendu par les producteurs de la série.

 

Que Bruno Heller, maître d’œuvre, principal scénariste et co-producteur exécutif[4], ayant écrit onze épisodes sur vingt-deux, ne soit pas cité une seule fois dans l’article de Florence Dupont est symptomatique de la critique proposée. Critique d’expert [5] , critique historique, qui juge d’une fiction en fonction de critères qui lui sont inadaptés : précision factuelle, objectivité, exhaustivité, généralités sociales sur la base de découvertes archéologiques, etc.

 

Pas étonnant si, à la lecture de l’article, le principal responsable des choix narratifs de la série Rome semble être Jonathan Stamp[6], expert historique de la BBC. Ce dernier, pourtant, donne dans les bonus DVD une vision humble et claire de son rôle au sein de la série[7]. « Les personnages sont dramatisés, toutefois le monde dans lequel ils évoluent, le contexte dans lequel ils existent, sont des éléments que nous pouvions étoffer à l’aide de détails historiques » De son propre aveu, l’historien n’a donc pas été convoqué dans le but d’abdiquer toute vision artistique, mais d’enrichir la mise en scène par des détails qui sonnent juste. C’est un conseiller technique, non un auteur.

 

Si Rome a suscité une critique élogieuse presque unanime, ce n’est pas par une prétendue ambition documentaire, jamais revendiquée[8], mais par la qualité de son écriture, ses propositions esthétiques, sa mise en scène, son interprétation, la richesse de sa thématique et sa vision originale du monde romain. Or, on ne peut se targuer d’avoir une vision originale sans admettre implicitement la subjectivité de celle-ci. Bruno Heller a ainsi déclaré « Nous avons tenté de trouver un équilibre entre ce qu’attendent les gens (…) et une approche naturaliste… Le thème de cette série est plus la façon dont les personnages affectent l’Histoire que l’Histoire telle que nous la connaissons. Les fictions sur Rome ont tendance à adopter une approche rigide et formelle, ce qui est certainement une façon possible de traiter le sujet, mais nous étions plus intéressés à décrire des personnages de chair et de sang. » [9]

 

 

****

 

 

Le souci de réalisme [10] revendiqué par les créateurs de Rome n’implique aucunement l’exhaustivité demandée par Florence Dupont lorsqu’elle s’insurge de ne pas voir tel ou tel aspect de la Rome historique (une fiction se passant à New York devrait-elle traiter tous les aspects sociaux de la ville, sous peine d’être considérée comme une pure fantaisie ?) [11] , et encore moins une fidélité absolue à l’Histoire.

 

Les auteurs s’accordent ainsi la licence dramatique de transformer le personnage d’Atia, que Tacite décrit comme un modèle de vertu et de piété, en s’inspirant de la sulfureuse Clodia décrite par Cicéron. Nul ne songerait à leur contester ce droit, pas même Florence Dupont, peut-être parce que cette infidélité est revendiquée dans les bonus du DVD qu’elle cite de façon trop partielle lorsqu’il s’agit d’appuyer son propos. Ignorant d’emblée toute déclaration des auteurs pouvant rappeler que leur intention première est que Rome soit une fiction, elle devient elle-même responsable d’un mélange des genres dommageable à la fois à la fiction (avec un petit f) et à l’Histoire (avec un grand H).

 

Par exemple, critiquant le choix des auteurs d’avoir donné à Vercingétorix une apparence proche des Gaulois de l’époque, Florence Dupont affirme que quitte à « réviser l’histoire », il aurait été plus logique de s’inspirer du portait romanisé qu’en donnent les pièces gauloises[12]. Florence Dupont semble donc croire qu’une fiction serait en mesure de pouvoir « réviser l’Histoire », ce qui est tout bonnement aberrant de la part d’une historienne. Comme en témoigne la déclaration de Bruno Heller, l’ambition de Rome est heureusement plus modeste : elle se contente de chercher à renouveler la façon dont les fictions présentent l’Antiquité romaine [13]. Nous ne voyons d’ailleurs pas en quoi cette ambition serait incompatible avec le choix – judicieux – de montrer Vercingétorix comme un barbare inquiétant, parfait visage d’altérité, rappelant l’ancienne terreur que les Gaulois inspiraient aux Romains.

 

Dans un autre registre mais toujours au sujet de Vercingétorix, Florence Dupont reproche à la série d’avoir déplacé le jour et le lieu de son exécution, découvrant avec indignation que les auteurs de fictions se permettent décidément bien des libertés avec les faits. Ce genre d’argument revient à condamner par principe tout choix scénaristique visant non à relater les faits, mais à les interpréter, à les condenser, voire à les réinventer. Or, parce que toute fiction admet qu’elle est interprétation, création, invention, on ne saurait, en toute justice, critiquer les inexactitudes historiques d’une œuvre qu’en fonction de son projet artistique global et des thèmes que l’auteur a choisi de traiter. [14]

 

Peut-être Florence Dupont exprime-t-elle une inquiétude pédagogique, qu’on pourrait à la rigueur comprendre, lorsqu’elle lance : « Ceux qui ont regardé cette prétendue série historique vont croire que… » [15]. L’intérêt du détail historique dans une série ou un film n’est pas pédagogique, mais esthétique, et l’infidélité y est en définitive nécessaire pour que la création ne soit pas étouffée par la simple imitation du réel. Il est plus important, pour une fiction historique, d’être compréhensible pour les spectateurs, que de les ensevelir sous un monceau de détails fidèles à l’Histoire, mais que le non-spécialiste ne saura interpréter sans un développement adéquat et qui, au mieux, relèvent de la note de bas de page. L’argument vaut pour toutes les « falsifications » imputées à la série, qui peuvent aller de la simple erreur – toujours possible, même avec un conseiller historique compétent présent sur le plateau – à la commodité narrative – comme de mettre des cierges sur les exotiques autels romains afin que les spectateurs d’aujourd’hui soient capables de les identifier sans effort et de saisir que le monde romain préchrétien était emprunt de religiosité.

 

Malgré cela, on s’étonnera tout de même que Florence Dupont aille jusqu’à exiger des scénaristes qu’ils enferment une de ses héroïnes – Niobe, création purement fictionnelle, précisons-le – dans un déterminisme fondé sur « ce que nous savons des coutumes romaines ». Il est incroyable d’avoir à le préciser, mais un auteur peut faire évoluer, et même tuer, un de ses personnages comme il l’entend, sans se conformer à des statistiques sociologiques ou archéologiques, auxquelles les individus n’obéissent jamais tout à fait eux-mêmes.

 

Mais là où Florence Dupont pratique l’amalgame le plus flagrant entre la fonction d’historien et celle de conteur, c’est lorsqu’elle va jusqu’à condamner le fait que les « réalisateurs[16] projettent naïvement leur conception de l’humanité sur les Romains » (comme le faisait ce grand naïf de Shakespeare, n’est-ce pas ?). Elle retire ainsi aux scénaristes de télévision le droit au geste créateur de tout écrivain qui consiste à utiliser sa matière personnelle, son expérience des êtres, pour insuffler vie au sujet qu’il doit traiter. Il serait aberrant qu’un écrivain se prive pour une histoire de ce que notre époque considère[17] comme des motivations humaines essentielles (le désir, l’ambition, la religion…) lorsqu’il crée un personnage, fût-il d’un autre temps. Florence Dupont peut trouver que Bruno Heller est naïf lorsqu’il estime que « la nature humaine ne change pas », nous répondrons qu’il serait une plus grande naïveté encore de croire que cette déclaration procède ici d’une préjugé sur l’absolu de la moralité occidentale et des valeurs humaines, et non d’une nécessité conceptuelle propre à la qualité de scénariste, nullement incompatible avec le fait de prôner qu’un trait irréductible de l’humanité se trouve justement être la diversité de ses individus, de ses conceptions et de ses mœurs.

 

Du reste, cette projection « naïve » n’empêche pas Bruno Heller de dépeindre des personnages ayant des valeurs morales qui nous sont étrangères[18], et d’en faire des êtres attachants, complexes[19] , brefs autonomes, non des abstractions d’historien ou de pures extensions de lui-même.

 

 

****

 

 

De même, interpréter que les auteurs veulent nous faire penser que « nous sommes meilleurs qu’eux » semble contraire à toutes leurs intentions – à moins de postuler que toute représentation de mœurs du passé envoie forcément ce message de quelque façon subliminale.

 

Supposer que la violence brutale de certaines séquences a pour objectif de poser une supériorité de notre société moderne sur celle des Romains, c’est oublier que la violence en question est tout à fait comparable avec la sauvagerie contemporaine que montrent des séries comme The Shield, ou The Sopranos. Plus que la violence elle-même, ce qui est transgressif pour le spectateur contemporain, c’est de voir des personnages « respectables » disposant d’un considérable pouvoir social ou politique s’y adonner directement, et en accepter la responsabilité, sans se dissimuler derrière les écrans policés que le monde occidental et technologique a érigé depuis à leur intention. Loin de nous conforter dans une douteuse supériorité morale, il paraît plus sensible d’en conclure que deux mille ans de civilisation judéo-chrétienne nous ont seulement appris à mieux dissimuler l’usage de la violence en politique et à la justifier avec plus d’hypocrisie.

 

Posons la question : les spectateurs américains se sentent-ils vraiment meilleurs que les Romains lorsqu’un membre du Sénat qualifie la Guerre des Gaules « d’illégale » et demande en assemblée pourquoi César empêche ses soldats de retourner dans leurs foyers ? On est en droit d’en douter… et peut-être même de suggérer que les auteurs pourraient ici avoir pour objectif de mettre en parallèle deux impérialismes à 2000 ans d’intervalle.

 

Serait-ce donc un exemple de la dialectique du « déjà » et du « pas encore » critiquée par Florence Dupont ? Non, il s’agit plutôt du « semblable » et du « différent », notions plus pertinentes en l’occurrence. [20]

 

 

pullo-vorenus-copie-1.jpg****

 

 

Au fond, le plus beau compliment – involontaire – que Florence Dupont pouvait accorder aux auteurs de la série est bien de les accuser d’avoir « inventé une ville qui n’a jamais existé ». Si les détails ne sont pas toujours exacts historiquement (et quelle importance ?), c’est en tout cas une ville plus crédible, vivante et humaine, avec son animation, ses couleurs franches, ses quartiers de taudis, ses violents contrastes entre opulence affichée et extrême pauvreté, sa crasse, et sa brique que la « Rome sacrée » composée uniquement de faux marbre blanc et de monuments en carton dans lesquels des citoyens en toges immaculées se rassemblaient dans les péplums classiques[21] .

 

Entre une représentation historique exacte et un raccourci dramatique talentueux et poétique, le meilleur choix du scénariste sera rarement le premier. L’art du conteur exige de transformer et organiser les anecdotes, en un mot de les dramatiser, pour leur donner du sens et faire de l’Histoire (même si c’est la petite Histoire)… une bonne histoire[22]. C’est la raison pour laquelle toute exigence de fidélité absolue au réel est absurde dès lors qu’on a affaire à une fiction.

 

Pourquoi donc s’indigner que la fiction puisse être inexacte, imprécise, qu’elle mélange parfois les faits ou les personnes, et qu’elle reflète le pont de vue subjectif de ceux qui la produisent ? Son objectif, sa nature même l’impose. Ce ne doit pas être considéré comme une faiblesse mais bien comme la preuve de sa force créatrice. Certes, que la fiction distorde les faits ou les ignore fera encore longtemps grincer les dents des historiens[23], mais est-il pertinent de faire si souvent appel à eux pour donner un avis critique sur celle-ci ? Après tout, interroge-t-on les écrivains sur le style et les qualités de narration des ouvrages publiés par les historiens contemporains ?

 

Tout auteur de fiction, comme le dit Marguerite Yourcenar, « ne fait jamais qu’interpréter, à l’aide des procédés de son temps, un certain nombre de faits passés, de souvenirs conscients ou non, personnels ou non, tissés de la même matière que l’Histoire. »[24]. La fiction historique n’est pas différente : « Le roman historique[25] (…) ne peut être que plongé dans un temps retrouvé, prise de possession d’un monde intérieur. » En parlant de notre « impossible rêve romain », on se demande au fond de quel rêve parle Florence Dupont, car, comme toute fiction historique, Rome est un rêve réalisé.

 

Notons que l’imaginaire contemporain ne semble pas avoir grand intérêt pour l’historienne qui paraît lui préférer exclusivement un désir d’érudit de voir « l’imaginaire romain » porté à l’écran, oubliant peut-être que les auteurs de la série ne s’adressent pas aux citoyens romains du premier siècle avant JC. Il est peut-être bon de rappeler ici qu’un écrivain est libre d’aborder l’Antiquité romaine comme il lui plaît, et qu’il n’est pas aberrant pour un artiste de vouloir s’adresser aux préoccupations et à l’imaginaire du public de son temps.

 

Si nous défendons Rome, ce n’est pas seulement par admiration pour cette série, mais parce qu’elle est représentative de la liberté de ton et de création des séries américaines[26] ou britanniques. Cette liberté est loin d’être acquise dans notre pays, où les scénaristes de télévision sont encore pris en tenaille entre, d'une part, les diktats absurdes des producteurs et des chaînes de télévision, et d’autre part, une déconsidération artistique à laquelle contribue le mépris d’intellectuels qui font peser sur la fiction populaire un soupçon permanent de mensonge et de manipulation. Il est grand temps de s’affranchir d’une méfiance platonicienne à l’égard de la fiction télé, censée pervertir le Beau et le Vrai, afin de permettre qu’en France aussi, les séries puissent être subversives, porteuses d’une réflexion engagée et d’un imaginaire décomplexé.




[1] « Dallas, ton univers impitoyable… Dallas, malheur à celui qui n'a pas compris…» Paroles de la chanson générique de la série Dallas.

[2] Acte II, Scène 1. Trad. François-Victor Hugo. Ed GF-Flammarion.

[3] Aux USA, on appelle drama une série dramatique, donc fictionnelle, généralement constituée d’épisodes d’une heure. Dans le cas de Rome, aucune confusion n’est possible avec le docudrama, qui cherche à être une recréation objective d’évènements documentés en mélangeant éventuellement images authentiques et reconstitution à l’aide de comédiens – ce qui peut mener à des dérives –, ou au mieux sera un mélange entre une approche fictionnelle et journalistique – équivalent filmé de la démarche de Truman Capote pour son roman, De Sang-Froid.

[4] Aux côtés de John Milius, initiateur du projet, et de W.J. MacDonald.

[5] Il est paradoxal de trouver une telle réflexion dans un journal qui ne se prive pas à juste titre de fustiger l’arrogance d’autres experts – économiques en particulier – et leur prétention à imposer ce qui est un point de vue idéologique comme une réalité scientifique. Or il y a un présupposé idéologique dans l’article de Florence Dupont à considérer qu’une fiction historique n’a pas le droit d’être à la fois réaliste et infidèle à l’Histoire.

[6] En fait, il est le seul membre de l’équipe à être nommé par Florence Dupont !

[7] Avec ou sans diplômes « requis », puisque ici, avoir accouché d’une thèse universitaire est moins important que de comprendre les besoins de la narration et d’avoir un point de vue éclairé sur l’époque choisie.

[8] Dixit Jonathan Stamp : « Nous n’avons pas fait un documentaire. Si nous avons essayé d’obtenir une authenticité, c’est pour enrichir l’expérience fictionnelle du spectateur. » http://www.bbc.co.uk/pressoffice/pressreleases/stories/2005/08_august/26/rome.shtml

[10] Il ne faudrait pas faire l’erreur commune de confondre « réalisme » avec les notions de « vraisemblance » ou de « fidélité » au réel. Le réalisme est un mode de traitement dramatique, un choix esthétique non une obligation morale : c’est une attention particulière au choix du détail, éventuellement dans celui du sujet, qui permet à une œuvre de paraître plus réelle, de mieux créer l’illusion et de s’écarter des conventions. L’utilisation par un auteur, un conseiller technique ou un comédien des mots « vérité », « authenticité » et « réel » en interview peuvent parfois prêter à confusion, mais le contexte et le principe même de fiction devraient rappeler, à ceux qui l’auraient oublié, que la vérité artistique ou le désir de créer d’une impression de réel dans une œuvre de fiction ne sont ni la vraisemblance, ni la vérité scientifique, ni la « réalité » historique. Les auteurs de fiction savent que ce qu’ils écrivent est bien de la fiction, mais le besoin de croire que leur création est animée de vie les pousse souvent à en parler comme d’une réalité.

[11] Profitons-en pour évacuer le soupçon de racisme que fait peser Florence Dupont sur la série en avançant que la série refuse « de montrer des Romains, nos ancêtres, si proches des travailleurs immigrés venus des villages du Mali, du Maghreb ou de la Turquie ». La ville de Rome, telle qu’elle est présentée dans la série, semble au contraire connectée en permanence avec le bassin méditerranéen, et porte en elle les couleurs, les senteurs et l’aspect des villes d’Afrique du Nord. Les rues de ses quartiers populaires ressemblent à des soukhs. Les physionomies de ses habitants (qui dépendent surtout de la disponibilité en figurants italiens) sont tout de même variées et typées, bref l’Orient et l’Afrique ne sont pas loin. Cette Rome métissée, les auteurs de la série la revendiquent dès le générique dont les couleurs chaudes rappellent celle des médinas d’Afrique du Nord, accompagné par une musique à l’influence orientale évidente.

[12] Précisons que la fidélité de ces portraits (qui ne sont peut-être que des représentations symboliques et stylisées) fait débat chez les historiens. Dès lors, la position de Florence Dupont revient à exiger des auteurs d’une fiction qu’ils tranchent une querelle d’experts sur laquelle il n’y aura probablement jamais de réponse définitive.

[13] Dans une tradition (appelée en France peplum – le terme fut donné avec dédain par la critique des années 60) que les anglo-saxons font remonter à Shakespeare, et que la série modernise avec succès.

[14] Ici, cette infidélité, que l’on peut sans trop de risque qualifier de volontaire, permet de retracer la chute du chef gaulois en deux scènes seulement (reddition/humiliation, et plus tard exécution) et de concentrer l’impact politique et symbolique du triomphe et de la puissance nouvelle de César. Mieux : c’est une cruelle illustration du fait qu’au-delà des oripeaux et des fastes du pouvoir civilisé, celui-ci s’affermit par la brutalité.

[15] Au fait, ne vont-ils pas croire, en lisant l’article de Florence Dupont, que les séries télévisées historiques ont pour principal but d’enseigner l’Histoire et se doivent d’être une source de renseignements fiables et objectifs sur les époques passées ? Ce serait les induire deux fois en erreur et créer une confusion dommageable à la perception de ce que doit être la démarche historique elle-même.

[16] Florence Dupont semble ignorer que, contrairement au cinéma, la paternité artistique d’une série télévisée revient au(x) scénariste(s), Bruno Heller en l’occurrence, et non aux réalisateurs, qui, même s’ils peuvent avoir une influence artistique (particulièrement sur HBO), y sont avant tout des interprètes de la vision des scénaristes. L’ignorance est excusable, mais pas le manque de rigueur méthodologique – assez étonnant de la part d’une universitaire de renom – dont fait preuve Florence Dupont lorsqu’elle se gausse de la phrase « Derrière chaque grand homme il y a une femme » extraite des bonus, l’attribuant aux auteurs, mais sans en citer la source. Or cette phrase n’est pas celle d’un auteur de la série qui parlerait de son projet artistique, mais de la comédienne Polly Walker (qui donne à l’évidence un point de vue sur son personnage) !

[17] Peut-être à tort, mais il serait arrogant de croire qu’un auteur de fiction puisse échapper au fait d’être aussi le produit d’un temps, d’un lieu et d’une société donnée.

[18] Dès le premier épisode, le parti pris de la série est évident lorsque le sympathique Vorenus, d’une impeccable rigueur morale selon les standards de son temps, n’hésite pas à faire crucifier quelques Gaulois à seule fin de faire avancer une enquête…

[19] Complexité qui caractérise évidemment les personnages de femmes qu’on ne saurait réduire à « l’éternel féminin, de la maman et de la putain », comme le fait Florence Dupont. Le cliché de la maman et de la putain stigmatise les femmes comme appartenant à l’une ou à l’autre de ses catégories. Or, la série fait exactement le contraire en nous présentant des mères comme des personnages sexués ! Juger ces femmes d’âge mûr ayant une sexualité épanouie, voire audacieuse, comme étant des patriciennes « débauchées » relève d’une interprétation abusive et de la responsabilité exclusive de Florence Dupont.

[20] Jonathan Stamp le dit : « Il arrive toujours quelque chose lorsque l’on se penche sur la Rome Antique. On ressent deux sensations en même temps, qui sont contraires en apparence. On se dit « ils nous ressemblent tellement » et « ils sont si différents ». Ces deux notions coexistent. Ils sont si différents de nous parce qu’ils ont d’autres valeurs, parce qu’ils précèdent l’élément le plus important qui ait formé notre monde : la morale judéo-chrétienne. Ils viennent avant cette morale, et existent en dehors d’elle. » « En dehors d’elle » parce qu’il n’y a pas de jugement à porter sur les valeurs différentes d’une société étrangère, et que la série se garde bien de le faire.

[21] Voir à ce sujet l’excellent article de Michel Eloy qui montre qu’on peut connaître l’Histoire romaine sur le bout des doigts et apprécier la série : « Rome, unique objet de mon assentiment » sur http://www.peplums.info/pep39a.htm.

[22] Après tout, Racine n’a pas procédé autrement lorsqu’il a écrit Bérénice, distordant et éliminant ce qui ne convenait pas à l’organisation de sa tragédie, comme passer sous silence le fait que Bérénice avait douze ans de plus que Titus et qu’elle avait eu une liaison avec son père Vespasien.

[23] Mais il serait bien ingrat de ne pas reconnaître que les fictions historiques, des plus sérieuses aux plus fantaisistes, peuvent aussi contribuer à l’éveil de vocations d’historiens et d’archéologues – ou, tout simplement, d’un intérêt sincère pour l’Histoire.

[24] Marguerite Yourcenar, Carnets de notes de « Mémoires d’Hadrien », ed Folio p. 330.

[25] Etant peu enclins à établir des hiérarchies artistiques, nous considérons qu’il en va de même pour les séries télévisées.

[26] Voir l’article « Les séries américaines, des fictions engagées », Martin Winckler, Le Monde Diplomatique, Juillet 2006.

Cliquez sur ce lien pour voir la réponse de Florence Dupont…

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Published by Denys Corel - dans Séries Télé
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commentaires

C.Gérard 25/08/2016 23:39

Quand l'exactitude prétend à la vérité, il y a la même différence entre exactitude et vérité qu'il y a entre bêtise et intelligence.
Ensuite, Les historiens n'aiment pas quand on leur rappelle qu'ils ne sont d'abord que des raconteurs d'histoire.
Quand au journal le monde, il y a longtemps que ses préoccupations ne sont qu'idéologie de bas marché.

Florian 20/08/2011 20:10




Merci pour votre critique de l'article de Mme Dupont... A sa lecture, ce pamphlet semble ridicule. Il s'agit plus d'un procès d'intention que d'une critique d'érudit ! La mauvaise fois de
l'auteur atteint son paroxysme en évoquant la mort de Niobé ! Est-ce que les gens réagissent systématiquement de façon conventionnelle face aux événements ? Si les auteurs doivent s'autocensurer
pour des personnages de fiction, ou va-t-on ? 



Si Mme Dupont semble revendicative, je pense que certains détails n'auraient pas dus échapper à l'historien de la BBC ! De surcroît, ces détails n'auraient eu d'impact sur l'intrigue :




Pourquoi avoir choisi "Niobé" pour une romaine "de souche" ? Cela semble peu adapté ! Pourquoi avoir choisi "Pullo" et "Vorenus" comme héros ? Il ne s'agit pas de personnage de fiction, mais
bien de personnages historiques... Si l'amalgame a du sens dans les 1ers épisodes. Lorsque pour symboliser l'ascenseur social, Vorenus devient Senateur, la vérité historique en prend un
coup... Pourquoi ne pas avoir choisi des noms d'inconnus tout au long de la série ?





Enfin, la mort de Vercingétorix devant la foule me semble inutile (et faux d'un point de vue historique) ! Concernant les cheveux de Vercingétorix, il s'agit d'un détail : "est-ce que
Vercingetorix coiffé en romain" aurait été compris par un téléspectateur américain ???




Je pense que Mme Dupont devrait faire la distinction entre une fiction-historique et un documentaire :



"Il est plus important, pour une fiction historique, d’être compréhensible pour les spectateurs, que de les ensevelir sous un monceau de détails fidèles à l’Histoire..."



Au final, les téléspectateurs retiendront :



les querelles entre César/Pompée, Antoine/Octave


la filation entre César et Octave


la trahison de Brutus


l'abilleté politique de Cicéron, César et Octave...


L'importance des provinces pour l'approvisionnement en blé et en légions


La place des esclaves dans la société,


Voire la liaison entre Cléopatre et Antoine




Ils n'ont rien à faire de la façon dont est morte Niobé... Surtout ils ne s'en souviendront pas 3 mois plus tard !



Il faut que nos "pseudo" érudit comprennent que les producteurs doivent répondre aux attentes des téléspectateurs (pour être suffisamment attractif)
tout en restant proche de la véracité historiquement ! Il s'agit donc d'un équilibre à trouver ! Sinon il faut faire du documentaire... Cependant, si on part dans le documentaire, certains (la
majorité) zapperont sur tf1 pour regarder SecretStory.



Que l'on s'offusque de la médiocrité de "Troie" est compréhensible (c'est historiquement FAUX et le film est lui-même est NUL)... En revanche, si
"Rome" n'est pas exsangue de tout reproche, le succès de cette série parle de lui-même !



Octave 13/01/2008 17:26

Je trouve que l'article de florence Dupont est emprunt d'idéologie...Etant de culture méditérrannéenne et amateur de péplums, je dois dire que la série Rome a resitué Le grand aspect qu'on oublie avec la Grèce et les romains : leur culture est bien plus emprunte de l'Orient, de l'afrique dans une moindre mesure, que de l'Occident.La musique, les vêtements, les couleurs, la nouriture, l'architecture, les dieux - en bonne partie grec, egyptiens et phéniciens - sont issue d'une culture, celle de la méditerrannée, et on n'avait jamais bien réactualisé ça dans une fiction.Il y a effectivement des préjugés judéo-chrétiens sur la façon dont les réalisateurs appréhendent l'homme romain polythéiste, mais est-ce un reproche à leur faire? Une série grand public ne peut partir d'un point de vue romain pour arriver sous le regard des hommes modernes; une serie sur Rome se doit d'actualiser l'homme romain pour que le spectacteur puisse appréhender son altérité; car le réalisateur voir déjà lui-même, choisit un discours, pour parler de ces gens, qui ne peut honnètement par être celui d'un romain.Et puis surtout il n'y a pas le schéma de pensée de l'home romain, le schéma de pensée du moderne, il y a effectivement de nombreuses pierre de touche- voir celui du droit, ou de la barbarie, qui quoi qu'on en dise n'a quitté le monde moderne qu'en apparence - et le fait de se reconnaître en eux n'est pas condamnable sous une pseudo-accusation d'impérialisme qui ne reflète qu'une idéologie marxiste-léniniste latente.Nous sommes des citoyens, nous avons des élus, du droit des contrats et de la famille, nous croyons en la REPUBLIQUENous sommes des romains.

Struggling Writer 03/02/2008 14:19

Ou, comme dit Philip K. Dick, l'Empire romain n'a jamais pris fin…

yann 08/11/2007 10:22

Pour faire écho à votre note 23 :Je suis un cancre en culture classique.De Jules César, je n'en connaissais que l'images d'Épinal: Alésia, Tu quoque mi fili, etc.S'il ne m'étaient pas inconnus, les noms de Marc Antoine, Pompée, Octave, Cicéron n'étaient reliés à aucun faits historiques. Et pour être honnête, je ne savais même pas qu'ils étaient tous contemporains.Après avoir vu la série, je suis allé sur Wikipedia pour démêler le vrai du faux.J'en ai parlé autour de moi et j'ai appris par ce biais qu'il y avait eu débat.Je suis tombé de fil en aiguille sur l'article de Florence Dupont, votre blog et le site Peplum qui est une mine de savoir.En dehors de l'excellent divertissement et des émotions fortes proposées par cette série, j'en ressors plus riche.En dépit (ou grace à) des raccourcis, cette série est indéniablement pédagogique.Elle a en tout cas réussi, là où l'ensemble de mes professeurs d'histoire et de latin ont échoué :-)

Struggling Writer 03/02/2008 14:25

Merci pour ce témoignage.

Philippe 09/08/2007 06:19

C'est par hasard que je suis tombé sur l'article de Florence Dupont et le votre, et même si je n'ai pas vu un seul épisode de la série Rome, je ne peux pas m'empêcher, vu le ton qu'elle a employé, d'en remettre une couche à l'encontre de cette spécialiste. Le déballage de vieilles rengaines sur la propagande américano-judeo-chretienne n'est la que pour justifier sa présence dans le monde diplomatique mais je ne m'attarderai pas la dessus. Ce qui me révulse le plus, c'est qu'elle n'a pas compris qu'a priori, quand on donne des leçons d'histoire avec autant d'arrogance, on fait en sorte de ne rien écrire qui puisse être sujet à discussion au niveau "historique". La note faisant allusion à Marcus Junius Brutus comme d'un fils adoptif de César fait froid dans le dos... Je recolle ici un autre passage absolument terrifiant, rien n'est à y laisser de côté :
"Le plaisir érotique n’est fait à Rome que de douceur, de langueur et de passivité. L’anecdote du viol dans la campagne est historiquement impossible. D’abord, un soldat ne quitterait pas son unité en marche sans être immédiatement puni, gravement. Si, ensuite, le viol est certes pratiqué dans les guerres, c’est toujours contre l’ennemi, souvent à la fin d’un long siège, quand l’armée entre victorieuse dans une ville et afin de punir sur ordre du général une résistance excessive. Le viol se présente comme un acte symbolique – il en est de même du pillage –, exercé contre les femmes et les hommes ; assez rare et suscitant l’horreur, n’ayant surtout rien à voir avec une sexualité virile et joyeuse."
Comment explique t-elle les cas de viols (ou de tentatives de viols) rapportés par les historiens gréco-romains lorsqu'ayant donné lieu à l'illustration d'un grand personnage, comme, par exemple, dans le récit du jugement de Marius au sujet de l'assassinat de Caius Lusius par un soldat Trébonius (en général ils ne peuvent et ne veulent évidemment pas s'informer sur ce genre "d'événement" : le fait qu'il en ressorte malgré tout laisse supposer que ça n'était pas si rare que ça) ? Comment explique t-elle les violences sexuelles qui tapissent les "vie des douze cesars" de Suétone ? Les moeurs ont ils tant changé de César à Tibère et Caligula ? Suétone et les autres historiens de l'antiquité n'auraient il vraiment rien compris eux non plus ? Quant au règne de la licence (avec notamment les récits de mauvais traitement subis par les alliés) ou de la discipline dans une armée, n'est ce pas un des éternels sujet de discussion, ne serait ce que de Tite Live qu'elle se plait à citer ?
Je suis en train de tomber dans le travers de Florence Dupont et ca n'est manifestement pas le sujet premier de ce blog, alors je vais éviter de continuer à disséquer son article insultant, mais je tenais juste à vous remercier d'avoir eu une réaction à l'encontre de celui-ci (même si je doute que la fiction télévisuelle ait les moyens narratifs et techniques non seulement d'être à la hauteur de la puissance dramatique de ce que nous savons ou croyons de l'Histoire, mais bien plus encore de la dépasser, ce qui me semble avoir été sous-entendu puisque la corruption de l'Histoire serait supposée permettre d'intensifier le récit).

Struggling Writer 09/08/2007 17:18

C'est par hasard que je suis tombé sur l'article de Florence Dupont et le votre, et même si je n'ai pas vu un seul épisode de la série Rome, je ne peux pas m'empêcher, vu le ton qu'elle a employé, d'en remettre une couche à l'encontre de cette spécialiste.C'est toujours bon à prendre. :-)Je suis en train de tomber dans le travers de Florence DupontComme dit dans le précédent commentaire, l'angle historique est une réponse légitime à Florence Dupont, ce n'est donc pas pour moi un travers que de l'aborder, c'est juste une réponse différente. L'article de Florence Dupont présente deux thèses : - Le fait qu' une série en particulier et la fiction historique en général, particulièrement lorsqu'elle prétend à un certain réalisme (qu'elle confond avec beaucoup de mauvaise fois avec l'idée d'objectivité), doit être fidèle à l'histoire (et c'est sur ce point que nous avons répondu).- Quelle est la "bonne" façon de présenter la société romaine si l'on veut être fidèle à l'Histoire. (C'est indépendant de la première question, et donc nous n'avons pas répondu, mais c'est manifestement cette partie qui vous a indigné, et je le comprends tout à fait).Ce que vous établissez sur la soi-disante "douceur" des mœurs romaines vues par Florence Dupont confirme que celle-ci a attaqué à plus d'une reprise la série en cherchant à lui faire trancher dans son sens un débat historique. Elle a bien sûr le droit d'angéliser les Romains et leurs mœurs, mais pas de présenter cet angélisme comme la seule vision objective (pour le coup) possible...alors je vais éviter de continuer à disséquer son article insultant, Je serai pour ma part très intéressé à lire d'autres points de vue historiques sur ce sujet. Et effectivement, cet article est insultant, non seulement à l'égard de ceux qui ont aimé Rome, mais aussi à l'égard de ses propres lecteurs, qu'elle prend visiblement pour des incultes... Il y a surtout de la manipulation à faire passer ses thèses historiques sans les justifier, par le simple effet de l'argument d'autorité au sein d'une critique de fiction, et je comprends que le procédé indigne les historiens ou passionnés d'Histoire qui ne partageraient pas ses conclusions ou ses idées. En tout cas merci de votre réaction !je doute que la fiction télévisuelle ait les moyens narratifs et techniques non seulement d'être à la hauteur de la puissance dramatique de ce que nous savons ou croyons de l'Histoire, mais bien plus encore de la dépasser, ce qui me semble avoir été sous-entendu puisque la corruption de l'Histoire serait supposée permettre d'intensifier le récitPour le coup c'est une question essentielle, et c'est peut-être le point le plus important à aborder lorsqu'on examine une fiction historique. Merci d'avoir abordé ce point, parce que ma réponse s'allongeant de façon démesurée, j'ai fini par décider d'en faire le sujet de mon prochain article sur ce blog. N'hésitez pas à réagir dessus.EDIT : et j'allais oublier : si vous avez la possibilité de voir la série Rome n'hésitez pas. Elle mérite le coup d'œil en tant que fiction, et mériterait aussi qu'un regard averti sur l'Histoire et moins emprunt de préjugés que celui de Florence Dupont soit posé sur elle.

bouthan 09/08/2007 00:39

Merci beaucoup pour votre article qui remet bien des pendules à l'heure. Je pensais moi aussi que l'article du Monde Diplomatique, qui m'avait fait tiquer en de nombreux endroits, méritait une réponse, ce que vous faites de belle manière.

S'il est toujours intéressant d'avoir des éclaircissement sur les imprécisions historiques des fictions, elles sont plus agréables à lire lorsqu'elles ne sont pas vindicatives et elles-mêmes empreintes de préjugés, bref lorsqu'elles respectent l'oeuvre des auteurs et la fiction pour ce qu'elle est.

Un exemple de critique intelligente, intéressante et respectueuse peut-être trouvée sur l'excellent site www.empereurs-romains.net: il s'agit ici d'une critique du film Gladiator, mais je recommande sa lecture pour quiconque souhaiterais se rendre compte qu'il est possible de relever des infidélités historiques de taille avec respect.
http://www.empereurs-romains.net/empret16.htm#bataille

L'article de Florence Dupont, au contraire, est marqué par un ton vindicatif et un déni complet de la liberté des auteurs. Au-delà de la confusion entre une oeuvre historique et une fiction, il me semble que son article démontre aussi à quel point elle juge à partir de ses propres préjugés, en prêtant aux auteurs des intentions qui sont soit très douteuses, soit évidemment erronées.

Elle transforme la volonté des auteurs en son propre fantasme de ce que serait, selon elle, la volonté de l'américain impérialiste moyen.

Il est bien évident en regardant Rome que les auteurs ont au moins essayé de bâtir des personnages et des situations complexes, s'éloignant des lieux communs américains (le héros fort et bon à la fois, doté d'humour comme de moralité). Vos notes 18 et 19 ne le mettent bien en valeur, même s'il est dommage que vous n'ayez pas plus développé ce point dans le corps du texte. Qu'ils y aient réussi est une autre histoire, mais en tout cas on ne peut leur imputer, comme le fait Florence Dupont, des intentions a priori impérialistes.

Gladiator, bon film par ailleurs, donne parfois l'impression que Ridley Scott tente de faire un parallèle un peu trop poussé entre la République romaine et la démocratie américaine. Mais Rome met en scène des personnages ambigus, et une République qui n'a clairement rien à voir avec nos concepts politiques modernes.

De plus, la série s'éloigne sensiblement de l'esthétique des Péplums, et tente au contraire de mettre en avant des aspects de l'antiquité romaine généralement non traités par les fictions historiques.

Pour finir, il me semble donc que la critique de Florence Dupont, qui évite soigneusement de rappeler la position des auteurs et leurs propres réserves et humilité face à toute prétention historique, est tout simplement malhonnête.

Struggling Writer 09/08/2007 03:56

Vos encouragements sont fort agréables à lire :-). Nous avions envisagé dans une mouture de cet article de développer le fait que la série offrait de nouvelles perspectives sur la façon dont la fiction pouvait montrer des personnages ayant des valeurs propres à leur époque sans pour autant les rendre imperméables à l'identification pour un spectateur moderne. Mais une fois le développement rédigé nous l'avons réduit à quelques notes.Cela, pour plusieurs raisons :• D'abord l'article était déjà très long, plus long en tout cas que celui auquel nous répondions, donc nous avons décidé de couper diverses parties.• Ensuite Michel Eloy (celui qui a écrit l'article que vous avez mis en lien et qui est effectivement un exemple de la façon dont on devrait traiter l'infidélité historique) avait déjà traité le sujet bien mieux que nous (nous avons mis un lien dans la note 21 sur l'ensemble de sa remarquable critique de la série, mais le passage sur ce sujet est ici : http://www.peplums.info/pep39a.htm#a28 - voir aussi son analyse de Titus Pullo et Vorenius, plus loin dans le même article, très intéressantes - même si j'ai une idée un peu différente de la sienne quant à l'œuvre d'où Bruno Heller a tiré l'inspiration de ces deux personnages, mais ce sera l'objet de mon prochain article donc chut !).• Surtout, nous avons résolument décidé de rester sur l'angle purement fictionnel pour attaquer l'article de Florence Dupont. Nous concevions notre réponse comme un moyen de faire réfléchir sur le sens même d'une œuvre de fiction historique, indépendamment de sa fidélité à l'Histoire. Il est vrai que nombreux sont ceux qui ont appréciés la fidélité de la série sur le point des mentalités, y compris parmis les passionnés d'Histoire romaine. Mais un tel développement nous aurait écarté de notre propos. Pour nous, cette fidélité imputée (que ce soit vrai ou pas au final) fait partie du réalisme de la série (un choix de traitement, donc), non un désir documentaire. Il nous a semblé important que notre défense soit indépendante des querelles sur la fidélité historique, mais traite de l'absurdité même de la démarche qui consiste à exiger d'une fiction, fut-elle réaliste et renseignée, qu'elle fasse preuve de fidélité historique.Cependant, il est vrai, comme vous le dites que cette défense de la série pourrait être encore développée (et je sais que je serai intéressé à  lire un tel article en ce qui me concerne comme je trouve passionnant vos considérations sur le sujet). Mais nous préférons laisser ceux qui connaissent mieux l'Histoire romaine que nous s'en charger (avouons-le, nous ne sommes pas totalement ignorant en ce domaine, mais nos connaissances sont celles de dillettantes non de spécialistes). Pour Gladiator, j'ai tendance à penser que le parallèle avec l'Amérique d'aujourd'hui est le cœur même du projet de Ridley Scott. Je conçois que cela puisse gêner, mais je trouve pour ma part que c'est une qualité du film. Cela n'écrase pas le drame et ce n'est pas fait d'une façon trop explicative. Surtout, il ne faut pas oublier que le film date d'avant le 11 septembre et que le film fut tourné en 1999 c'est à dire juste avant l'élection de George Bush. Le parallèle paraît aujourd'hui évident mais restait à l'époque relativement invisible. L'Histoire a, cette fois, rattrapé la fiction !Finalement, il est très agréable dans un climat où la fiction est sans cesse attaquée pour ce qu'elle est (une création, une invention, une interprétation du monde, un point de vue, parfois individuel, parfois révélateur de la société qui l'a produite, sans que ce soit un défaut) ou incomprise, de voir que nous ne sommes pas les seuls à prendre sa défense. Pour cela, merci encore !

daboa 02/08/2007 04:42

Même s'il y a pas mal d'éléments qui me font tiquer dans l'article de Florence Dupont (les femmes romaines lettrés et femmes d'affaire ? Pourtant aucune femme romaine n'a laissé trace dans la littérature latine. Il est vrai néanmoins qu'au cours des passages de la royauté à la république, puis de la république à l'empire, les femmes ont conquis toujours plus de liberté à rome (droit de divorce, legs, etc...) quand le sort des femmes athéniennes est allé en empirant), pas mal d'approximation (rien ne prouve que Brutus était bien fils adoptif de César. On sait juste que César entrenait une liaison avec la mère de celui-ci et qu'il avait effectivement eu beaucoup d'attentions pour lui. Le fameux "tu quoque fili" est une mauvaise traduction, du XVIIIè de la phrase grecque de Suétone qui signifiait plutôt "toi aussi mon enfant", ou "fiston" ou "mon petit", autrement dit un terme affectif, rien de plus) ou de raccourcis étonnants pour une savante aussi réputée (vous la découvrez sans doute avec cet article mais elle a écrit de nombreux livres qui font autorité dans les études latines, notamment sur le théâtre. bien que je n'aie pas son goût pour... enfin bref, ne nous éloignons pas).
Quelle longue phrase.
Donc je voulais dire : bien que de nombreux passages m'aient fait froncer les sourcils, j'approuve tout-à-fait sa vision des choses quand elle dit que la série présente une Rome à laquelle on a collé une vision très américaine des chose. Dans plusieurs films historiques que j'aie vu dans les 5 dernières années : "Gladiator", "l'homme au masque de fer" (rires), "300", il s'agit toujours de présenter l'homme, le messie (un G.I.) qui mènera le peuple vers la liberté en détrônant le monarque misérable (généralement un gamin capricieux). Il s'agit de montrer la république romaine comme une "presque liberté à l'américaine", c'est-à-dire le but à atteindre, appuyant l'idée rassurante que l'homme (vivant dans un pays libre, l'amérique) progresse de siècles en siècles. Idée qui fait doucement ricaner quand on lit les livres d'histoire, on peut constater que l'histoire de l'humanité, faite de pics et de descentes tourne sur elle-même comme la terre autour du soleil. La défense selon laquelle cette série n'aurait d'autre but que de distraire n'est pas recevable. D'abord, la série est clairement présentée comme "réaliste" montrant les romains tels qu'ils étaient. D'autre part, en quoi le fait de respecter la réalité historique nuirait-il à l'intérêt d'une intrigue basée sur la civilisation romaine ? A ce titre, Kaamelott qui au contraire ne se présente pas du tout comme une série réaliste (adaptation d'une légende, dialogues à la audiard) est bien plus proche de ce qu'était l'histoire du moyen-âge, malgré des anachronismes inévitables (les armures de chevaliers au Vè après J-C). Le souci du détail n'a jamais gêné Kubrick dans Barry Lindon ou même Spartacus, bien qu'il ne dût céder à la censure de l'époque. Il me semble qu'il serait au contraire bien plus intéressant et plus audacieux de bâtir une série tout en intégrant des éléments qui pourraient surprendre, voire choquer notre esprit moderne :
- montrer l'homosexualité non pas comme un crime, un "péché" (notion très chrétienne), ou un sujet de haine, mais tout au plus un sujet de moquerie selon le type de rapport impliqué (le rapport "passif et consentant" était indigne d'un homme libre adulte mais pas le rapport actif si c'était sur un esclave ou un jeune homme consentant.)
- montrer les ennemis vaincus relâchés après avoir subi la terrible humiliation de passer sous les fourches caudines (à peu près comme si les américains laissaient partir les généraux irakiens après leur avoir flanqué un coup de pieds au derrière)
- montrer les rites extrêmement complexes qui rythmaient la vie quotidienne, les superstitions romaines...
En un mot montrer à quel point les moeurs des romains étaient différentes des nôtres tout en montrant, non pas ce qu'ils ont en commun avec nous mais ce qu'ils nous on laissé, ou que nous leur avons emprunté.
C'est tout-à-fait inacceptable de coller cette vision "moderne" regardant d'un oeil de dédain ces barbares qui n'avaient pas encore reçu la lumière en déclarant : « pour eux la force primait le droit ». Comme le dit F. Dupond, les romains se sont justement efforcés, plus encore que les grecs dont ils se sont inspirés, d'établir des lois aussi justes que possibles, d'établir une jurisprudence en notant les compte-rendu des jugements (!); de passer lentement des lois basés sur la tradition patricienne, c-à-d basés sur l'autorité du paterfamilias, à des lois plus égalitaires (tribunat accordé aux plébéiens, puis droit de mariage entre plébéiens et patriciens). Même l'esclavage, le moteur économique de Rome dont rare étaient ceux qui osaient remettre en cause le bien-fondé, a été progressivement changé, même s'il n'a jamais été question de l'abolir : affranchissement, contestation possibles (un esclave ne pouvait pas se défendre mais un homme pouvait se porter garant auprès du tribunal) puis, sous l'empire, accès au magistratures d'affranchis, etc...
Ça me fait marrer quand j'entends dire qu'on vit un âge d'or des séries télés et à quel point les séries américaines offrent tant de liberté. J'y croirai quand je verrai Jack Bauer se vendre à l'ennemi tout en restant le personnage principal de la série. J'y croirai quand je verrai des responsables de la CIA se comporter, non pas comme des soldats offrant une foi aveugle en leur pays, mais comme des opportunistes qui ne songent qu'à démolir la carrière de leur collègue. J'y croirai quand on osera montrer dans une série comme Rome des filles mariés à 12 et des garçon à 14 sans que ce soit décrit comme un abus, mais comme une simple réalité de fait (la durée de vie était plus courte qu'aujourd'hui, il fallait faire des enfants le plus tôt possible et les adolescents, fréquemment confrontés à la mort et à un mode de vie pénible étaient bien plus matures qu'aujourd'hui où ils restent habiter chez leur parents au-delà de dix-huit ans)
Rome ne fait que s'accorder avec la morale judéo-chrétienne tout en respectant les impératifs du marché (pas de scènes homosexuelles mais, oh surprise, beaucoup de scènes lesbiennes...).

Struggling Writer 03/08/2007 07:40

Quelle longue phrase. Donc je voulais dire : bien que de nombreux passages m'aient fait froncer les sourcils, j'approuve tout-à-fait sa vision des choses quand elle dit que la série présente une Rome à laquelle on a collé une vision très américaine des chose.C'est tout à fait étonnant pour une série écrite ou dirigée par un showrunner Anglais qui a travaillé entre autre avec un réalisateur portugais !Par ailleurs, je ne vois pas pourquoi 'une "vision très américaine" serait critiquable en soit. Pas plus qu' "une vision très africaine" "française" ou i"italienne". D'autant que cette expression veut dire tout et n'importe quoi. En quoi des auteurs, s'ils sont Américains - ce qui est loin d'être le cas ici -, devraient-ils s'empêcher d'avoir une vision subjective incorporant les obsessions ou des conventions appartenant à leur traditions narratives (et en cinéma ou en télévision leur tradition vaut bien celle de n'importe quel autre pays) ?Dans plusieurs films historiques que j'aie vu dans les 5 dernières années : "Gladiator", "l'homme au masque de fer" (rires), "300", il s'agit toujours de présenter l'homme, le messie (un G.I.) qui mènera le peuple vers la liberté en détrônant le monarque misérable (généralement un gamin capricieux).Que ce soit la marque d'un mythe américain, et alors ? Pourquoi les USA n'auraient-ils pas droit à leurs mythes ? La fonction libératrice du héros n'est pas spécifique aux USA mais est partagée dans les histoires populaires depuis la nuit des temps (Robin des Bois, Thésée, ou Till l'Espiègle). La fonction messianique c'est autre chose (il s'agit d'un héros sacré "oint divinement" et prophétisé, ce qui n'est le cas d'aucun des héros cités plus haut).Il s'agit de montrer la république romaine comme une "presque liberté à l'américaine", c'est-à-dire le but à atteindre, appuyant l'idée rassurante que l'homme (vivant dans un pays libre, l'amérique) progresse de siècles en siècles.Voilà une interprétation qui ressemble beaucoup à une projection. Que je sache ce schéma (un tyran qui prend le pouvoir, un héros qui s'y oppose) est aussi celui de films se passant aujourd'hui aux USA. Bizarre, ça ne semble pas cadrer avec la théorie. (Dans The River de Mark Rydell, le tyran reste même en place à la fin et dit au héros. "Je ne t'ai pas eu cette fois, mais la prochaine tu ne m'échapperas pas..." Ce qui semblerait montrer que les tyrans de l'Amérique d'aujourd'hui sont plus difficile à vaincre que ceux des régimes du passé. On peut voir aussi le même schéma dans le récent "The Astronaut Farmer" – qui n'est pas un très très bon film mais qui montre la tyrannie du gouvernement américain qui essaye d'empêcher un homme de réaliser son rêve et menace sa liberté...) Bref, je doute qu'une analyse structuraliste aussi décontextualisée et appliquée sur des auteurs aussi différents que Zach Snyder ("je veux de la violence dans mes films") et Ridley Scott ("tout film de guerre est un film contre la guerre") ait la moindre valeur opératoire... Gladiator montre plutôt (par exemple) que, sans vigilance, la manipulation de l'opinion publique (transposée à travers les jeux du cirque) peut facilement appuyer une tyrannie. La fin même de Gladiator est ambigue. Le héros est mort en même temps que le tyran, et si le discours final représente un espoir, il dit bien que Rome a perdu de vue depuis longtemps certains de ses idéaux et qu'il dépend de chacun à présent de les faire resurgir. Il me semble donc parfaitement abusif d'y voir la défense d'une idée que le progres est naturel et certainement pas l'idée que l'Amérique en serait le point d'aboutissement (en fait le discours semble plutôt mettre en garde le spectateur moderne). Selon le film, le progrès social et politique, s'il existe, n'est que le fruit d'un effort à la fois individuel et collectif ainsi que de circonstances particulières. (Et la régression est tout à fait possible "Autrefois il existait une idée appelée Rome...")Les trois films mettent d'ailleurs l'accent sur la responsabilité individuelle pour s'opposer à des tyrannies de fait, (qui ne se présentent d'ailleurs pas comme telles). On pourrait tout aussi bien interpréter ces films comme parfaitement subversifs, d'autant plus efficaces que leur propos prend la forme de récit d'aventures et d'être par conséquent plus universels que des narration purement démonstratives (c'est ce que Samuel Fuller appelait "passer en contrebande"). Il est évident que le soupçon d'une idéologie douteuse est le meilleur moyen de discréditer un film sans avoir à l'analyser. Mais en fait les fictions sont toujours rétives à la lecture idéologique simpliste (voir L'invasion des profanateurs de sépulture qui peut être interprété comme anti MacCarthyste ou anti Communiste, mais qui est en fait un remarquable exemple d'expressivité d'une paranoïa ambiante). Les analyses structuralistes de ce type (prenant un élément général du genre "un héros seul combat un groupe d'ennemi soudés") pour en tirer une lecture idéologique ("c'est donc que le film s'oppose à l'idée de communauté pour célébrer l'individualisme et le combat contre les masses laborieuses") sont plus le produit d'une déformation universitaire et d'un politiquement correct qui rejette tout ce qui est américain sans prendre en compte les intentions réelles des auteurs (en l'occurence ce schéma était aussi bien celui de High Noon, du Samourai de Melville, ou de New York 1997 de Carpenter, trois films qui n'ont rien à voir tant par leur propos que par les intentions de leurs auteurs respectifs...).La défense selon laquelle cette série n'aurait d'autre but que de distraire n'est pas recevable.Si quelqu'un a dit que cette série n'avait d'autre but que distraire, ce n'est certainement pas moi. La fiction a bien d'autres but que distraire, mais n'accorder à la fiction de l'intérêt qu'en fonction d'une dimension politique ou de reflet du réel est tout aussi réducteur.D'abord, la série est clairement présentée comme "réaliste" montrant les romains tels qu'ils étaient.Le réalisme n'est pas une obligation morale de coller à la réalité. C'est un mode de traitement parmi d'autres, ayant pour but d'immerger le spectateur, non de présenter comme vrai ce qui est fiction.D'autre part, en quoi le fait de respecter la réalité historique nuirait-il à l'intérêt d'une intrigue basée sur la civilisation romaine ?Je crois avoir déjà répondu dans l'article. D'ailleurs l'idée même de "réalité historique" me semble totalitaire. L'Histoire est une reconstruction, pas une réalité. Lorsqu'il s'agit d'exprimer, de raconter, bref de représenter, il y a toujours un choix à faire entre le ressenti et le littéral, ou même entre les diverses sources. L'exemple cité dans l'article sur Vercingétorix l'explique (on y parle aussi des raison qui ont poussé les auteurs à privilégier à plusieurs reprises le ressenti…) Le but est souvent de créer une connivence entre le spectateur et les personnages autrement impossible puisque faire comprendre la raison d'une coutume ou d'une façon de faire trop exotique alourdirait considérablement le drame – qui est tout de même l'élément important de la fiction – par des explications pesantes. Ainsi, il n'y avait pas de légionnaire en armure dans l'enceinte de Rome y compris pour les triomphes, mais si les légionnaires avaient défilés dans des vêtements de ville pour la série, tout le monde se serait demander qui sont ces types...Le souci du détail n'a jamais gêné Kubrick dans Barry Lindon ou même Spartacus, bien qu'il ne dût céder à la censure de l'époque.J'aime beaucoup Spartacus, mais le film n'a rien de fidèle. Du brushing de Kirk Douglas à la garnison de Rome commandée par Jules César qui n'existait pas à l'époque, sans parler de la mentalité et des propos parfois très modernes de Spartacus lui-même (et l'impasse sur les religions des esclaves) le film fait, comme dans le cas de Rome, des choix autant thématiques qu'esthétiques et narratifs pour représenter à destination d'un public contemporain une histoire fictionnelle basée sur un lointain passé.Quant à Barry Lyndon, si on ne peut lui reprocher son infidélité à l'Histoire, on pourrait selon le même principe lui repprocher d'être une adaptation très infidèle de la satire de Thackeray (mais loin de moi l'idée de lui reprochée cette infidélité à un classique de la littérature anglaise que j'avais trouvé à la lecture assez répétitif dans ses procédés). Il faut avouer que les hommes du XVIIIeme siècle sont relativement proches et qu'une documentation minimale sur leur vêtements et leurs vies sont relativement faciles d'accès (dans n'importe quel musée de peinture classique ou, à défaut ,sur les boites de chocolat). Par conséquent le spectateur moderne est censé être plus familier avec l'époque. Certes, le soucis du détail est impressionnant, mais à la différence de Rome, selon les auteurs eux-même, l'authenticité fait partie du projet de Kubrick, dont les scènes sont plus proches de peintures animées que motivée par un soucis de projeter le spectateur moderne dans une autre époque. L'obsession d'authencité de Kubrick donne au final un film sans intériorité. Les personnages restent lointain et le spectateur ne peut que difficilement s'y identifier (sauf lorsque Barry perd son fils). Ce n'est pas un défaut du film mais la raison même, selon moi, du choix de Kubrick. Les visages exagérément poudrés dans les scènes de cour, quoiqu'authentiques, ne rendent pas l'epoque plus sensible au spectateur que ne le seraient des visages maquillé plus légèrement, au contraire cela accentue l'éloignement voulu par Kubrick. Car au fond, le spectateur ne saurait percevoir ces visages comme naturels (c'est à dire comme pouvait les percevoir les courtisans de l'époque) mais au contraire comme aussi vide d'expression et de vie que le personnage de Barry Lyndon est dénué d'intériorité. Barry Lyndon n'existe jamais ou presque par lui même. La seule intériorité qu'il possède, la seule émotion que lui accorde Kubrick, est l'amour qu'il ressent pour son fils et sa famille (peut-être une façon de dire qu'au-delà des différences nous partageons une humanité commune avec les hommes du passé par ces valeurs que Kubrick jugeaient essentielles - à tort ou à raison, mais il consédérait que la famille et l'amour paternel étaient d'une importance capitale). Pour le reste le héros du film est un caméléon et une énigme. Et les autres personnages ne sont pas plus accessibles que lui au spectateur. En poussant un peu loin on pourrait dire, comme l'ont fait Jana Branch et John Izod (Barry Lyndon and the Limits of Understanding - Kinema, automne 2003) que "l'obsession d'authencité de Kubrick réfute l'idée même qu'on puisse recréer le passé". L'authenticité n'est donc pas pour Kubrick un moyen de se mettre les historiens dans sa poche, ou un soucis de donner une respectabilité à son œuvre, ou même un projet de raconter avec véracité le XVIIIeme siècle (sinon il n'aurait pas choisi un roman du XIXème siècle comme sujet) mais bien de proposer une réflexion sur la fiction et l'impossibilité d'accéder à l'intériorité de l'autre par le biais des fictions. C'est une opposition au psychologisme (je ne veux pas dire que Kubrick a raison mais ce qu'il exprime mérite certainement réflexion)...Rome a un projet totalement différent. Le but des auteurs y est entre autre de nous donner à ressentir un point de vue complètement différent sur le monde que celui issu de la modernité. Pour cela, la série préfère mettre l'accent sur la perception des personnages que sur l'authenticité, choisissant des personnages aux mœurs fort éloignés de notre culture. Si pour se faire, elle doit s'écarter de la fidélité littérale, ce n'est pas une faiblesse ou une facilité, mais une nécessité fictionnelle. La démonstration de Kubrick s'applique parfaitement : vouloir recréer le passé avec fidélité est absurde car celui-ci nous échappe à jamais. Le sujet de Rome, ce n'est pas Rome, mais nous-même. Notre monde notre civilisation, nos valeurs, qui sont sans cesse relativisée en nous montrant d'autres valeurs (pas moins ou plus authentique que n'importe quelle recréations d'historien dont les constructions en la matière restent toujours sujettes à caution : s'il est bien une chose qui ne peut être revendiquée comme une construction purement objective, c'est bien l'histoire des mentalités, car leur définition même et les moyens autorisés pour les dépeindre dépendent toujours de la subjectivité) et en nous donnant à ressentir leur impact sur une vision du monde pas moins justifiée que la notre. Maintenant, même si Spartacus et Barry Lyndon étaient d'une fidélité à toute épreuve, qu'est-ce que ça prouverait et en quoi cela exigerait-il qu'un projet différent fait par des gens différents doive adopter la même approche ?Par exemple, Le Masque de Fer, qui n'a jamais visé à quelque fidélité que ce soit (et dont le scénario malin est fort mal desservi par une réalisation approximative), ne prétend pas représenter autre chose qu'un XVIIeme siècle de pure fantaisie. Tant pis si les historiens froncent les sourcils au lieu d'essayer d'en comprendre la raison. Autant reprocher à Pirates des Caraïbes de ne pas être fidèle historiquement, ou à l'univers de Tim Burton de ne pas ressembler au XXeme siècle....- montrer l'homosexualité non pas comme un crime, un "péché" (notion très chrétienne), ou un sujet de haine, mais tout au plus un sujet de moquerie selon le type de rapport impliqué (le rapport "passif et consentant" était indigne d'un homme libre adulte mais pas le rapport actif si c'était sur un esclave ou un jeune homme consentant.)C'est pourtant présent dans la série, lorsque le jeune Octave est emmené au bordel et qu'on lui propose très naturellement s'il préfère un jeune garçon ou une jeune fille. Dans la deuxième saison, c'est encore explicité de façon plus directe lorsqu'un jeune esclave a des rapports homosexuels avec l'intendant d'Atia sans que celle-ci s'en offusque lorsqu'elle l'apprend... On peut aussi citer le fait que Titus pullo s'énerve lorsqu'il entend dans l'arêne les gladiateur dire que la XIIIeme sont des mollies (c'est à dire des homosexuels passifs en Anglais).- montrer les ennemis vaincus relâchés après avoir subi la terrible humiliation de passer sous les fourches caudines (à peu près comme si les américains laissaient partir les généraux irakiens après leur avoir flanqué un coup de pieds au derrière)On pourrait aussi montrer bien d'autres choses aussi, comme le fait que les gladiateurs étaient végétariens, que les Romains mangeaient huit cent grammes de pain par jour, qu'ils respectaient les coutumes des peuples envahis et qu'ils se faisaient gratter la crasse au couteau dans les thermes... Mais il est juste impossible de tout dire d'une époque donnée dans une fiction sans brouiller son propos. Et des choix doivent être faits sur ce qui doit être raconté ou non par rapport au propos général de la série. En l'occurence après les victoires racontées dans la série, ni Vercingétorix, ni Pompée, ni Brutus, ni Ptolémée n'eurent à passer entre les fourches caudines, donc est-ce que ça aurait eu le moindre intérêt de le montrer juste pour ajouter un élément à un tableau déjà très chargé ? J'en doute.- montrer les rites extrêmement complexes qui rythmaient la vie quotidienne, les superstitions romaines... En un mot montrer à quel point les moeurs des romains étaient différentesSi je ne saurais dire quel sont les rites "authentiques" de la série, mais l'impression en est fort bien rendue pour un spectateur moderne et relativement peu au fait des coutumes romaines. Comme le dit Michel Eloy sur son site http://www.peplums.info/" : "Vorenus n'arrête pas de se faire purifier ou de se faire disculper. Disculper du meurtre de 309 guerriers gaulois au long de la guerre, par les prêtres de Mars «qui font des prix à partir du centième». Se faire pardonner par Janus du bris de l'effigie qui ornait son «atrium», dans l'insula minable où il réside avec sa famille. Se purifier encore pour prendre la fonction de préfet parmi les evocati, etc. (...) La série nous fait assister à quelques rites spectaculaires comme cette defixio (...) ou ce rituel du taurobaule, particulièrement sanguinolent, voire les scarifications que s'inflige Octavia lorsqu'elle trouve refuge chez les Galles, prêtres de la même déesse... Les concepteurs ont fait une intéressante recherche sur les dieux romains. En particulier sont évoquées des divinités spécifiquement latines, peu connues des péplums : nous avons déjà mentionné Cybèle et Janus; ajoutons Forculus, Spes Dis, Rusina, ou Bona Dea... "Sans aller jusqu'à jurer que les nombreux rituels auxquels nous assistons sont rigoureusement conformes à ceux de l'Antiquité - pour ce que nous en savons ! - nous apprécierons le message subliminal : l'esprit profondément religieux des Romains. On n'a rien sans rien."En bref, ia série montre non seulement que les mœurs des Romains étaient différentes, et qu'ils étaient profondément religieux, mais elle le montre d'une façon qui ne saurait échapper au spectateur contemporain (qui reste quand même une donnée importante dans la motivation d'un créateur), tout en lui donnant la possibilité d'y croire et de voir un bref instant le monde selon ce point de vue unique. C'est en soi une réussite de la série, mais au-delà, croire que le but de la série pourrait être de s'adresser aux historiens ou de reconstituer le passé serait d'une risible naiveté et ne peut que créer une incompréhension néfaste sur les moyens et le sens même de la fiction. C'est tout-à-fait inacceptable de coller cette vision "moderne" regardant d'un oeil de dédain ces barbares qui n'avaient pas encore reçu la lumière en déclarant : « pour eux la force primait le droit ».Je rappelle ici que cette phrase n'est JAMAIS prononcée pendant la série. Il s'agit simplement d'un jugement du scénariste en interview sur cette époque (celui qui n'a jamais dit de bêtise en interview n'a jamais été interviewé). Ce jugement, il a parfaitement le droit de l'avoir (la phrase anglaise "Might is Right" prononcée dans l'interview est en passant le titre d'un livre de Ragnar Redbeard, avocat du darwinisme social au XIXeme siècle, une époque qui n'est pas si éloignée et où les avocats étaient loin d'être une rareté).La question est de savoir si la série donne prise à un tel point de vue. Or, l'importance du droit y est évidente. Les lois y sont même montrée comme sacrées (cf. les réactions de Vorenus lorsque celle-ci est écornée dans la première saison). Mais cela n'empêche absolument pas que la série raconte les dernières heures de la République et la façon dont la force est imposée pour mettre fin à une république séculaire, et que ce propos doit être remis dans ce contexte.Même l'esclavage, le moteur économique de Rome dont rare étaient ceux qui osaient remettre en cause le bien-fondé, a été progressivement changé, même s'il n'a jamais été question de l'abolir : affranchissement, contestation possibles (un esclave ne pouvait pas se défendre mais un homme pouvait se porter garant auprès du tribunal) puis, sous l'empire, accès au magistratures d'affranchis, etc...Encore une fois je suis étonné de voir une affirmation aussi peu informée : la série montre cela, dans la deuxième saison où un esclave obtient un poste de haut fonctionnaire...Ça me fait marrer quand j'entends dire qu'on vit un âge d'or des séries télés et à quel point les séries américaines offrent tant de liberté.Pour l'âge d'or c'est juste une expression comme une autre (l'âge d'or c'est toujours l'époque où l'on découvre quelque chose de tout nouveau tout beau, certains diraient plutôt que la télévision américaine a connu son âge d'or dans les années soixantes...)Se marrer n'est pas un argument. Mais au moins, c'est bon pour la santé. Sinon, les taoistes avaient bien remarqué que la première fois qu'on entend une vérité, la première réaction est le rire...J'y croirai quand je verrai Jack Bauer se vendre à l'ennemi tout en restant le personnage principal de la série.????Ça n'aurait aucun intérêt…Jack Bauer n'est pas un héros positif même si c'est un héros populaire (c'est à dire un personnage possédant une ou plusieurs caractéristiques de façon extrème et dont il ne déviera pas, notion généralement mal comprise par ceux qui croient qu'un personnage doit forcément être psychologisé pour être respectable) et sa caractéristique principale est d'être un patriote. En faire un traitre à son pays ne serait pas audacieux : ce serait juste de la mauvaise narration. De plus, je ne vois pas ce que cela prouverait en matière de liberté. Le choix de le montrer en train de s'opposer directement au président américain, qui cherche à créer un conflit artificiel afin de préserver les intérêts économiques des grandes puissances financières (en particulier pétrolières), dans la cinquième saison, me semble pour le coup beaucoup plus audacieux et bien plus subversif...J'y croirai quand je verrai des responsables de la CIA se comporter, non pas comme des soldats offrant une foi aveugle en leur pays, mais comme des opportunistes qui ne songent qu'à démolir la carrière de leur collègue.C'est souvent le cas dans 24 (mais comme dans toute histoire l'uniformité des motivations et un principe de caractérisation aussi grossier serait vite fatiguant)... C'est aussi traité dans un épisode de Criminal Minds (ou les personnages cherchent à débusquer un traitre au sein de la CIA). J'y croirai quand on osera montrer dans une série comme Rome des filles mariés à 12 et des garçon à 14 sans que ce soit décrit comme un abus, mais comme une simple réalité de fait Niobée a une vingtaine d'années au début de la série, et elle a été mariée à Vorenus huit ans plus tôt donc n'importe qui ayant appris le calcul peut en tirer la conclusion qu'elle a eu ses enfants très jeune... Et dans Tudors (par ailleurs beaucoup moins réussie que Rome) on voit un père projeter le mariage de sa fille de huit ans dès qu'elle sera pubère... Ça ne me paraît pas particulièrement audacieux d'ailleurs... Dans le même ordre d'idée, on voit dans Deadwood, une adolescente coucher avec un vieillard pour lui extorquer de l'argent. Dans NYPD Blues il y a quelque années une très jeune fille couchait avec son frère et assassinait sa petite sœur pour ne pas avoir à le partager. Ces audaces-là si elles ne sont pas inscrites dans une narration n'ont rien d'impressionnant. en tant que telle. C'est un peu fini l'époque où on choquait le spectateur avec des trucs pareils.Ce ne sont pas ces audaces-là qu'il convient d'applaudir (quoiqu'à la télé française on soit encore loin de pouvoir s'autoriser des "audaces" pareilles tant le politiquement correct regne en maître : deux collègues se sont vu refuser un scénario dans une grande série française pour la seule raison qu'un assassin y maquillait un meurtre crapuleux en meurtre homophobe – j'ai aussi eu vent d'un célèbre documentariste qui dans un film sur la sexualité féminine refusa le témoignage d'une femme qui admettait avoir un fantasme de viol) mais dans la façon dont les projets narratifs sont menés (l'épisode de Deadwood cité plus haut est plus remarquable par la sauvagerie dont il fait preuve par la suite en mettant le spectateur en situation de s'identifier à cette jeune fille dans une scène d'une terrible violence). Là où le cinéma travaille (au mieux) sur l'ellipse et ne peut se permettre trop de développement de personnages, la série télévisée possède le luxe du temps et de se fait peut réinjecter de la vie dans des genres devenus formulaïques au cinéma, multipliant les points de vues et les trames narratives, avec une complexité impossible au cinéma, et offrant de façon courante des portraits humains précis et en demi-teinte que le cinéma ne pourrait de façon équivalente que tracer à grands traits. Je ne cherche pas à dénigrer le cinéma mais bien à montrer que la série possède des spécificité narrative. Du reste, dans les années trente certains riaient à l'idée qu'on puisse croire que le cinéma était un art, et que les réalisateurs américains l'avaient amenés à un âge d'or... The Shield présente ainsi un policier corrompu et violent comme la dernière possibilité de survie d'une Amérique en déroute. Deadwood revisite le western en lui donnant une lenteur qui surpasse même celle de John MacCabe and Mrs Miller. La série occupe en fait une fonction narrative en terme d'image comparable à celle du roman (étant entendu qu'un film s'apparente à une nouvelle).Ce n'est pas là que se situe la liberté narrative des séries. Mais dans leur capacité à habiter par leur narration des environnements que la plupart des gens préfèrent ne pas regarder (Oz, Six Feet Under), à assumer des narrations complexes (Battlestar Galactica, The Wire), des personnages ambivalents (House, The Shield) et à exprimer des émotions complexes (toutes les séries qui précèdent et bien plus). Par ailleurs si le but premier de la fiction n'est pas forcément de divertir, il n'y a aucune honte à le faire. Hitchock fut considéré de son temps comme un entertainer. Ça ne l'a pas empêché d'être un narrateur hors pair, capable de voir l'importance du suspense au cinéma et poussant le principe jusqu'à ses limites extrèmes dans son art du découpage.pas de scènes homosexuelles mais, oh surprise, beaucoup de scènes lesbiennes.Ah bon les lesbiennes ne sont pas homosexuelles ? Il faudrait peut-être les prévenir... S'il s'agit d'homosexualité masculine, c'est de toutes façons faux, un épisode montre clairement et sans ambiguité une scène de sexe homosexuelle masculine entre un jeune esclave et l'intendant d'Atia. Au final, j'ai surtout l'impression qu'il faudrait pour que les séries trouvent grace à vos yeux qu'elle se conforment à vos opinions (toutes respectables qu'elles soient) ou à vos envies... Mais d'une part ça me semble le contraire d'une liberté et d'autre part, il me semble que le meilleur moyen de comprendre une œuvre reste de se mettre en état de la recevoir. Si des principes idéologiques rigides tels que "Les agents de la CIA doivent tous être des salauds carriéristes dans une série" président à vos attentes, je ne suis pas étonné que vous ne puissiez apprécier le foisonnement actuel des séries anglo-saxonnes et que vous ne leur accordiez que bien peu de qualité ! Mieux vaut peut-être se mettre en situation d'apprécier une série, même si son propos ne correspond pas toujours à nos opinions. Car la fiction n'est pas faite pour qu'on y trouve la confirmations de nos certitudes, mais éventuellement pour offrir la possibilité de se projeter dans des situations offrant de nouveaux points de vue et des émotions nous permettant de voir le monde autrement.

Adem 29/07/2007 17:48

Bref,

Vous aimez la série Rome, et ne tolérez aucune forme de critique, quelle qu'elle soit...

Le projet et la vocation de cette série est de faire du commerce avant tout, et le registre choisi est le Peplum amélioré.

"Projet artistique"... Mais mon cher monsieur, "Saturne dévorant son enfant", ma foi, c'est du tout grand Art, ça! On peut faire beaucoup de choses, voilé derrière un concept "artistique", et sans rien devoir à personne, à vous lire!

Pas d'assertions dans une série télévisée? Ma foi, si vous ne voyez pas comment par vous-même...

Je ne vais pas m'amuser à répondre à chacune de vos réponses; il n'était pas dans mon objectif, en postant ici, d'entrer dans un débat inutile.

Struggling Writer 29/07/2007 22:51

Bref, Vous aimez la série Rome, et ne tolérez aucune forme de critique, quelle qu'elle soit... Je tolère toutes les critiques, mêmes celles avec lesquelles je ne suis pas d'accord, sinon je n'y répondrais pas. L'intolérance c'est de refuser que les idées des autres soit différentes des siennes, non d'argumenter dans une discussion où les points de vue divergent. Vous avez entièrement le droit de critiquer Rome, sur ce blog ou ailleurs. Et j'ai entièrement le droit de ne pas être d'accord avec vous et de répondre à vos critiques. Je ne vois pas où est l'intolérance là-dedans. Le projet et la vocation de cette série est de faire du commerce avant tout, et le registre choisi est le Peplum amélioré.Faire du commerce était aussi la vocation du théâtre elisabethain et on peut aussi appeler le Jules César de Shakespeare du Peplum (amélioré ou non), je ne vois pas le problème. Le fait de vouloir gagner de l'argent par son travail n'est pas incompatible avec l'art, pas plus que le fait de s'inscrire dans un genre méprisé (surtout en France d'ailleurs).On peut faire beaucoup de choses, voilé derrière un concept "artistique", et sans rien devoir à personne, à vous lire! Je ne vois pas où j'ai dit une chose pareille. Et que veut dire "faire beaucoup de chose" ?Je ne vois pas comment une œuvre d'art pourrait être accusée de plagier un historien par exemple. Ce qui est de l'ordre de la documentation est, comme n'importe quelle source d'inspiration, précieuse, mais ce n'est pas la documentation qui à elle seule fait la spécificité d'une écriture de fiction. Du reste, je n'ai jamais entendu d'historien se plaindre qu'un auteur de fiction s'était inspiré de sa thèse dans la description d'une époque. C'est même plutôt vu comme un hommage. Oui, une œuvre peut devoir à beaucoup de gens, à des historiens, mais aussi à l'entourage de son auteur, aux journaux qu'il lit et à l'ensemble des auteurs qui l'ont influencés. Il ne les citera jamais tous, parce qu'au fond ce qui compte au final pour un œuvre, c'est le travail de création et que si chaque personne ayant eu une influence sur une œuvre pouvait en réclamer une part de la paternité, on n'en aurait jamais fini. Je ne dirais donc jamais qu'un auteur ne doit rien à personne. Bien au contraire : je ne crois pas à l'inspiration sacrée, ni qu'un artiste est un être à part produit par la singularité de son génie. Je pense même que les artistes sont surestimés dans notre société, et qu'ils en sont les premiers à en pâtir.Je ne suis pas sûr de voir en quoi le fait de tirer son inspiration de telle ou telle source impliquerait cependant une obligation quelconque dans la manière d'écrire ou de concevoir la construction de son œuvre.A part ça, oui… lorsqu'on invente, qu'on imagine, et que c'est clairement stipulé, comme dans le cas d'une série, on peut tout faire. Je ne crois pas qu'il y ait de limite à poser sur ce qui peut être écrit et dit sous une forme fictionnelle (et même sous d'autres formes, d'ailleurs, mais c'est un autre sujet). Après, il est toujours nécessaire de critiquer le résultat par rapport aux intentions, à son propre goût et à l'idéologie eventuellement véhiculée. Pas d'assertions dans une série télévisée? Ma foi, si vous ne voyez pas comment par vous-même... Je trouve étrange de lire, de la part de quelqu'un qui parlait d'une "illusion de savoir" chez le grand public, que son point de vue va de soi, et qu'une argumentation que vous jugez manifestement erronée est indigne d'être examinée et réfutée. Or, comme je le disais, mon ignorance vaut bien celle du grand public. Ce serait donc aux auteurs de série télévisées de faire tout les efforts pour éduquer le public, mais non à chacun dans la mesure de ses possibilités ?Je ne vais pas m'amuser à répondre à chacune de vos réponses; il n'était pas dans mon objectif, en postant ici, d'entrer dans un débat inutile.C'est votre choix. Poursuivre le débat engagé depuis longtemps sur la nécéssité ou non de fidélité à l'Histoire dans les fictions historiques ne me paraît pas si inutile que cela. Le fait même que certains réagissent avec mépris à l'idée même qu'on puisse en discuter montre que cela reste un sujet à défricher.

Adem 28/07/2007 13:07

Si je puis me permettre;

J'ai aimé la première saison de cette série; toutefois, il y a bien de nombreux éléments criticables, quelle que soit l'approche effective des réalisateurs.

Seulement, pas du tout d'accord avec l'approche critique de Mme DUPONT! Contrepied naïf d'assertions télévisuelles tout aussi naïves!

Il me semble que le but de toute série télévisée est de divertir. Toutefois, dès lors où l'on choisit un registre "historique" et "anthropologique", du fait même du sujet (il ne s'agit pas d'une série policière), le moindre des respects pour notre Histoire, notre Mémoire, et pour le travail des véritables experts de l'ombre, c'est de prendre garde à ce que l'on communique à un grand public qui aura forcément tendance à prendre tout cela comme argent comptant, et à se vautrer dans une illusion de savoir encore plus dangereuse que celle provenant de recherches méthodiques et garanties par une formation solide en critique historique...

Struggling Writer 29/07/2007 09:54

Si je puis me permettre; J'ai aimé la première saison de cette série; toutefois, il y a bien de nombreux éléments criticables, quelle que soit l'approche effective des réalisateurs.Tout est criticable...Mais une critique artistique doit prendre en compte le projet et l'approche des auteurs d'une série (qui sont je le rappelle les scénaristes, non les réalisateurs). Je vous renvoie ici à l'article sur la responsabilité du spectateur qui se trouve sur le blog.Contrepied naïf d'assertions télévisuelles tout aussi naïves! Je ne vois pas comment une série, une fiction, pourait faire des assertions, c'est à dire des propositions qu'on soutient comme vraies. Raconter une histoire c'est précisément l'inverse. La nature même de la fiction c'est d'être invention et donc fausse (cela n'exclut pas qu'elle puisse délivrer des vérités mais ce sera d'une autre façon que par l'assertion, ne serait-ce que parce qu'elle offre toujours le choix d'accepter ou non son propos). Au pire, une fiction peut annoncer qu'elle est "basée sur une histoire vraie". Cela même est une indication qu'elle ne prétend pas être vraie. Si un journal relatait une nouvelle en disant qu'elle était "basée sur une histoire vraie", on en conclurait que l'article est peu digne de foi... Le spectateur peut être séduit par une reconstitution, et la trouver convaincante, mais s'il décide de croire que la reconstitution se veut une vérité plutôt qu'un effet de réalisme, c'est de sa responsabilité, non de celle des auteurs. A partir du moment où le label de fiction est mis sur un travail, toute considération sur sa véracité est sans objet.Il me semble que le but de toute série télévisée est de divertir. C'est votre choix en tant que spectateur, mais ce n'est pas forcé d'être le but premier d'une série télévisée et d'autres peuvent parfaitement apprécier une série télévisée qui ne les divertit pas. Parmi mille exemples, j'aime beaucoup la première saison de Oz, mais je ne la considère pas le moins du monde comme divertissante. Eprouvante, passionnante, remuante, mais certainement pas divertissante.Toutefois, dès lors où l'on choisit un registre "historique" et "anthropologique", du fait même du sujet (il ne s'agit pas d'une série policière), le moindre des respects pour notre Histoire, notre Mémoire, et pour le travail des véritables experts de l'ombre, Tout d'abord je me permet de trouver qu'accoler les notions d'Histoire et de Memoire est un peu gênant, car ce sont deux notions qu'on ne devrait pas confondre. La mémoire est un travail émotionnel. C'est vouloir conserver des faits, non parce qu'ils nous renseignent sur le passé, mais en raison des émotions qu'ils sont censés devoir inspirer (à juste titre, parfois) à notre présent. La Mémoire tend à conserver des faits jugés signifiants, symboliques ou ayant un caractère d'avertissement, parce quon ne doit pas les répéter. C'est respectable, nécessaire parfois, mais ce n'est pas une démarche scientifique.Je ne vois pas comment cela peut être compatible avec un travail historique : lorsqu'un fait est érigé en souvenir à commémorer, en raison de sa valeur émotionnelle et symbolique, il devient difficile à critiquer à réviser. Or, la critique, la révision, quand elle s'appuie bien sûr sur un soucis de recherche de la vérité, est inhérente au travail d'Historien. Je ne dis pas ici que la Mémoire est moins importante que l'Histoire ou que les deux notions ne peuvent pas être liées mais juste qu'il s'agit de deux démarches différentes. Le mélange entre ces notions n'est d'ailleurs pas le fait des auteurs de fiction... Certes ils ont réinventé sans cesse l'Histoire, mais en proposant une troisième démarche, n'ayant pas pour objectif la recherhce de la vérité, ou le devoir de Mémoire, mais bien la création de mythes, leur revisitation et parfois même leur destruction. Notre modernité aime critiquer les mythes, qui sont des proies faciles en raison de leur fragilité, oubliant qu'ils contiennent d'autres vérités, non moins essentielles que celles que nous offre l'objectivité de l'Histoire ou la subjectivité de la Mémoire.Par ailleurs, je crois que le respect de son public est le seul qui soit nécessaire à un auteur de fiction digne de ce nom (ce respect n'a de sens que lorsqu'il crée). A part cela il n'a pas à respecter l'Histoire qu'il peut violer comme bon lui semble à condition de lui donner de beaux enfants (dixit Alexandre Dumas). De même qu'il peut, sans faillir à son rôle, faire preuve d' "irrespect" (qui n'est jamais qu'une notion parfaitement relative) envers tout ce que son époque considère comme sacré, que ce soit Dieu, les puissants, les martyrs ou les héros révérés... L'irrespect n'est bien sûr pas plus obligatoire que le respect pour un artiste, c'est juste un oripeau comme un autre qu'il peut parfois enfiler et qui ne peut être jugé que dans le contexte de son projet artistique (son œuvre atteint-elle son but ou non ? cf. l'article sur la responsabilité du spectateur).Respecter le public, bien que cela n'oblige pas l'un créateur à se plier à la volonté de celui-ci ("Ne leur donnez pas ce qu'il veulent, donnez- leur ce dont ils ont besoin" dit Joss Whedon), implique avant tout de traiter le spectateur comme une personne responsable et intelligente, capable de discernement. En bref, un auteur de fiction n'a pas à prendre de pincette lorsqu'il aborde l'Histoire et ne doit aux experts de l'ombre qu'une éventuelle reconnaissance de l'influence que leur travail a eu sur lui, si c'est le cas (Bruno Heller par exemple en interviex parle souvent des livres d'Histoire qu'il a consulté en écrivant ses scripts, précisant bien qu'il n'a pas d'autre formation sur l'Histoire romaine que les deux trois mois de recherches effectuées avant d'écrire.) En aucun cas, rester uniquement fidèle aux faits prouvés par l'Histoire ne saurait constituer un travail de création digne de ce nom et je ne vois pas plus de raison pour les auteurs de fiction de considérer cela comme une obligation que pour les experts de l'ombre de voir la fidélité d'un auteur comme une marque de respect à leur égard. Ils auraient tort de le faire parce que la raison qui peut pousser un auteur à être fidèle à l'Histoire telle que relatée par les historiens de son temps, le fait généralement pour des raisons tout à fait différentes...c'est de prendre garde à ce que l'on communique à un grand public qui aura forcément tendance à prendre tout cela comme argent comptant, et à se vautrer dans une illusion de savoir encore plus dangereuse que celle provenant de recherches méthodiques et garanties par une formation solide en critique historique...S'il fallait s'arrêter à chaque phrase lorsqu'on écrit une histoire pour se demander si ceux qui la recevront vont prendre pour argent comptant ce qui est écrit, l'on n'écrirait plus ni science-fiction, ni fantastique, ni roman historique, ni satires… et la vie serait bien triste. Quant à empêcher le public de "se vautrer dans une 'illusion de savoir", je ne pense pas que ce soit de la responsabilité des artistes... Autant les rendre responsables de toute l'imbécilité du monde...Du reste, une telle illusion n'est pas plus une caractéristique du grand public que de n'importe quel public aussi restreint et élitiste soit-il... J'ai cru remarquer que le refus de reconnaître ses erreurs ou le fait de tout ramener à son domaine de connaissance, même lorsque c'est inadéquat, participent largement de cette illusion, que ces tendances se rencontrent parfois chez des gens ayant fait de hautes études et ayant une formation solide, et je ne suis pas sûr qu'elles soient moins dangereuses qu'une autre... Une formation solide ne suffit pas toujours, hélas, à prémunir de l'aveuglement que provoquent l'ambition et l'orgueil.D'ailleurs, cette "illusion de savoir" ne trouve pas son origine dans la fiction, mais dans l'ignorance. Puisqu'il faut combattre l'ignorance (et lorsque j'écris, j'estime que la mienne vaut bien celle de n'importe quel spectateur) il est bon de rappeler avant tout qu'une fiction ne peux être objective ou en tout point conforme à la réalité. Ce n'est pas criticable, ce n'est pas une naïveté : c'est juste sa nature. Si l'on veut des faits irréfutable, il ne faut donc pas les chercher dans la fiction. Les créateurs devraient ête les premiers à rappeler cela, au lieu de défendre, comme ils le font trop souvent, la fidélité de leur films à l'Histoire. Je remarque à ce propos que, dans le cas de Rome, les auteurs n'ont jamais prétendus être fidèles, bien au contraire puisqu'ils revendiquent publiquement et à de nombreuses reprises leur infidélité ! Même quand Bruno Heller parle d'antropologie, c'est avec des guillemets et beaucoup de précautions, et à l'évidence comme une analogie non pour se réclamer d'une démarche scientifique sans objet dans le cadre d'une œuvre fictionnelle. Une fiction historique n'est pas plus liée à la démarche des historiens qu'une œuvre science-fiction n'est lié à une démarche scientifique. On remarquera d'ailleurs que la fiction historique a précédé la démarche historique, il me paraît donc bizarre de considérer qu'une fois la recherche Historique inventée, il faille cesser de considérer comme autonome une tradition qui remonte à Homère pour la soumettre à une démarche à laquelle cette tradition ne doit absolument rien.A propos de respect, je remarque encore une fois qu'il est rare de voir un écrivain monter au créneau pour attaquer un historien sur son style ou ses qualités de construction... J'ai lu récemment quelques ouvrages d'Histoire parfaitement criticable sur l'un ou l'autre point, pourtant. Mais il me semble que le respect est bien de commencer par considérer une chose pour ce qu'elle est : • une fiction, même historique, comme un projet artistique, esthétique, destiné à créer des émotions.• les ouvrages historiques comme des projets d'études de notre passé, Et ne pas exiger de l'un un soucis de fidélité (même au nom des efforts faits par les historiens qui œuvrent à étudier les faits) et des autres un soucis stylistique (même au nom de tous les écrivains qui œuvrent dans l'ombre à améliorer le langage)...

jc 14/06/2007 12:54

Tout a fait l'imitation n'est pas la meilleure solution.
En tous cas, une telle création, si elle était française, ne verrait sans doute jamais le jour au pays de Voltaire.(à cause notamment de l'aseptisation de la télé française)
Autre chose me frappe à chaque fois quand je lis un article comme celui de Mme DUPONT est le fait d'accoler péjorativement et systématiquement à une création américaine les termes "vendeurs","hollywoodiens".On ne dirais jamais cela pour un Navarro qui fait de gros score d'audience en résolvant pratiquement la même enquête depuis 15ans.

Struggling Writer 14/06/2007 16:11

Autre chose me frappe à chaque fois quand je lis un article comme celui de Mme DUPONT est le fait d'accoler péjorativement et systématiquement à une création américaine les termes "vendeurs","hollywoodiens".C'est tout à fait vrai!D'une part parce que hollywoodien est un terme péjoratif (même parfois aux USA), alors que c'est juste un endroit où l'on fait des films (comme dit Clint Eastwood) ou des séries, faits par des gens aussi différents que les frères Cohen,  les frères Farelli, Michael Bay, Alan Ball, John Favreau, Ridley Scott, Joss Whedon, Darren Aronofsky, Robert Altman, ou Ron Howard...On ne dirais jamais cela pour un Navarro qui fait de gros score d'audience en résolvant pratiquement la même enquête depuis 15ans.Oui, mais ça ce n'est pas vendeur… c'est "familial" ;)

jc 13/06/2007 22:00

Superbe article !!!
Je suis entièrement d'accord en tous points, et le dernier paragraphe resume très bien la situation.A quand, par exemple, une série mettant en scène une mère de famille vendant de la drogue (Weeds) en France.Sans doute jamais.

Struggling Writer 14/06/2007 00:29

Sans doute jamais en effet ! Et c'est peut-être mieux au fond, parce que lorsue les français essayent d'adapter ou imiter les séries américaines, le résultat est généralement loin d'être aussi audacieux que l'original.On peut cependant espérer que les télés françaises se réveilleront un jour et verront que les goûts du spectateur sont en train de changer. Pour que les séries françaises changent elles aussi, il faudrait que les scénaristes aient la possibilité d'être plus considérés et travaillent dans des structures qui leur permettent de se lâcher et d'avoir une émulation. On peut penser aussi qu'il y a un problème d'éducation des scénaristes à la fiction télé, et il est clair que rien n'incite en France à faire de la fiction imaginative. Mais il y a quand même des scénaristes de talent, qui ne sont pas incités à travailler pour télé, du coup, ils se rabattent entre autre sur la B.D. qui elle va plutôt bien...Mais pourquoi les télés feraient-elles des efforts alors que les annonceurs publicitaires ne font rien non plus pour leur imposer de rajeunir leur public et d'attirer les populations plus sensibles à l'innovation, ce qui serait dans leur intérêt ?

christian lehmann 11/06/2007 19:00

Je crois que c'est Rushdie qui parlait d'un conflit entre ceux qui lisent des livres et ceux qui n'en lisent pas. Voici venir le conflit entre ceux qui croient en la fiction, et ceux qui s'en méfient.

Struggling Writer 15/06/2007 06:55

Eh oui ! Le problème c'est quand ceux qui se méfient de la fiction sont censés l'enseigner...