Articles sur la narration, les séries, le jeu de rôle et les scénarios. Bref, la fiction en général.
Je sais qu'après avoir dit que je reprendrais le blog, je n'ai pas vraiment fait preuve d'une régularité digne des chemins de fer anglais pré-Tatchériens, mais j'ai un certain nombre d'excuses.
Par exemple : "Le chien a mangé mon blog." "J'ai oublié le blog à la maison." "Je ne savais pas que c'était pour aujourd'hui."
Ou aussi, plus simplement, "j'étais en train d'écrire deux et par moments trois scénarios à la fois", ce qui a l'avantage d'être vrai. Mais trêves d'excuses vaseuses, venons-en au sujet, c'est à dire les premiers jets.
L'école, dans sa grande sagesse, nous apprend que lorsqu'on rédige quelque chose, il faut faire un brouillon. Puis recopier au propre. (Le problème est de le faire dans un temps imparti, ce qui est non seulement qu'arbitraire mais contre productif quand on aprrend l'écriture créative). A l'école, je me demandais toujours : "et si c'est parfait la première fois ?"
Mais, il faut bien avouer que ce n'est jamais parfait la première fois. Hemingway disait même que le premier jet était toujours "de la merde". Cependant le secret, que pour le coup personne ne nous apprend, c'est qu'il faut faire comme si ce n'était pas le cas, tout en ayant conscience que ce n'est qu'un premier jet et que l'important c'est d'arriver au bout.
Le brouillon néanmoins peut adopter n'importe quelle forme, il se satisfait des erreur de structures, des personnages esquissés, des fautes de syntaxes. Il peut même se passer d'une conclusion satisfaisante.
Parfois, on peut avoir envie de construire avant de rédiger le premier jet, d'autres fois on préfère se laisser guider par le fil de la plume. Il n'y a pas de bonne façon de faire. Les différentes méthodes (en gros : planification ou improvisation) ont leurs avantages et leurs inconvénients. La planification peut servir à reculer le moment d'écrire et rendre improductif. L'improvisation peut demander un surcroît de réécriture. Le seul problème, c'est d'être bien conscient que quelle que soit la méthode choisie, on aboutit toujours lors du premier jet à un simple brouillon. Il importe alors de ne pas se satisfaire des mots qui ont été jetés sur la page dans l'urgence, la douleur ou l'inspiration.
Parce que, si l'on n'est pas conscient du fait que le premier jet n'est qu'indicatif, il risque de nous arriver ce qui semble arriver à pas mal d'écrivains et scénaristes en France : se retrouver avec un brouillon publié ou tourné. C'est à dire un texte qui contient des approximations linguistiques, des personnages mal caractérisés, des défauts plus ou moins évidents de structure. Un texte qui, malgré sa spontanéité, manque de naturel.
Car l'essence même de la réécriture, c'est de parvenir à un résultat en apparence évident, fluide – et pourtant soutenu à chaque étape par un savoir-faire laborieux et une connaissance intuitive ou consciente des artifices de l'écriture.
Et au fond, cela devrait être libérateur pour celui qui rédige un premier jet : savoir que celui-ci ne sera pas jugé, ne sera peut-être même pas lu. Le premier jet devrait être le moment où l'on écrit pour le plaisir, sans se préoccuper d'autre chose que d'avancer.